‹ Théátre complet de M. de Voltaire. 9Chapitre 54 sur 192 · SCENE X · texte numérisé non relu

SCENE X

MORILLO, GLES Personnages Précédées,

MORILLO

HELA s ! tout cela fait-trembler:

Ta mère en va mourir: que deviendra ma fille? L’enfer eft déchaîné, mon château, ma famille. Mon bien, tout eft pillé, tout eft à l’abandon : Le duc de Foix a fait inveftir ma maifon.

Constance.

Le duc de Foix ? Qu’entends-je ? O Ciel, ta tyrannie Veut encor par fes mains perfécuter ma vie !

MORILLO

Bon , ce n'eft-là que la moindre partie

De ce qu’il nous faut effuyer.

Un certain du Guefelin, brigand de Ion métier , Turc de religion, & Breton d’origine, Avec des fpadafins , devers Burgos chemine.

Ce traître duc de Foix vient de s'afocier

Avec toute cette racaille.

Contre eux, tout près d’ici, le Roi va guerroyer,

Et nous allons avoir bataille.

Ainfi donc à mon fort je n’ai pu réfifter ;

Son inévitable pourfuite

Dans le piège me précipite , Par les mêmes chemins choifis pour l'éviter.

ACTE SECOND. II5 Toujours le duc de Foix ! fa funefte tendreffe Eft pire que la haine, il me pourfuit fans ceffe.

MORILLO

C’eft bien moi qu’il pourfuit, fi vous le trouvez bons Serait-ce donc pour vous que je fuis au pillage ?

On fera-fauter ma maifon.

Eft-ce vous qui caufez tout ce maudit ravage ? Quelle personne étrange êtes-vous, s’il vous plaît,

Pour que les Rois & les Princes

Prennent à vous tant d’intérêt, Et qu’on coure après vous au fond de nos provinces ?

Constance.

Je fuis infortunée; & c'eft affez pour vous, Si vous avez un cœur.

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