SECONDE PARTIE
. De la tragédie d'Oretie.
Il n'est pas indifférent de remarquer d'abord que dans tous les sujets que les anci eussent traites on n'a jamais réussi qu'en imitant leurs beautés. La différence, des temps et des lieux né fait que de très -légers cbangemens, car le vrai et le beau sont de tous les temps et de toutes les nations. La vérité est une , et les anciens l'ont saisie^ parce qu'ils ne recherchaient que* la nature , dont la tra> gédie est une imitation. Phèdre et Iphfgénie en sont des preuves convaincantes. On sait le mauvais sticcës de ceux qui y en traitant les mêmes sujets , ont voulu s'écarter de ces ^nds modèles. Ils se sont écartas en éfibc de la nature , et il n'y a de beau que ce qui est naturel. Le décri dans lequel VCEdipe de Corneille est tombé est une bonne preuve de cette vérité. Corneille voulut s'écartef de Sophocle , et il fît un mauvais ouvrage.
n se présente une autre réflexion non moins utile : c'est que y parmi nous , les vrais imitateurs des anciens se sont toujours remplis de leur esprit / au point de se rendre propres leur harmonie et leur élégance continue. La raison en est ^ ii mon gré , qu'ayant sans cesse devant les yeux ces modèles du bon goût et du style soutenu y ils . se formaient peu a peu l'habitude d'écrire comme eux , tandis qne les autres , sans modèles , sans règles, s'abandonnaient aux écarts d'une imagination déréglée , où restaient dans leur stérilité.
Ces deux princijpes posés , je crois ne rien dire que de raisonnable en avançant que l'auteur de la tragédie. d'Oreslea imité Sophocle autant que nos mœurs le lui pcrmeUaietit; et, quelque estime que j'aie pour la pièce grecque , je ne crois pas qu'on dût porter l'imitation plus loin.
Il a représenté Electre et son frère toujours occupés de leur douleur et de la vengeance de leur père, et .n'étant susceptibles d'aucun autre sentiment. C'est précisément le caractère que Sophocle , Eschyle et Euripide leur donnent; il n'en a retranché qoe des expressimis trop dures selon nos mœurs. Même résolution dans les
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âevoL Éiectres de poignarder le tyran > même douieor en apprenant la fausse no UTelle dé la mort d'Oreste» mêmes menaces, mêmes emportemens dans l'une et dans l'autre, mêmes désirs dé vengeance. • *.
Mais il n'a pas voulu reprësentejr Electre étendant sa vengeance. sur s» propre mère , se chargeant d'abord du soin de se défaire de Cly temnestre , ensuite excitant son frère à cette action detesta{>le, et conduisant Sa main dans le sein maternel. 11 les a rendus plus respectueux pour celle qui leur a donné la naissance , et il a même semé dans le rôle d'Élcclre , tantôt des sentimens de tendresse et de respect , et tantôt des«emportemens, selon qu'elle a plus ou moins d'espérance.
Les rôles de Pyladé et de Pammène me paraissent avoir été fatits pour suppléer aux choeurs de Sophocle. On sait les eO^ts^ prodigieux que fesaieoit ces chœurs accompagnés de mnsique et. de danse : k en juger par ces eSelSi 1a musique devait merveilleosement seconder et augmenter le terrible et le pathétique des vers. La danse des ancien? était peut-4tre supérieure h leur musique; elle exprimait , elle peignait les pensées les plus sublimes et les passions les plus violentes; elle parlait aux cceurs comme aux yeux. Le chœur des Euménides d'Eschyle coûta la vie a plusieurs des spcclaleurs. Quant aiix paroles des chçeurs , elles n'étaient qu'un tissu de pensées sublimes, de principes d'équité, de vertus et de la morale la plus épurée. Le nouvel auteur a tâché de. suppléer par les rôles de Pylade et de Pammène k ces beautés qui manquent k notre théâtre. Quelle sagesse dans l'un et dans l'autre personnage ! et quels sentimèns l'auteur donne au premier! Je n'en veux rapporter que deux exemples. Le premier est tiré de la scène où Pylade dît a Oresle :
C'est assez ; et du cîel je reconnais l'ouvrage : H nous a tout ravi par ce' cruel naufrage , . Il veut seul accomplir ses augustes desseins ; . Pour ce grand sacrifice il ne veut que nos. mains» Tantôt de trente rois il arme la vengeance ; Tantôt , trompant, la terre , et frappant en silence , Il veut, en signalant son pouvoir oublie, J^'armer (me la nature et la seule amitié.