‹ Théâtre complet de Voltaire, avec notes, remarques et variantesChapitre 116 sur 275 · CATILINA , CÉSAR · texte numérisé non relu

CATILINA , CÉSAR

CATUNA.

£b bien ! César , eh bien J toi de qui la fortune Dès le temps de Sylia me fut toujours commune , Toi dont j'ai présagé les éclatans festins y Toi , né pour ôtre un jour le premier des Romains , N'es-tu donc aujourd'hui que le premier esclave Du &meuz plébéien qui t'irrite et te brave ? Tu le hais > je le sais , et ton œil pénétrant Voit pour s'en afirancbir ce que Rome entreprend. EU tu balancerais? et ton ardent courage Craindrait de nous aider a sortir d'esclavage? Des destins de la terre il s'agit aujourd'hui , Et César soufBrirait qu'on les changeât sans lui? Quoi! n'es-tu plus jaloux du nom du. grand Pompée? Ta haine pour Gaton s'est-cUe dissipée ? N'es-tu pas indigné de servir les autels , Quand Cicéron préside au destin des mortels , Quand l'obscur habitant des rives du Fibrënë Siège au-dessus de toi sur la pourpre romaine? Souffriras- tu long-temps tous ces rois fastueux y Cet heureux Lucullus, brigand voluptueux, Fatigué de sa gloire , énervé de mollesse ; Un Crassus étonné de sa propre richesse. Dont l'opulence avide , osant nous insulter. Asservirait l'état s'il daignait l'acheter?

Ah 1 de quelque côté que tu jettes la vue , Vois Rome turbulente , ou Rome corrompue ; Vois ces lâches vainqueurs en proie aux factions , Disputer, dévorer le sang des nations.

Le monde entier t'appelle , et tu restes paisible ! Yeux-tu laisser languir ce courage invincible?

aSs GATILINA.

De Rome qui te parle , as-tu quelque pitt^ ! Gësar est-il fidèle k ma tendre amitié? •

GBSAR.

Oui , si dans le sénat on te fait injustice v César te défendra ; compte sur mon service. Je ne peux te trahir ^ n'exige rien de plus.

CATILINA

Et tu bornerais la tes vœux irrésolus ?

C'est II parler pour moi que tu peux te réduire.

CÉSAR

J'ai pesé tes projets , je ne yeux pas leur nuire ; Je peux leur applaudir, je ny veux point entrer.

CATILINA

J'entends : pour les heureux tu veux te déclarer. Des premiers mouvemens spectateur immobile , Tu veux ravir les fruits de la guerre civile , Sur nos commims débris établir ta grandeur.

CÉSAR

Non^ je veux des dangers plus dignçs de mou cœur. Ma haine pour Caton , ma fiëre jalousie Des lauriers dont Pompée est couvert en Asie, .. Le crédit , les honneurs , l'éclat de Cicéron , Ne m'ont déterminé qu'à surpasser leur nom. Sur les rives du Rhin, de la Seine, et du Tage , La victoire m'appelle ; et voilk mon partage.

GATIUNA.

Commence donc par Rome; et songe que demain J'y pourrais avec toi mai-cher en souverain.

£ÉSAR.

Ton projet çai bien grand , peut-être téméraire ; Il est digne de toi ; mais , pour ne te rien taire , Plus il doit t'agrandir, moins il est fait pour moi.

GAÏILINA.

Comment?

CÉSAR

Je ne yeux pas servir ici sous toi.

CATILINA

Ah ! crois qu'avec César on partage sans peine.

CÉSAR

On ne partage point la grandeur souveraine.

▲en SBGûirD. a55

Va , ne te flatte pas que jamais k son char

L'heureux Gatilina puisse enchaîner Qësar.

Tu m'as vu ton ami > je le suis, je veux l'être;

Mais jamais mon ami ne deviendra mon maître.

Pompée en serait digne ; et , s'il l'ose tenter.

Ce bras levé sur lui l'attend pour l'arrêter.

Syila , dont tu reçus la valeur en partage.

Dont j'estime l'audace , et dont je hais la rage ,

Sylla nous a réduits k la captivité ;

Mais s'il ravît l'empire, il l'avait mérité.

Il soumit l'Hellespont , il fit trembler l'Euphrate ,

Il subjugua l'Asie , il vainquit Mithridate.

Qu'as-tu Élit? quels états, quels fleuves, quelles mers,

Quels rois par toi vaincus ont adoré nos fers ? (o)

Tu peux, avec le temps , être un jour un grand homme;

Mais tu n'as pas acquis le droit d'asservir Rome :

£t mon nom, ma grandeur, et mon autorité.

N'ont point encor l'éclat et la maturité ,

Le poids qu'exigerait une teUe entreprise.

Je vois que tôt où tard Rome sera soumise.

J'ignore mon destin j mais si j'étais un jour

Foixé par les Romains de régner a mon tour.

Avant que d'obtenir une telle victoire ,

J'étendrai , si je puis , leur empire et leur gloire ;

Je serai digne d'eux , et je veux que leurs fers ,

D^Qux-mêmes respectés , de lauriers soient couverts.

• CATILINA

Le moyen que je t'ofli-e est plus aisé petit-être.

Qu'était donc ce Sylla qui s'est fait notre. maître?

Il avait une armée, et j'en forme aujourd'hui;

Il m'a fallu créer ce qui s'oflrait k lui :

Il profita des temps ; et moi , je les fois naître.

Je ne dis plus qu'un mot ; il fut roi , veux-tu l'être ?

Veux-tu de Cicéron subir ici la loi , ^

Vivre son courtisan , ou régner avec moi P

césAR, Je ne veux l'un ni l'autre : il n'est pas temps de feindre. J'estime Cicéron, sans l'aimer ni le craindre. Je t'aime, je l'avoue, et je ne te crains pas. Divise le sénat , abai«sç des ingrats.

l34 CATILINA.

Tu le peux , j'y consens; mais si ton ame aspire Jusqu'à m'oser soumettre a ton nouvel empire , Ce cœur sera fidèle li tes secrets desseins , Et ce bras combattra l'ennemi des Romains.

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