‹ Théâtre complet de Voltaire, avec notes, remarques et variantesChapitre 135 sur 275 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

CÂTON , et une partie des sénateurs debout en habit de guerre.

CLAUBIUS, à Caton.

Quoi ! lorsque défendant cette enceinte sacrée , A peine aux factieux nous en fermons l'entrée , Quand partout le sénat s 'exposant au danger , Aux ordres d'un Samnite a daigné se ranger; Cet altier plébéien nous outrage et nous brave! Il sert un peuple libre ^ et le traite en eselaye ! Un pouvoir passager est li peine en ses mains , 11 ose en abuser , et contre les Romains, Contre ceux dont le sang a coulé dans la guerre 1 Les cachots sont remplis des vainqueurs de la terre ; £t cet homme inconnu , ce fils heureux du sort , Condamne insolemment ses maîtres à la mort ^. Catilina pour nous serait moins tyrannique; On ne le verrait point Qétrir la république. Je partage avec vous les malheurs de l'état ; Mais je ne peux souffrir la honte du sénat,

CATON

< La honte ^ Clodius , n'est que dans vos murmures.

Allez de vos amis déplorer les injures^ •

Mais sachez que le sang dé nos patriciens ,

Ce sang des Céthégus et des Cornéliens ,

Ce sang si précieux , quand il devient coupable ,

Devient le plus abject et le plus condamnable.

Regrettez , respectez ceux qui nous ont trahis^

On les mène à la mort, et c'est par mon avis.

Celui qui vous sauva les condamne au supplice.

De quoi vous plaignez- vous ? eât-ce de sa justice ?

Est-ce elle qui produit cet indigne courroux ?

£n craignez- vous la suite , et la méritez-yous ? ']

a6o GÂTiiitrA.

Quand vous devez la vie aux soins de ce grand homme^

Vous osez l'accuser d'avoir trop fait pour Rome 1

Murmurez , mais tremblez ; la mort est sur vos pas. •

n n'est pas encor temps de devenir ingrats.

On a dans les périb de la reconnaissance;

£t c'est le temps du moins d'avoir de la prudence.

Catilina paraît jusqu'aurpied du rempart ;

On ne sait point encor quel parti prend Cësar>

S'il veut ou conserver ou perdre la patrie.

Gicëron agit seul, et seul se sacrifie ;

Et vous considérez, entourés d'ennemis.

Si celui qui vous sert vous a trop. bien» servis.

GLODIUS.

Caton , plus implacable encor que magnagnime^

Aime les châlimens plus qu'il ne bait le crime.

Respectez le sénat; ne lui reprocbez rien. .

Vous parlez en censeur; il nous faut uu soutien»

Quand la guerre s'allume, et quand Rome est en cendre.

Les édits d'un consul pourront-ils nous défendre?

r^'a-t-il contre une armée .et des conspirateurs y

Que l'orgueil des faisceaux , -et les mains des licteurs?

Vous parlez de dangers ! pensez-vous nous instruire

Que ce peuple insensé s'obstine k se détruire?

Vous redoutez César ! Et qui n'est informé

Combien Catilina de César fut aimé?

Dans le péril pressant qui croît et nous obsède ,

Vous montrez tous nos maux^ montrez-vous le remède ?

GATON

oui 9 j'ose conseiller, esprit fier et jaloux. Que l'on veille k la fois sur César et sur vous. Je conseillerais plus ; mais voici votre père*

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