SCÈNE PREMIÈRE
CÂTON , et une partie des sénateurs debout en habit de guerre.
CLAUBIUS, à Caton.
Quoi ! lorsque défendant cette enceinte sacrée , A peine aux factieux nous en fermons l'entrée , Quand partout le sénat s 'exposant au danger , Aux ordres d'un Samnite a daigné se ranger; Cet altier plébéien nous outrage et nous brave! Il sert un peuple libre ^ et le traite en eselaye ! Un pouvoir passager est li peine en ses mains , 11 ose en abuser , et contre les Romains, Contre ceux dont le sang a coulé dans la guerre 1 Les cachots sont remplis des vainqueurs de la terre ; £t cet homme inconnu , ce fils heureux du sort , Condamne insolemment ses maîtres à la mort ^. Catilina pour nous serait moins tyrannique; On ne le verrait point Qétrir la république. Je partage avec vous les malheurs de l'état ; Mais je ne peux souffrir la honte du sénat,
CATON
< La honte ^ Clodius , n'est que dans vos murmures.
Allez de vos amis déplorer les injures^ •
Mais sachez que le sang dé nos patriciens ,
Ce sang des Céthégus et des Cornéliens ,
Ce sang si précieux , quand il devient coupable ,
Devient le plus abject et le plus condamnable.
Regrettez , respectez ceux qui nous ont trahis^
On les mène à la mort, et c'est par mon avis.
Celui qui vous sauva les condamne au supplice.
De quoi vous plaignez- vous ? eât-ce de sa justice ?
Est-ce elle qui produit cet indigne courroux ?
£n craignez- vous la suite , et la méritez-yous ? ']
a6o GÂTiiitrA.
Quand vous devez la vie aux soins de ce grand homme^
Vous osez l'accuser d'avoir trop fait pour Rome 1
Murmurez , mais tremblez ; la mort est sur vos pas. •
n n'est pas encor temps de devenir ingrats.
On a dans les périb de la reconnaissance;
£t c'est le temps du moins d'avoir de la prudence.
Catilina paraît jusqu'aurpied du rempart ;
On ne sait point encor quel parti prend Cësar>
S'il veut ou conserver ou perdre la patrie.
Gicëron agit seul, et seul se sacrifie ;
Et vous considérez, entourés d'ennemis.
Si celui qui vous sert vous a trop. bien» servis.
GLODIUS.
Caton , plus implacable encor que magnagnime^
Aime les châlimens plus qu'il ne bait le crime.
Respectez le sénat; ne lui reprocbez rien. .
Vous parlez en censeur; il nous faut uu soutien»
Quand la guerre s'allume, et quand Rome est en cendre.
Les édits d'un consul pourront-ils nous défendre?
r^'a-t-il contre une armée .et des conspirateurs y
Que l'orgueil des faisceaux , -et les mains des licteurs?
Vous parlez de dangers ! pensez-vous nous instruire
Que ce peuple insensé s'obstine k se détruire?
Vous redoutez César ! Et qui n'est informé
Combien Catilina de César fut aimé?
Dans le péril pressant qui croît et nous obsède ,
Vous montrez tous nos maux^ montrez-vous le remède ?
GATON
oui 9 j'ose conseiller, esprit fier et jaloux. Que l'on veille k la fois sur César et sur vous. Je conseillerais plus ; mais voici votre père*