‹ Théâtre complet de Voltaire, avec notes, remarques et variantesChapitre 137 sur 275 · LE SÉNAT > CÉSAR · texte numérisé non relu

LE SÉNAT > CÉSAR

CÉSAR

Eh bien ! dans ce sénat , trop prêt k se détruire , La vertu de Caton cherche encore a me nuire. De quoi m'accuse- t-il?

CATON

• D'aimer Catilina , De l'avoir protégé lorsqu'on le soupçonna , De ménager encot ceux qu'on pouvait abalUe, De leur avoir parlé quand il fallait combattre.

CESAR

Un tel sang n'est pas. fait pour teiiidre mes lauriers'. Je parle aux citoyens , je combats les guerriers.

CATON

Mais tous ces conjurés , ce peuple dé coupables, Que sont-ils à vos yeux ?

CESAR j

Des mortels méprisables.

A ma voix , k mes coups ils n'ont pu résister. Qui se soumet k moi n'a rien k redouter. C'est maintenant qu'on donne un combat véritable. Des soldats de Sylla , l'élite redoutable Est sous un chef habile , et qui sait se venger. Voici le vrai moment où Rome est en danger.

4GTE ClNf^UlÈME. a65

Pëtrëius est blessé , Gatilina s'âvaoce.

.Le soldat sous les murs est à peine en défense. Les guerriers de Sylla font trembler les Romains. Qu'ordonnez-vous 9 consul? et quels sont vos desseins?

GIGBRON.

Les voici : que le ciel m'entende et les couronne ! Vous avez mérité que Rome vous soupçonne! Je veux laver Tafiront dont vous êtes chargé. Je veux qu'avec l'état votre honneur soit vengé. Au salut des Romains je vous crois nécessaire ; * Je vous connais ; \e sais ce que vous pouvez £iire , Je sais quels intérêts vous peuvent éblouir : César veut commander, mais il ne peut trahir. •.Vous êtes dangereux , vous êtes magnanime. En me plaignant de vous> je vous dois mon estime. Partez , justifiez l'honneur que je vous fais. Le monde entier sur vous a les yeux désormais. Secondez Pétréius , et délivrez l'empire. Méritez que Caton vous aime et vous admire. Dans l'art des Sci pions vous n'avez qu'un rival. Nous avons des guerriers , il faut un général : Vous l'êtes , c'est sur vous que mon espoir se fonde ; César, entre vos mains je mets le sort du monde.

' GBSAR, en l'embrassant.

Cicéron k César a dû se confier^

Je vais mourir, seigneur , ou vous justifier. (H son. ;

GATON

De son ambition vous allumez les flammes !

GIGÉRON.

Va , c*est ainsi qu'on traite avec les grandes âmes. Je l'enchaîne k l'état en me fiant k lui , Ma générosité le rendra notre appiii. '

Apprends k distinguer l'ambitieux du traître. S'il n'est pas vertueux , ma voix le force k l'être. Un courage indompté , dans le cœur des mortels , Fait ou les grands héros ou les grands criminels^ Qui du crime k la terre a donné les exemples , S'il eût aimé la gloire , eût mérité des temples. Catilina lui-même, k tant d'horreurs instruit. Eût été Scipion , si je Pavais conduit.

!)64 CÀTILllTÀ.

Je réponds de César , il est l'appui de Rome ;

J'y vois plus d'un Sylla , mais j'y vois un grand homme*

( Se tournant rers le chef <le« licteun , qui entre en armes. )

Eh bien ! les conjurés ?

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