‹ Théâtre complet de Voltaire, avec notes, remarques et variantesChapitre 185 sur 275 · A&6IRE · texte numérisé non relu

A&6IRE

Oui y le ciel pour jamais daigne essuyer nos larmes.

Je me trompe > ou j.e vois le fidèle Aldamon,

Qui suivait seul Tancrède , et secondait ses armes :

C'est lui , c'est ce guerrier si cher à ma maison.

De nqs prdsperitës la nouvelle est certaine.

Mais d'où vient que vei's nous il se traîne avec peine ?

Est-il blessé ? ses yeux annoncent la douleur.

ARGIRE , AMÉNAIDE , ALDAMON , FAME.

AHÉITAÏOE.

Parlez, cher Aldamon, Tancrède est donc vainqueur^'

ALDAMON.

Sans doute, ill'est, madame.

AMÉNAIDE.

A ces chants d'alegresse , A ces voix que j'entends , il ^'avance en ces lieux ?

ALDAMON. '

Ces chants vont se changer en des cris de tristessc-

AMENAÏDE.

Qu'entends-je ? Ah , malheureuse î

ALDAMON.

Un jour si glorieux Est le dernier des jours de ce hëros fidèle.

AMENAÎDE.

11 est mort!

AIAAMON.

La lumière éclaire encor ses yeux , Mais il est expirant d'une atteinte mortelle. Je vous apporte ici de funestes adieux. Cette lettre fatale , et dé son sang tracée , Doit vous apprendre , hélas ! sa dernière pensée. Je m'acquitte en tremblant de cet affreux devoir.

ARGIRE.

O jou.' de l'infortune ! ô jour du désespoir !

AMENAÎDE , revenant à elle.

Donnez -moi mon arrêta il me défend de vivre ^

542 TANGBÈDE.

Il m'est cher.... ÔTancrède^. ô maître de mon sort! Ton ordre y quel qu'il soit , est l'ordre de te suivre ; J'obéirai... Donnez votre lettre et la mort.

. ALDAMON.

Lisez donc , pardonnez ce triste ministère.

AMÉNAÏDÉ.

O mes yeux! lirez-vous ce sanglant caractère?

Le pourrai-je? il le faut.... c'est mon dernier efibrf.

(Elle lit.)

« Je ne pouvais survivre a votre perfidie;

« Je meurs dans les combats^ maîj je meurs par vos coups.

« J'aurais voulu, cruelle^ en m'exposaut pour vous ,

« Vous ayoir conservé la gloire avec la vie... »

Eh bien , mon père !

(Elle se rejette dans lés bras deFanie.) ARGIRE.

Enfin > les destins désormais Ont assouvi leur haine , ont épuisé leurs traits : Nous voilii maintenant sans espoir et sans crainte. Ton état et le mien ne permet plus la plainte. Ma chère Aménaide ! avant que de quitter Ce jour^ ce monde affreux que je dois détester^ Que j'apprenne du moins a ma triste patrie Les honneurs qu'on devait a ta vertu trahie ; Que dans Phorrible excès de ma confusion » J'apprenne k l'univers k respecter Ion nom.

AMENAÏDE.

Eh î que fait l'univers k ma douleur profonde? Que me fait ma patrie et le reste du monde? Tancrède meurt.

ARGIRE.

Je cède aux coups qui m'ont frappé»

AMENAÏDE.

Tancrède meurt, ô ciel ! sans être détrompé ! Vous en êtes la cause... Ah ! devant qu'il expire.... Que voisrje? mes tyrans!

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