A&6IRE
Oui y le ciel pour jamais daigne essuyer nos larmes.
Je me trompe > ou j.e vois le fidèle Aldamon,
Qui suivait seul Tancrède , et secondait ses armes :
C'est lui , c'est ce guerrier si cher à ma maison.
De nqs prdsperitës la nouvelle est certaine.
Mais d'où vient que vei's nous il se traîne avec peine ?
Est-il blessé ? ses yeux annoncent la douleur.
ARGIRE , AMÉNAIDE , ALDAMON , FAME.
AHÉITAÏOE.
Parlez, cher Aldamon, Tancrède est donc vainqueur^'
ALDAMON.
Sans doute, ill'est, madame.
AMÉNAIDE.
A ces chants d'alegresse , A ces voix que j'entends , il ^'avance en ces lieux ?
ALDAMON. '
Ces chants vont se changer en des cris de tristessc-
AMENAÏDE.
Qu'entends-je ? Ah , malheureuse î
ALDAMON.
Un jour si glorieux Est le dernier des jours de ce hëros fidèle.
AMENAÎDE.
11 est mort!
AIAAMON.
La lumière éclaire encor ses yeux , Mais il est expirant d'une atteinte mortelle. Je vous apporte ici de funestes adieux. Cette lettre fatale , et dé son sang tracée , Doit vous apprendre , hélas ! sa dernière pensée. Je m'acquitte en tremblant de cet affreux devoir.
ARGIRE.
O jou.' de l'infortune ! ô jour du désespoir !
AMENAÎDE , revenant à elle.
Donnez -moi mon arrêta il me défend de vivre ^
542 TANGBÈDE.
Il m'est cher.... ÔTancrède^. ô maître de mon sort! Ton ordre y quel qu'il soit , est l'ordre de te suivre ; J'obéirai... Donnez votre lettre et la mort.
. ALDAMON.
Lisez donc , pardonnez ce triste ministère.
AMÉNAÏDÉ.
O mes yeux! lirez-vous ce sanglant caractère?
Le pourrai-je? il le faut.... c'est mon dernier efibrf.
(Elle lit.)
« Je ne pouvais survivre a votre perfidie;
« Je meurs dans les combats^ maîj je meurs par vos coups.
« J'aurais voulu, cruelle^ en m'exposaut pour vous ,
« Vous ayoir conservé la gloire avec la vie... »
Eh bien , mon père !
(Elle se rejette dans lés bras deFanie.) ARGIRE.
Enfin > les destins désormais Ont assouvi leur haine , ont épuisé leurs traits : Nous voilii maintenant sans espoir et sans crainte. Ton état et le mien ne permet plus la plainte. Ma chère Aménaide ! avant que de quitter Ce jour^ ce monde affreux que je dois détester^ Que j'apprenne du moins a ma triste patrie Les honneurs qu'on devait a ta vertu trahie ; Que dans Phorrible excès de ma confusion » J'apprenne k l'univers k respecter Ion nom.
AMENAÏDE.
Eh î que fait l'univers k ma douleur profonde? Que me fait ma patrie et le reste du monde? Tancrède meurt.
ARGIRE.
Je cède aux coups qui m'ont frappé»
AMENAÏDE.
Tancrède meurt, ô ciel ! sans être détrompé ! Vous en êtes la cause... Ah ! devant qu'il expire.... Que voisrje? mes tyrans!