OCTAVE, ANTOINE
AxrroiiFB. .
Ainsi Pompée échappe à la moirt qui le suit f
OCTAVK.
Antoine , croyez-moi , c'est en vaiii qu'il' la fuit : Si mon père a du sien triomphé dans Pharsale, J'attends contré le Ûh une foFtnnè é^e ; Et ce nom de César, dont je suis honoré , De sa perte à mon bras hk un devofr sacré ; Mon intérêt s!y joinf^
ASTOINKk * '
Qu*il périsse ou qa*il vive ; Le Tibre dès demafn nous attei^d sur sa rive. Marchons au Capitole : il faut que les Romains Apprennent i trembler devant -leurs souverains. Mais avant de partir, lorsque tout nous seconde V Il est temps de signer le partage du monde.
bcTAVS.
Je suis prêt : mes desseins ont préveouvos vœux , Je consens que la ferre appartienne à nous dèuR, Songez que je prétends la Gaule et Pillyrie ,- Les Espagnes , l'Afrique , et surtout 1 -Itaiie» L'orient est à vous.
AHToiiric. ^ Telle est ma vehmlé.
Tel est le sort dn monde entre nous arrêté.
■*. / ; . . - .OCTAVK.
Par des sermens «i^crés que noire foi a^eogage; Jurons au nom des dieux d^observerce partage.-
. AnTGisrs. .
Des sermens entre nous ?'.uos armes, nos solduts,. Nos communs Intérêts^ le destin des combats, Ce sont là dos serment Le frère d'Octavie Devrait s'-en reposer sur le nœud qui nous lie-
BtJ TftfVMYllIAtT. 49^
Nous nous connaissons trop*, pourquoi cacher nos cœurs? Lessermens sont-ils faits pour les usurpateurs ? Je me croirais trompé si tous- en vouliez faire. Laissons-les à Lépide , aux tâches, au Tidgaire; Je TOUS parle en soldat ; Je ne puis vous eâer Que vous affectez trop Tart de dissimuler. César dans ses traités. invoquait la victoire; Agissons comme lui ,. si vous voulez m'en eroire.
OCTAVE
A votre audace altière il faut souvent «éder; iTen parlons plus. Quel rang voulez- vous accorder A cet associé , triumvir inutile , *
Qui resté sans armée et bientôt sans «site ?
ASTOIICE»
Qu*il abdique.
OCTAVE
n le doih
AHTOnrE.
On n'en a plus besoin.
De nos temples , dans Rome , on lui laisse le soin : Qu'il demeure pontife , £t qu'il préside aux fêtes Que Rome, en gémissant, consacre à nos conquêtes.
OCTAVE. '
La fondre avait firappé ces tables crimtnellea.
AXffoiirs.
Le destin qui nous sert en produit de nouvelles. Craignez- vous un augure ?
OCTAVE
Et ne cràignez-vous pas De révolter la terre à fprçe d'attentats ?
autoiice.
C'est le dernier arrêt , le dernier sacrifice QuWx mânes de César devait notre justice.
OCTAVBr
Je n'en veux qu'à trompée ; et je- vous avertis . Qu'il nous suffit du sang, de* nos grands ennefflis : Le reste est une foule impuissante, éperdue, Qui sur elle en tremblant voit la mort suspendue, Que dans Rome jamais nous ne redouterons. Et qui nou9 bénii^aquand^noqs l'épargnerons. ■ On nous reproche assez une rage inhumaine; Nous voulons gouverner, n'excitons plus la haine.
/ig4 TABUKTBd
Nommez- TOUS lajuatioe une inhumanité?
Octave , un triumvir par GoBar adopté , Quand je venge wavi , eraiut de vcager ua pèi«r Vous trahissez soa sang pour flatter le vulgaire! Sur sa cendre avec moi n^avec-voin pas promis La mort des conjurés et de leurs viis amis ? iTavez-vous pas déjà , par im cèle intrépide ^ - ' Sur nos plus cbers parens vengé ce parricide? A qui prétendez- vous accorder un pardon , Quand vous m'avez vous-même immolé Cicéron ? Gicéron fût nommé pèi^ de la patrie t Rome Tavait aimé jusqu*|i ridolàtrie; Mais lorsqu'à ma vengeance un tribun l'a livré ^ Rome où nous commandons a-t-elle murmuré? Elle a gémi tout bas et gardé le silence. Gassius et Bnitus , réduits à l'impuissance » Inspireront peut-être à quelques nattons Une étemelle horreur de nos proscriptions ; Laissons-les en tracer d'effroyables images, Et contre nos deux noms révolter les deux Âges. Assassins de leur maître el de leur biei^faiteut, G'est leur indigne Boaa qui doit être efrhorreur. Ge sont les cœurs ingrats qu'il feut que l'on punisse ; Seuls ils sont criminels , et nous fesons justice. Qeux qui les ont aidés , cenx qui les ont servis , Qui les ont approuvé^, seront tous poursui^s. De vingt mille guerriers péris dans nos batailles D'un oeil sëc et tranquille on voit le^ funérailles, Sur leurs corps étendus, victimes du trépas, Nous volons , sans pâlir, k de nouveaux combats; Et de la trahison cent malheureux complices Seraient au grand César de trop chers saciifices!
, OCTAVS;
Sans doute on doit punir; mais ne compares pas
Le danger honorable et les assassinats.
Gésar est satisfait ; ce héros magnanime
N'aurait jamais pimi le crime par le crime.
Je ne me repens point d'avoir ven^ sa nort ; ^ ^
Mais sachez qu'à mon cœur il en côâte vu effort.
Je vois que trop de sang peut souiHtir ki vengeatice;
Je serais plus son fik en suivant sa démMieé :
Quiconque veut la gloire avee l'autorité
Ne doit verser le sang que par néeessilé.
Pourquoisde IVome eueor souiller foui 4a aiSes ? Je ne puis approuver des meurtres inutiles.
nV TBHJIHVJAAT. 49^
€'eit aux €lke& , c'est aux grands, aax^rtftus, aux Calons, A«K tnfai» de Pompée , à ceux des Scipions , ^ Caf à de tels proscrm que la mort se destine. Notre sécaiHté dépend de leur ruiné.
Épargnons un ramas de citoyens sans nom Qui seront subjugués par l'espoir du pardon ; C*est leur utile sang qu'il faut que Ton ménage : Ne forçons point le peuple à sortir d'esclavage.
D*un œil d'indifférence.
Il y avait dans ce même acte une scène entre Octave et Fulvie , qui a été retranchée*
FULYIK.
Que le frère d'Antoine e1 l*^amant de Jolie Ne craignent point de moi de reproches honteux ; Ma tranquille fierté les épargne à tous deux. Mon cœur, indiffèrent aux maux qui le relDpHsseot , N'a rien i regretter dans ceux <qui me trahissent. Tout ce que je prétends et d'Antoine et de vons, C'est de fuir loin d'Octave et d'an perfide époux. Ne me réduisez point à cettft ignominie De parer le triomphe et le char d'Octavie ; Allez : régnez dans Rome, et foulez k vos pieds Dans des ruisseaux de sang les citoyens noyés. Au Capitole assis, partagez votre proie , . De mes nouveaux affronts goûtez la noble joie > , Mêlez dans votre gloire, et daos vos attentats Les jeux et les plaisirs à vos assassinats. Mais laissez-moi cacher dans d'obscures retraites , Loin de vous , loin de lui, l'horreur que vous me frites , Ma haine pour vous deux, et non mépris pour lui ; C'est tout ce qui me reste et me flatte aujourd'hui. Délivrez-vous de iwn, d'wi témoin de t«s tirimea, D'un cœur que vous mettez an rang^de iroa victinitt; C'est Tunique faveur que je viens demander : Maîtres de l'univert , daîgaet-vous l'aocorder P
OCl'AVK».
De votre sort tonjonn vous serez la nuilircsae'; Je partage avec vous la douleur qui re«i presse. Je sais qu'Antoine et Moii forcés de vwis trahir. Devant vow «lésormais non» n'avoBi qu'à rotigirt Que nous sommes ingrat», qu'il est de votre gfoire D'oublier de nom deux l'imporldne «léiiioife* Mais, quels que soient les lieax, que vous «yee chaisis ^ Gardez-vous de vons joindre avec nDS«iniemi». C'est ce qu'exige Antoine , et la sente prière Que ma triste amitié 8* hasarde à vous fair^. .
49<^ VABUNTES
(e) Dans le premier manuscrit Julie ne se trouve point avec Pompée, au commencemeot de cet acte;ibne paraissent point easembie devant Octave ; mais Pompée parait seul devant les deux triumvirs, qui ont ensuite la scène suivante entre eux.
AHTonni.
Dans quel chagrin votre ame est-elle ensevelie ? Que craignez-vous?
MoD cœur, et l'es pleurs de Julie»
Axrroivi.
Des pleurs vous toucheraient?
OCTAVE
Son trouble, son effroir Dans mon étonnement't>ut passé jusqu'à moi. > J*ai frémi de la voir, j*ai frémi de T^ntendre, Couvert de tout ce saiig que ma main fiut répandre. Fulvie en prendra soin : ces bprds ensanglaulés El&rouchent ses jeux encore épouvantés.- Mais il iaut dès demain que cette Aigitive Connaisse ses devoirs, m'obéisse et me suive. Je dois répondre d'elle; elle est de ma maison.
jaronre.
y ous êtes éperdu....
OCTAYS.
J*en ai trop de raison.
AlTTOIirK.^
Vous Taimez trop , Octave.
OCTAVX*
U est vrAi : ma jenneise «
Des plaisirs passagers connut la folle ivresse; J*ai cherché comme vous, au sein> des voluptés , L'oubli de mes chagrins et de mes cruautés. Plus endurci que moi , vous bravez Tamertume De ce remords secret dont Phorreur me consume. Tous ne connaissez pas ces tourmens douloureux D'un esprit entrainé par de contraires vœux , Qui fiiit le mal qu'il hait, et fuit le bien qu*fl aime , Qui cherche à se tromper, et qui se hait Ittinnéme. Je passai du carnage à ces égaremens Dont les honteux attraits flattaient en vain mes sansv J*aîcru qu'en terminant la discorde civile, J*aorais près de Julie an destin plus tranquille :
Je suis enoor trompé ; l'amour, l'ambition, L'espoir, le repentir, tout n'est qu'illusion..
DU TBIUMVIRAT.
ANTOIVE.
Peut-élre que Julie eu ces lieux amenée , "^ Venait entre tos mains mettre sa destinée.
OCTAVE
Non , je ne le puis croire.
AITTOIIM.
Il u^appar tient qu'à vous De régler ses destins, de choisir son époux. Elle a pu , dans ces jours de vengeance et d'alarmes^ Apporter à vos pieds ses terreurs et ses larmes* Tous en serez instruit.
OCTAVS.
Quoi ! dans ses jeunes ans , S'arracher sans scrupule au sein de ses parens ! . Vous savez les soupçons dont mon ame est frappée.
AirromB.
On dit qu'elle^ est promise à ce jeune Pompée.
OCTATE.
C'est mon rival en tout. Ce redoutable nom Sera dans tous les temps Thorreur de ma maison. En vain notre puissance à Rome est ét&blie, Il soulève la terre , il règne sur Julie ; Et Julie en secret a peut-être aujourd'hui L'audacieux projet de s'unir av^ lui.
De son sexe autreCpis la timide décence N'aurait jamais connu cet excès d'imprudence. Mais la guerre civile, et surtout nos iureurs Ont corrompu les lois, les esprits et les moeurs. Aujourd'hui rien n'effraie, et tout est légitime : Notre fatah empire est le siècle du crime.
AITTCKKB.
Je ne vous connais plus , et depuis quelques jours Un repentir secret règne en tons vosMâiscouri ; Je ne vous vois jamais d'accord avec vous«méme.
N'en soyez point surpris, si vous savez que j'aime^
AHTOIMB.
Bien ne m'a subjugué. Peut-être quelque jour Comme César et vous je connaîtrai l'amouc^ Cependant je vous laisse avec l'infortunée Qu'on amène à vos yeox tremblante et constei'née : Vous pouTez aisément adoucir ses douleurs ; Gardez'vous de laisser trop d*empire k ses pleurs. Aimez puisqu'il le faut, mais ea maître du moade^
4^8 TAiJÀxns
(d) OCTATB.
Voire reprocha est juste, et c'est un Irait de Qui sort de votre boachef etpcaètre mon; Vous ponves tout sor moi : f atteste à vos genoox Le dieu qui tous envoie, et qui parle par tous, Qoe k monde opprimé tous devra ma clémence. Soogei que c*est par vous et par notre alliance Que k del vent finir k nialheiir des homains. Rome, Fempire et moi , toat est entre vos mains : Son bonhear et k mien sur vAire hymen se fonde. Disposez de U foi d'un des miâtres dn mondiez César du haut des deux ordonne ce tien , Et voos rendez mon nom asssi grand qoe le sien.
JUUK.
Je rends ^ces au ciel , si sa voix vons inspire; Si le fils de César mérite son empire , .Si vous lui ressemblez , si vous n'ajoutez pas Le crime de trompar à tons vos attentats. Soyez juste en effet, c^est peu de le paraître ; Four un César alors je puis vous reconnaître. Vous êtes de moniang ^^t du sang des hères : Allez à runivers aoconkr k repos; Mais sachez que ma foi n'en peut être k gage. . Ne devez qu'à vousHBême un si grand avantage ; Ne cherchez la vertu qu'an fond de votre coeur. En k mettant à prix vous en souilkz TjioiaBenr, Vous en avilissez k caractère auguste.
Est-ce à vos passions à vous rendre pins just*? J'en rougirais pour vous.
OOTAVB.
Eh bien , je vous entends.
Je sais de vos refus les motift insultans ; Et vous ne me parlez de vertnli, de clémence. Que pour voir impuni !• rival qui m'offense. Le del vous a trompée; il vous met dans rms paaina Pour vous sauver l'aifront d'accomplir vos desseins. Tous m'osez préférer l'ennemi de ma race ! Son sang va me payer sa honte et son audace;, n n(e peut échapper à mon juste courroux I Et Pompée....
jTOxa.
Ah ! cruel, quel nom preooaliez-voos?
Pompée est loin de moi... Qui vous dit que je l'aine ^
ocnva.
Tos pleurs , «aire mépris de ma grandeur suprême :
DU TaiUMTIEAT. 499
Lui seul à cet excès a pu tous égarer. C*est le seul des mortels qu'on peut me préférer ; Et c'est le seul aussi ipie mes coups Tont poursuivre. J'aurais pu me forcer jusqu'à le laisser vivre ; Mais vous le condamnez quand vous suivez ses pas. Tous Taimes : c'est à vous qu'il devra son trépas.
• JULtii^ à part.
O Pompée!
eCTATX.
Oubliez le nom d'un téméraire Que j^ dois immoler aux mânes de mon père , A l'intérêt de Rome , à mes transports jaloux ; ^
Et demain soyez prête à partir avec nous.
(«) Il est juste envers vous : ou vous veniez vous>mème
Vous soumettre à la loi d'un maître qui vous aime ,
Ou vous osiez chercher au milieu des hasards ' L'ennemi de mon règne et du nom des Gésara;
Je dispose de voiis dans ces deux conjonctures.
Je ne souffrirai pas que les races futures
Puissent me reprocher d'avoir laissé trahir
La majesté d'un nom que je dois soutenir.
Je comblerai de bien votre infidèle père ,
J'imiterai, le mieB ( sans prétendre à vous plaire ) ; .
Mais je perdrai le jour avant .qu'^iucun mèrtei
Dans sa témérité soit assez criminel
Pour m'oser un moment disputer ma oonquèle.
(/f Vers de Racine dans ses cantiques sacrés.