‹ Théâtre complet de Voltaire, avec notes, remarques et variantesChapitre 28 sur 275 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

ARZACE, AZÉMA.

N'irritez point mes maux; ils m'accablent assez. Cet oracle est affreux plus que vous ne pensez. Des prodiges sans nombre étonnent la nature. IjO ciel m'a tout ravi ; je vous perds.

AZÉMA

Ah ! parjure !

Va , cesse d*ajouter aux horreurs de ce jour Li'indigne souvenir de ton perfide amour. Je ne combattrai point la main qui te couronne, Les morts qui t'ont parle, ton cœur qui m'abandonne* Des prodiges nouveaux qni me glacent d'effroi. Ta barbare inconstance est le plus grand pour nioi% Achève; rends Ninus k ton crime propice; Commence ici par moi ton affreux sacrifice t Frappe, ingratr

6o sijflBÀMIS.

ARZACE.

C'en est trop : idqii cœur désespéré Contre ces derniers traits n'était point prépare. Vous voyez trop , cruelle , k ma douleur profonde , Si ce cœur vous préfbre k l'empire du monde. Ces victoires, ce nom , dont j'étais si jaloux. Vous en étiez l'objet; j'avais tout fait pour vous; Et mon ambition-, au comble parvenue, Jusqu^a vous mériter avait porté sa vue. Sémiramis m'est chère ; oui , je dois l'avouer ; Votre bouche avec moi conspire k la louer, r^os yeux la regardaient comme un dieu tutélaire , Qui de nos chastes feux protégeait le mystère. C'est avec ç.ette ardeur, et ces vœux épurés.. Que peut-être les dieux veulent être adorés. Jugez de ma surprise au choix qu'a fait la reine; Jugez du précipice où ^ choix nous entraîne^ ' Apprenez tout mon sort.

AZEMA.

Je le sais.

ARZAGE.

Apprenez.

Que Tempire ni vous ne me sont destinés. Ce Bis qu'il Êiut servir , ce fils de Nious même , Cet unique héritier de la grandeur suprême.'

AZÉMA

Ëh bien ?

ÀRZÂCX.

Ce PJinias , qui , presque en son berceau , De l'hymen avec vous alluma le flambeau , Qui naquit k la fois mon rival et mon maître....

AZEMA.

Niaias!

ARZACE. .

Il respiré^ il vient, il va paraître.

AZEMA.

MiniasI juste ciel! Ëh quoi! Sémiramis....

ARZACE.

Jusqu'k ce jour trompiée, elle a pleuré son fils.

ÂdC QViffBlBVC. 6l

AZÉMAr

^ Ninias est vitant!

ARZACE.

C'est un secret encore , Renferme dans le temple » et que la reine ignorer

k AZÉMA.

Mais Ninus te couronne, et sa veuve est k toi.

ARZACE.

Mais son fils est k vous; mais son fils est mon roi; Mais je dois le servir. Quel oracle funeste f

AZEMA.

L'amour parle, il suffit f que m'importe le reste? Ses ordres plus certains n'ont point d'obscurité; Yoilk mon seul. oracle 9 il doit étrcr écouté. . Ninias est vivant ! Eh bien ! qu'il disparaisse ; ) Que sa mère k mes yeux attestant s» promesse 9 Que son përé avec lui rappelé du tombeau. Rejoignent ces liens formés dans mon berceau ; Que Ninias mon roi, ton rival, et ton maître , Ait pour moi tout l'amour que tu me dois peut-être. Yiens voir tout cet^mour devant toi confondu } Vois fouler k mes pieds le sceptre qui m'est dû. Où donc est Ninias ? quel secret,, quel mystère Le dérobe k ma vue, et le cache k sa mère ?. Qu'il revienne, en un mot; lui, ni Séroiramis, Ni ces mânes sacrés que l'enfer a vomis, Ni le renversement de toute la nature , Ne pourront de mon ame arracher un parjure; Arzace, c'est k toi de te bien consulter;. Vois si ton cœur m'égale , et s'il m'ose imiter. Quels sont donc ces forfaits que l'enfer en furie. Que l'ombre de Ninus ordonne qu'on expie? Cruel, si tu trahis un si- sacré lien, Je ne connais ici de crime que le tien. Je vois de tes destins le fatal interprète , Pour te dicter leurs lois , sortir de sa rétraite : Xie malheureux amour dont tu trahis la foi j. N'est point fait pour paraître entre les dieux et toi.

Os six» AVIS.

Va recevoir l'arrêt dout Niniis nous menace; Ton sort dépend des dieux ^ le mien dépend d'Arzace.

(Elle tort.) AEZrACE.

Ârzace est à vous seule. Ah ! cruelle I arrêtez*

Quel mélange d'horreurs et de félicités 1

Queb ëtonntins destins Tun a l'autre contraires...!

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