‹ Théâtre complet de Voltaire, avec notes, remarques et variantesChapitre 32 sur 275 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

SÉMlRAMIS, ARZACE, OTANE.

séMIEAMIS.

On n'attend plus que vous; venez , maître du monde : Son sorty comme le mien , sur mon hymen se fonde.

▲GTI QDÀTMBIIB* 67

Je vois avec transport ce signe révéré » Qu*a mis sur Yolre front un pontife inspiré ; Ce sacré diadème , assuré témoignage ^ Que l'enfer et le ciel conSrment mon suffrage. Tout le parti d'Assur , frappé d'un saint respect. Tombe à la voix des dieux , jet tremble k mon aspect : Minus veut une offrande , il en est plus propice : Pour hâter mon bonheur , h&tez ce sacrifice. Tous les ctturs sont k nous; tout le peuple applaudit : Vous régnez, je. vous aime; Assur en vain frémit*

ABZACB , hors de lui.

Assur! allons.... il faut dans le sang du perfide.... Dans cet infâme sang lavons ce parricide , Allons Tenger Ninus

SZBnRAMIS.

Qu'entends-je ? juste ciel!

Ninus !

ARZâCB , d'un air égaré.

Vous m'avez dit que son bras criminel

( Rerenant à lui. ) -

Avait Que Hnsolent s'arme contre sa reine ;

Et n'est-ce pas assez pour mériter ma haine !

SEHIRABflS.

Commencez la vengeance en recevant ma foi.

ABZACB.

Mon père!

SÉMULAM».

Ah! quels regards vos yeux lancent sur moi ! Arzace , est-ce donc Ik ce cœur soumis et tendre Qu'en vous donnant ma mâîn j'ai cru devoir attendre? Je ne m'étonne point que ce prodige a&eux. Que les morts > déchaînés du séjour ténébreux. De la terreur en vous laissent encor la trace; Mais j'en suis moins troublée en revoyant Arzace. Ah ! ne répandez pas cette funeste nuit Sur ces premiers momens du beau jour qui me luit. Soyes tel qn'k mes pieds je vous ai vu paraître > liorsque vous redoutiez d'avoir Assur pour maître.

6B sihiiiÂHis.

IVe craignez point Kiniis , et son ombre en courroux. Arzace , mon appui , mou secours, mon ëpoux; Cher prince....

AR^AGE > se détournant.

C'en est trop s le crime m'environne..

Arrêtez.

SEBflRAMIS.

A quel (rouble , bêlas ! il s'abandonne , Quand lui seul â.la paix à pu me rappeler !

ARZACX.

Sémirâmis...»

SÉMIRAMIS

Eh bien ?

ARZACE.

Je ne puis lui pafler.

Fuyez- moi pour- jamais , ou m'arrachez la vie.

SÉMIRAMIS

Quels transports! quels discours! qui> moi 1 que ]e vous fuie?

Eclaircissez ce trouble insupportable , affreux ,

Qui passe dans mon ame , et fait deux malheureux.

Les traits du désespoir sont sur votre visage;

De moment en moment vous glacez mon courage^

Et vos yeux alarmes me causent plus d'effi*oi

Que le ciel et les morts soulevés contre moi.

Je tremble en vous offrant ce sacré diadème ^

Ma bouche en frémissant prononce , Je vous aime ;

D'un pouvoir inconnu Tinvincible ascendant

M'eutraine ici vers vous, m'en repousse a Tinstant ;

Et par un sentiment que je ne puis comprendre.

Mêle une horreur affreuse à l'amour le plus tendre.

ARZACE.

Haïssez -moi.

SÉMIRAMIS

ÇSruel ! non, tu ne le veux pas.

Mon cœur suivra ton cœur , mes pas suivront tes pas. Quel est donc ce biUet, que tes yeux pleins d'alarmes Lisent avec hoiTear , et trempent de leurs larmes

▲GTI QVÀTElbiB. ' 69

Contient-il les ndsons de tes refus affreux?

AKZACE,

Oui.

SÉMTB AMW.

Donne.

Ah l je ne puis.... Osez-vous?

SÉMIRAMIS

Je le yeux.

A&ZACX.

) jaissez*mbi cet ëcrit horrible et nécessaire. ...

SEMIRAMIS

D'où le tiens-tu?

AaZACE.

Des dieux.

séfiORAMIS.

Qui l'écrivit?

A&ZAGE.

Mon père. .. .

SEMIRAMIS

Qu^ me dis-tu !

ARZACS.

Tremblez.

SEMIRAMI5.

Donne : apprends-moi mon sort. .

ARZAGE.

Cessez. . . . k chaque mol vous trouveriez la mort.

SÉMIRAMIS

N'importe; ëclaircissez ce doute qui m'accable : Ne me résistez plus , ou je vous crois coupable.

ARZACE.

Dieux, qui conduisez tout, c'e^t vous qui m'y forcez l

SÉMIRAMIS , pveiiant le billet.

Pour la dernière fois , Arzacc , obéissez.

ARZACE.

Ëh bien ! que ce billet soit donc le seul supplice Qu'a son crime, j^rand dieu , réserve ta justice!

(Sëmiramislit. )

Vous allez trop savoir, c'en est fait.

fo siniiÀliis.

^ÉHlftAHlS I à Otane.

Qu'aioje lu?

Soutiens-moi > je me meurs

AEEACB.

Hëlas ! tout est connu !

8ÉM lA AMIS , revenant à efHé , après un long silence.

£h bien ! ne tarde plus , remplis ta destinée ; Punis cette coupable et cette înfortunëe ; Etouffe dans mon sang mes détestables feux. La nature trompée est borr&leà tous deux. Venge tous mes forfaits; venge la mort d'un pàre^ Reconnais-moi^ mon fils; frappe, et punis là mère.

ARZACE.

Que ce glaive plutôt épuise ici mon flanc De ce sang malbeureux formé de votre sang ! Qu'il perce de vos mains ce cœur qui vous révère , Et qui porte d'un fils le sacré caractère !

SÉMIRAMIS, se jetant à genoux.

Ab! je fus sans pitié; sois barbare à ton tour ;

Sois le fils de Ninus en m'ark*acbant le jour :

Frappe. Mais quoi ! tes pleurs se mêlent k mes larmes !

O Minias ! ô jour plein d'horreur ot de charmes !

Avant de me donner la mort que tu me dois ,

De la nature encore laisse parler la voix ;

Soufire au moins que les pleurs de ta coupable mère

Arrosent une main si fiitale et si chère.

ARZACE.

Ab ! je suis Votre fils, et ce n^est pas k vous^ Quoi que vous ayez fait , d'embrasser mes genoux, ^inias vous implore , il vous aime, il vous jure Les plus profonds respects, et l'amour la pins pure. C'est un nouveau sujet, plus cher et plus soumis; Le tifl est apaisé , puisqu'il vous rend un fils : Livrez Tinlâme Assui* au dieu qui vous pardonne.

sémaAMis.

Reçois pour te venger mon sceptre et ma couronne ; Je les ai tïop souillés.

A&ZAGE*

Je veux tout ignorer; Je veux avec l'Asie encor vous admirer*

ÂCTB QlRQClisiItt. (fi

Non ; mon Grime est trop grand.

arzace.

Le repentir l'eflhee .

SEMlRAMIfl.

Ninus t'a oommandë de régner en ma place; Grains ses mânes vengeurs.

ARZACE.

Ils seront attendris Des remords d'une mëre et des larmes d'un fib. Otane, au nom des dieux» ayez soin de ma mère, Et cachez» comme moi, cet horrible mystère.

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