‹ Théâtre complet des LatinsChapitre 109 sur 154 · SCÈNE XL · texte numérisé non relu

SCÈNE XL

NAUSISTRATE, CHRÊMES, DEMIPHON, PHORMION.

NAUSISTRATE.

Qui est-ce qui m'appelle ?

chké Mks (effrayé).

Ahl

NAUSISTRATE.

Quel est donc tout ce désordre, je vous prie, cher époujc ?

paormion (à Chrêmes).

Et bien, pourquoi demeurez-vous muet?

nausis trate (à Chrêmes).

Quel est cet homme là ? Vous ne me répondez pas ?

PHORMION

Lui, tous répondre ? Il ne sait ma foi pas où il est,

chrêmes fàNausîstrate).

N'allez pas ajouter foi à ce qu'il dit.

p h o rm ion (à Nausistrate).

Approchez» *ouchez4e; je veux mourir s'il n'est froid comme un glaçon.

CHREMES.

Nihil est.

NAUSISTRATA.

Quid ergo est? quid istic narrât?

PHORMIO.

Jam scies; Ausculta.

Pergin' credere?

ffAUSÏSTRATA.

Quid ego, obsecro, Huic credam, qui nihil dixit?

PHORMIO.

Délirât miser Timoré.

NAUSISTRATA.

Non pol temere est, quod tu tam times.

CHREMES.

JEgon' timeo?

PHORMIO.

Recte sane : quando nihil times, Et hoc nihil est quod ego dico : tu narra.

demipho.

Scelus?

Tibi narret?

,. phormio/

Eho tu, factum est abs te sedulo Pro fratre.

CHREMES.

Ce n'est rien.

nau si strate (à Chrêmes).

Qu'y a-t-il donc? (En montrant Phormion.) Et que dît cet homme ?

Vous allez le savoir, écoutez.

CHRÊMES.

Allez-vous encore le croire?

NAUSISTAATE.

Comment, je vous prie, le croirais-je ? il n'a rien dit.

PHORMION

Le pauvre malheureux, la crainte le fait extravaguer.

NAUSISTRATE (à CkréffUs).

Ce n'est ma foi pas sans sujet que vous êtes si fort effrayé.

CHREMES.

Moi! effrayé?

PHORMION

Fort bien : puisque vous ne craignez rien, puisque ce quç j'ai à dire n'est rien, dites-le vous-même.

DBMIPHON.

Coquin ! qu'il te le dise 1

phormion (à Demiphon).

En voilà assez, vous aviez bien servi votre frère.

5 7 o PHORMIO. ACT. V. SCEN. XL

1CAUSISTRATA.

Mi vir ? non mihi narras?

CHREMES.

{ At...

ÏTAUSISTRATA.

Quid, at?

CHREMES.

Non opus est dicto.

PHORMIO.

Tibi quidem : at scito huic opus est.

In Lerano. • •

CHREMES.

Hem? quid ais?

DEMIPHO.

Non taces?

PHORMIO.

Clam te.,.

CHREMES.

Hei mihi!

PHORMIO.

Uxorem duxit.

WAUSISTRATÀ.

Mi homo , di melius duint !

Sic factum 'st.

ITAUSISXRATA.

Perii misera!

LE PHORMION. ÀCT. Y- SCÊN. XL 3 7 i

NAUSISTRATB.

Comment, cher époux, vous ne me direz pas ?...

CHRÊMES.

Mais...

NAUSISTRATS.

Mais, quoi ?

CHRÊMES.

Il n'est pas nécessaire de dite...

PHORMION

Non pour vous : mais pour Nausistrate, il est nécessaire de savoir. Dans l'île de Lemnos...

CHRÉMSS.

Àh ! que dis-tu ?

DEMIPHON.

Veux-tu te laire ?

PHORMION

A votre insu...

CMREMÈS.

Hélas!

PHORMION

11 a épousé une femme...

NAUSISTRATE (A PtlOrmiOTl).

Mon cher ami, que les dieux nous en préservent 1

PHORMION

La chose est comme je vous le dis.

NAUSISTRATE.

Malheureuse , je suis perdue 1

PHORMIO,

Et inde filiam Suscepit jam unam, dujn tu dormis.

CHREMES.

Quid agimus?

1CAUSISTRATA.

Proh di immortales! facinus indignum et malum!

PHORMIO.

Hoc actum 'st.

NAUSISTRATA.

An quidquam hodie est factum indignius ?

Qui mihi, ubi ad uxores ventum 'st, tum fîunt senes. Demipho , te adpello : nam me cum hoc ipso distaedet

loqui.

Haeccine erant itiones crebrae , et mansiones diutinae Lemni? haeccine erat ea, quae nostros fructus minuebat,

vilitas?

DEMIPHO.

Ego, Nausistrata, esse in hac re culpam meritum non

nego :

Sed ea, quin sit ignoscenda. . .

PHORMIO.

Verba fiunt mortuo.

DEMIPHO.

Nam neque negligentia tua , neque odio id fecit tuo. Vinolentus, fere abhinc annos quindecim, mulierculam Eam compressit, unde haec nata 'st : neque postilla unquam adtigit. x

PHORMION

II en a déjà une fille, pendant que vous dormez bien tranquillement.

tCHRÉMfeS.

Que devenir?

NAUSISTRATE.

Ah, grands dieux 1 quel crime abominable !

PHORMIQN.

C'est un fait.

If AUSISTRATE.

A-t-on jamais fait action plus indigne? Les voilà ces maris : lorsqu'ils viennent auprès de leurs femmes, ils n'en peuvent plus. C'est à vous que je m'adresse» Demiphon, car j'aurais honte de lui parler. Le voilà donc, le sujet de ces fréquens voyages, de ces longs séjours dans l'île de Lemnos ? Le voilà ce vil prix des denrées, qui diminuait nos revenus ?

DEMIPHON.

11 a commis une faute, je l'avoue, ma sœur ; mais qu'elle soit pardonnable...

PHORMION

Paroles perdues. \

DEMIPHON.

Car ce n'est ni par mépris, ni par aversion pour vous, qu'il s'est ainsi conduit. Il y a environ quinze ans qu'étant ivre, il rencontra la mère de cette fille. Et depuis, il né l'a

Ea mortem obiit : e medio abiit, qui fuit in re hac scru-

pulus.

Quamobrem te oro, ut alia tua facta sunt, aequo animo

hoc feras.

NAUSISTRATA.

Quid ego, aequo animo? Cupio misera in hac re jatû defungier.

Sed quid sperem? AEtatë porro minus peccaturum putem?

Jam tum erât senex, senectus si verecundos facit.

An mea forma atque aetas nunc magis expetenda 'st, Demipho ?

Quid mihi nunc adfers, quamobrem expectem, aut sperem porro non fore?

PHORMIO.

Exsequias Chremeti, quibus est commodum ire, jam

tempus est.

Sicdabo : âge, âge, nunc Phormionem, qui volet, la*

cessito.

Faxo tali eum mactatum, atque hic est, infortunio. Redeat sane in gratiam : jam supplicii satis est mihi : Habet haec, ei quod, dum vivat usque, ad aurem ob-

ganniat.

NAUSISTRATA.

At meo merito, credo. Quid ego nunc commémorera,

Demipho , Singillatim, qualis ego in hune fuerim?

LE PHORMION. ACT. V. SCÈN. XL 3 7 5 jamais vue. Elle est morte. Elle n'est plus de ce monde, celle qui aurait pu vous inquiéter. Ainsi, je vous prie, Supportez ceci avec votre douceur ordinaire.

NAUSISTRATE.

Quoi, ma douceur ordinaire? Ah, malheureuse ! je voudrais bien que ce fût là sa dernière folie : mais puis-je l'espérer ? Puis-je croire que l'âge le rendra sage ? 11 était déjà vieux alors, si c'est la vieillesse qui donne de la retenue. Soisje plus jeune et plus belle? Ai-je plus d'attraits que dans ce temps-là, Démiphon? Que me direz-vous pour me faire espérer que pareille chose n'arrivera plus ?

phormion (àpart).

Si quelqu'un veut assister aux funérailles de Chrêmes, qu'il se dépêche. Voilà comme je m'y prendrai. Allons, allons, attaque maintenant Phormion qui voudra , je l'équiperai comme Chrêmes, 11 a beau faire sa paix, je l'ai assez puni. Sa femme a là une chanson à lui corner aux oreilles le reste de ses jours.

NAUSISTRATE.

J'ai mérité sans doute un pareil traitement. Faut-il, Démiphon, que je vous rappelle en détail comment j'en ai usé avec lui ?

DEMIPHO.

Novi aeque omnia Tecum.

NATJSISTRATA.

Meriton' hoc meo videtur factum?

DEMIPHO.

Minime gentium.

Verum, quando janradcusando fîeri infeetum non potest, Ignosce : orat, confitetur, purgat : quid vis amplius?

PHORMIO.

Enimveto prius quam haec dat veniatn , mihi prospiciam

et Phedriae.

Heus, Nausistrata, prius quam huic respondes temere ,

audi.

WAUSISTRATA.

Quid est?

PHORMIO.

^Ego minas trigintaper fallaciam ab illo abstuli: Eas dedi tuo gnafeo ; is pro sua arnica lenoni dédit.

CHREMES.

Hem! quid ais?

WAUSISTRATA.

Adeon' hpc indignum tibi videtur^ filius Homo adulescens, si habet unam amicam, tu uxores ^ duas?

Nihil puderePQuo ore îllum objurgabis? Responde mihi.

DEMIPHO.

Faciet ut voles.

DEMIPHON.

Je sais tout cela comme vous.

If AUSISTRATE.

Et bien, croyez-vous que je m'en sois rendue digne ?

DEMIPHON.

Nullement. Mais puisque les reproches ne peuvent détruire ce qui est fait, pardonnez-lui, il vous en conjure, il avoue sa faute, il vous demande grâce. Que voulez-vous de plus ?

phormion fà part).

Et mais, avant qu'elle pardonne, il faut que je songe à moi, ainsi qu'à Phedria. Nausistrate, avant de lui répondre trop légèrement, écoutez.

nausistrate (à Phormion).

Qu'est-ce que c'est?

PHORMION

J'ai excroqué trente mines à votre mari, je fes ai données à votre fils, pour acheter une esclave dont il est amoureux.

chrêmes (avec colère).

Comment 1 que dites- vous-?

nausistrate (à Chrêmes).

Trouve^- vous que ce soit un si grand crime à votre fils, qui est à la fleur de son âge, d'avoir une maîtresse, tandis que vous avez deux femmes? N'ayez-vous pas de honte ? De quel front le gronderez-vous ? Répondez.

DEMIPHON.

U fera ce que vous voudrez.

NAUSISTRÀTA.

Immo , ut meam jam scias sententiam , Neque ego ignosco, neque promitto quidquam : neque

respondeo , Priusquam gnatum video. Ejusjudicio permitto omnia : Quod isjubebit, faciam.

PHORMIO.

Mulier sapiens es , Nausistrata.

NAUSISTRÀTA.

Satin' id est tibi?

PHORMIO.

Immo vero pulchre discedo, et probe, Et praeter spem.

NAUSISTRATA.

Tu, tuum nomen die quod est.

PHORMIO.

* MiMn' ?

Phormio, vestrae familiae hercle amicus, et tuo summus Phedriae.

NAUSISTRATA.

Phormio, at ego aecastor posthac tibi, quod potero, et

quae voles, Faciamque, et dicam.

PHORMIO.

Bénigne dicis.

NAUSISTRATA.

Pol meritum est tuum.

NAUSI8TIATB (à Demiphon).

Mais afin que vous sachiez ma résolution, je ne lui pardonne point, je ne promets rien, je ne réponds rien, que je n'aie vu mon fils. Je le fais juge de tout ; ce qu'il ordonnera, je le ferai.

phormion (à Nausistrate).

Vous êtes une femme bien sage, Nausistrate.

nausistrate (à Phormion).

Êtes-vous satisfait ?

PHORMION

Je sors de cette affaire plus content, plus satisfait, que je n'osais l'espérer.

NAUSISTRATE.

Comment vous appelez- vous ?

PHORMION

Moi ? Phormion, l'ami de votre famille, et surtout de Phedria.

NAUSISTRATE.

Et bien, Phormion, je vous rendrai tous les services dont je serai capable. J'agirai, je parlerai comme vous voudrez.

PHORMION

Vous avez bien de la bonté.

NAUSISTRATE.

Je vous rends justice.

38o PHORMIO- ACT. V. SCEN- XL

Vin' primum hodie facere, quod ego gaudeam* Nausis-

trata, Et quod tuo riro oculi doleant

ttÀU&ISTRATÀ.

Cupio.

PHORMIO.

> Me ad coenam voca.

ÎTATJSISTRÀT^

Pol vero voco.

DEMIPHO.

Ëamus intro hinc.

CHREMES.

Fiat : sed ubi est Phedria 1 , Judex noster ?

PHORMIO.

Jam hic faxo aderit. Vos valete,et plaudite.

FINIS PHORMÏOITIS.

LE PHORMION. ACT. V. SCÈN.'xI. 38i

PHORMION

Voulez-vous dès aujourd'hui faire une chose qui m'oblige, et qui chagrine votre mari ?

NAU5I8TRATK.

Je ne demande pas mieux.

PHORMION

Invitez-moi à souper.

NAUSI8TRATB.

Oui vraiment je vous invite.

DEMIPHON.

Entrons.

CHREMES.

Soit ; mais où est Phedria, notre juge ?

PHORMION

A l'instant je vous l'amène. Adieu, spectateurs» applaudissez.

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