SCÈNE AJOUTÉE
PHËDRIA, PHORMION.
PHEDBIA (seul).
Il y a certainement une divinité qui voit et entend nos actions et nos paroles. Je ne crois point ce que Ton dit ordinairement, que la fortune dispose à son gré les événements heureux ou malheureux de ce monde.
phormion f à part).
Oh, oh 1 qu'est-ce que ceci? C'est, à ce que je vois, Socrate que je rencontre, au lieu de Phedria. Pouquoi différaije de l'aborder et de lui parler ? (A Phedria.) Dites-moi, Phedria, d'où vous vient cette nouvelle sagesse, surtout au milieu de la joie qui est peinte sur votre visage?
PHEDRIA.
Àhl bonjour, mon ami, mon cher Phormion, bonjour. Vous êtes l'homme du monde que je désirais le plus rencontrer dans ce moment.
PHORMION
Dites-moi donc, je vous prie, qu'avez-vous?
PHEDRIA.
C'est moi qui vous prie de m'écouter. Ma chère Pamphile est citoyenne d'Athènes, d'une famille illustre et riche.
p h or m ON.
Que dites-vous, est-ce que vous rêvez ?
PflEDRIA.
Vera hercle narro.
PHORMIO.
Sed et hoc recte dicitur :
Verum putes haud aegre: quod valde expetas.
PHEDRIA.
Immo audi, quaeso, quae dicam mira omnia.
Idque adeomecum tacitus cogitans , modo Erupi in illam quam audisti sententiam:^ Nutu deorum, non caeco casu régi Et nos et nostra.
PHORMIO.
Jamdudum animi pendeo.
PfiEDRIA.
Phanocratem nosti?
PHORMia
Tanquam te.
PHEDRIA.
Illum divitem?
PHORMIO.
Teneo.
PHEDRIA.
Pater est is Pamphilae. Ne te morer, Sic se res habuit, Servus huic Calchas erat, Nequam, scelestus. Is domo aufagere parans, Hanc virginem quam rure educabat pater, Quinque antios natam rapit, ac secum clanculura In Euboeam déportât , et vendit Lyco
PHEDRIA.
C'est, je vous le jure, la pure vérité.
PHORMION
On dit bien vrai : chacun se persuade sans peine ce qu'il désire ardemment.
PîlEDRIA.
Mais, écoutez, de grâce, les merveilles que je vais vous raconter. J'y réfléchissais en moi-même., lorsque vous m'avez entendu prononcer avec transport cette belle sentence : ta providence des dieux, et non te sort aveugle, gouverne tes hommes et les événements de la vie.
PHORMION
Vous me tenez long-temps en suspens. '
PHEDRIA.
Connaissez- vous Phanocrate?
PHORMION
Comme je vous connais. "
PHEDRIA,
Cet homme riche ?
PHORMION
J'entends.
PHBDRIA.
Il est le père de ma Pamphila. Pour abréger l'histoire, voici comme la chose s'est passée. Phanocrate avait un esclave nommé Calchas, un vaurien, un scélérat. Ce Calchas, dan* une fuite préméditée, enlève cette petite fille, âgée de cinq ans, que le père faisait élever à la campagne, et l'emporte furtivement dans l'île d'Eubée, où H la ven4 à un marchand 11. «5
386 PHORMIO. ACT. V. SCEN. XIK
Mercatori cuidam. Is longo post tempore Jam grandiorem Dorioni vendidit. Et illa claris se quidem parentibus Norat prognatam , cum se liberaliter Comitatam ancillis educatam recoleret , Nomen parentum haud norat.
PHORMIO.
Qui igitur agniti ?
PHEDRIA.
Mane, illuc ibam : captus est fugitivus is Heri , ac Phanocrati redditus : de virgine Quae dixi mira narrât; et illam emptam Lyco, Tum Dorioni. Mittit Phanocrates statim, Sibique gnatam vindicat; sed venditam Ubi rescit, ad me accurrit.
PHORMIO.
O factum berïe!
PHEDRIA.
Quin illam ducam in Phanocrate nulla est mora ; Neque in pâtre, opinor.
PHORMIO.
Me vide : totum tibi hoc Factum transaction reddo; nec te supplicèm Patri esse statuit Phormio , sed judicem,
PHEDRIA.
Garris. -</*•.• - ' ^
LE FHOftMlON. ACT. V- SCÈN. XII. 58 7 nommé Lycus. Celui-ci, loftg4empe après, la revend à Dorion, comme elle était déjà grand». Cette Me savait bien qu'elle était née d'une famille illustre ; car elle » souvenait d'avoir été bien élevée, et suivi» de plusieurs esclaves ; mais elle ne savait pas le ttota désespère****
i>HÔftftlOft.
Gomment donc a*t-ellè pu les retrouver? s '
PHEDRIA.
Attendez» c'est où j'en voulais Venir. Cet esclave fugitif a été repris hier, ete rndti à Phfcnocrate. 11 a raconté l'histoit* étonnante de celle fille, qu'elle avait été achetée par Lycm, ensuite par Dorion. A l'instant Phanoerate envoie chefc {tarife* réclamer sa fille. Lorsqu'il apprend qu'oà me la *e&dv*, M vient promptement mt trouver.
PHDàMIOlU
l'heureux évéûetne&t !
t>flEDBIÀ.
Point d'obstacle à nottè mariage du côté de Phanoerate , ni de la pari de toob pètë, à ce que je pense.
v PHORHION.
Reposez-vous sur moi. Je vous livre cette affaire faite et parfaite. Phormion ne veut point que vous alliez supplier votre père, au contraire il vous établit son juge.
PHEDBIA.
Vous badinez.
588 PHORMIO. ACT\ V. SCCN. XIL
Sic , jnquam , est. Tu modo quâs Dorio Triginta minas.
PHEDRIA.
Bene mones, inÇelligo, Uabeas : nam reddat oportet, quippe lex vetat Yendi liberam : et hercle gaudeo tempus dari, Cum et te rémunérer, et illum ulciscar probe : M onstrum ! hominis ferro duriorem animum geriu
PHORMIO.
Habeo nunc , Phedria, gratiam ; referam in loco Si liceat unquam. Grave onus imponis mihi, Uttecum officiis cèrtera , cum opibus non queam; Et «more ac studio solvam quod debeo tibi.
Bene merendo yinci, turpe est forti viro.
PHEDRIA.
Benefacta maie collocata malefacta existimo.
Sed te haudquemquam novi gratum ac memorem magis.
Quid istuc quod de pâtre narrabas modo?
PHORMIO.
Sunt multa, quae nunc non est dicendi locus.
Eamus intro : nam ad coenam Nausistrata Vocavit nie; et vereor ne simus in mora.
PHEDRIA.
Fiat, sequere me. Vos v aie te, et plaudite.
LE PHORMION. ACT. V. SCÈN. XIL 38 9
PHORHION.
Je vous dis la vérité. Pour vous, faites seulement que les trente mines données à Dorion...
PHKDRIA.
L'avis est bon, j'entends... prenez-les ; car il faut qu'il les rende, puisque la loi défend de vendre une personne libre. Je suis charmé, par ma foi, de trouver l'occasion et de vous récompenser, et de le bien punir. Le monstre ! il a le cœur plus dur que du fer.
PUORMION.
Je vous rends grâces, Phedria. Je vous Marquerai ma reconnaissance, si jamais l'occasion s'en présente. Vous m'engagez dans un combat difficile ; mes armes seront les bons offices, puisque l'opulence me manque; à force d'affection et de zèle j'acquitterai ce que je vous dois. Car se laisser vaincre en bienfaisance est honteux pour un homme d'honneur.
PQEDRIA.
Placer mal ses bienfaits, c'est commettre un crime. Mais je ne connais personne qui ait plus de reconnaissance et de gratitude que vous. Que me disiez-vous tout à l'heure au sujet de mon père ?
PHORMION
L'histoire est longue, et ce n'est pas ici le lieu de vous la raconter. Entrons, car votre mère m'a invité à souper, et je crains que nous ne nous fassions attendre.
PHEDRIA.
Soit. Suivez-moi. (Aux spectateurs*] Adieu, Messieurs, pa-
NOTES
SUR
LE PHORMION
»ooo«