SCÈNE III
ï. — Adeon rem redisse. — — En être au point, Phedria, de ne pouvoir sans frayeur penser au retour d'un père qui m'aime si tendrement. Dès les premiers mots que Térence met dans la bouche d'Antiphon, il fixe son caractère. Il le présente comme un jeune homme honnête et bien
NOTES PHILOLOGIQUES. 3t)5
né. Il a fait une faute, parce qu'il s'est laissé entraîner par une passion violente, et les conseils d'un parasite. Il s'en repent, et n'ose se présenter devant son père. Dans toute la pièce , il ne sortira pas un instant de ce caractère. Phedria , quoique aussi bien né qu'Antiphon , e&t un libertin sans remords; il est presque aussi fourbe que Phormion le parasite et l'esclave Geta. Pourquoi Térence donne-t-il aux deux cousins germains des caractères si différons avec la même passion ?
La raison en est facile à saisir. Chrêmes est déhauché jusque» dans la vieillesse ; il a menti toute la vie pour cacher son libertinage à son épouse. Le fils a les vices de son père. Rien de plus naturel Cette conséquence a paru si claire à Térence , qu'il n'a pas cru devoir mettre le spectateur sur la voie. Il ne manque pas cependant de le prévenir, quand il s'écarte des sentiers battus. Lorsqu'il a donné dans YHécjrre, à Bacchis et à Lâchés , des caractères autres que les caractères communs ,. il a bien su justifier cette hardiesse, comme on l'a observé dans les notes, page i58 de ce volume. Cette remarque aurait été mieux placée sur la fin de .la pièce. On la met ici, afin que les caractères des personnages et le but moral de la comédie étant annoncés , le lecteur la suive avec plus d'intérêt , de plaisir et d'utilité.
a. — Quod utinam ne Phormioni, etc. On pourrait croire que la tendresse d'Antiphon est rallentie , à l'entendre parler ainsi. U ajoute bientôt» dans V attente d'un père ^ qui va venir au premier moment m' arracher au bonheur auquel je suis accoutumé. Ainsi il est visiïjie qu'il a en même temps un respect bien tendre pour son père, et une affection bien vive pour sa femme* Ces deux sentiments doivent être également puissante dans son cqeur , puisqu'ils doivent s'y balancée et faire l'intérêt de la pièce. Térence avait trop d'art pour y manquer.
3. — Jam depacisci morte cupio. Plusieurs éditeurs ont lu depecisci au lieu de depacisci. L'un et l'autre donnent le même sens : on a préér é depacisci, parce qu'il est adopté par Virgile dans des cas semn blables.
Vitamque voluntpro laude pacisci, ( AEn. 5, v. a3o.) Letumque sinas pro laude pacisci ( AEn. ia, v. 49-)
4. — • Ut ne addam. — Je n'ajouterai pas que, sans aucune dépense,
396 NOTES PÉÏLOI/OGlQUES.
*ous avez troupe une personne libre et Bien née...., une femme sur qui la médisance n'a point de prise. Les louanges que Phedria donne ici à l'épouse d 'Antiphon, sont nécessaires à la pièce , et ne peuvent guère être placées ailleurs. Il fallait que Wpectateur fût convaincu de toute l'honnêteté de Phanie , qui doit être une mère de famille \ il fallait qu'il ne pût la regarder un instant comme une aventurière , sans quoi les bonnes mœurs auraient été blessées. Phedria , qui n'est point amoureux d'elle , lui rend justice dans l'instant où il n'a aucun intérêt de mentir. S'il avait fait cet éloge devant Demiphon , ou en toute autre circonstance , on aurait pu croire qu'il voulait tromper) pour disculper Antiphon. Ceci fait voir avec quel art et quelle bienséance Térence sait conduire se» pièces.