‹ Théâtre complet des LatinsChapitre 116 sur 154 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

i. — Quae si non astu providentur, me aut herum pessumdabunt. Ce vers se trouve dans VAndrienne y acte I , scène 3. Madame Dacier le retranche du Phormion. Je n'ai pas été aussi hardi qu'elle; je n'ai pas osé contredire presque tous les éditeurs et les commentateurs. S'il fallait supprimer ce vers dans l'une des deux pièces, comme il est moins bien placé dans celle-ci que dans YAndrienne, je suivrais madame Dacier.

a. — La traduction littérale de ces deux mots , Laterem lavem, aurait eu mauvaise grâce en français. On ne peut pas dire ce serait laver une brique ; il aurait fallu expliquer que la brique dont parle le proverbe latin, est une brique crue , qui se détrempe lorsqu'elle est lavée. On a cherché l'équivalent en français* S'il n'avait pas fallu un proverbe, on aurait pu dire : ce serait peine perdue. Cet autre proverbe , laper la tête à un Maure , aurait mieux rendu les mots du texte , mais moins bien le sens.

3. — Hujus patrem vidisse me, etc* Geta aurait pu s? contenter de aire, je viens de voir votre oncle. Mais Geta prend de l'humeur de ce que Phedria n'a pas compris à demi-mot , comme Antiphon. Si on demandait pourquoi l'un est moins intelligent que l'autre , on répondrait que celui dont l'intérêt est le plus vif, a dû comprendre plus vite ce^ . qu'il craint. C'est ainsi que Térence peint la nature jusques dans les plus petits détails.

NOTES PHILOLOGIQUES. 3g?

4* — * Quod si eo meae fortunae redeunt, etc. — — Ma àhère Phanie, s'il faut que le sort nous sépare, la <v\e na % plus d* attraits pour moi. Ces expressions annoncent toute la passion d'Antiphon , et peuvent confirmer ce qu'on a dit sur ces mots , plût aux dieux que Phormlon, etc. Une réflexion qu'on aurait pu faire sur les autres pièces , comme sur celle-ci, c'est que , dans Térence , l'amour çst une passion forte , ses amoureux, ne le sont point à demi. Si on les compare à la plupart de ceux qu'on met sur la scène française, ceux-ci ne paraîtront que des galans bien doucereux , mais souvent bien fades. Il en est un qu'on doit excepter, mais Térence et la nature en ont fourni le modèle.

5. — — Nom si sensé rit te ttmidum pater esse. Tout ce morceau offre une belle peinture des mœurs, et prouve ce qu'on a dit des caractères d'Antiphon et de Phedria. L'esclave donne une leçon d'effronterie : un jeune homme bien né a beau faire , il ne peut la suivre ; Phedria y applaudit, mais Phedria est vicieux.

6. — Le texte hoc nihil est n'est pas clair. Les interprètes sont partagés sur le sens qu'on doit lui donner. Donat et plusieurs autres, croient que hoc doit s'entendre d'Antiphon , et être dit avec mépris pour hic, comme s'il y avait hic Antipho nihil est, c'est-à-dire, cet Antiphon n'est propre à rien. Le sens qu'on a donné élude la difficulté. Ilicet est pour ire licet. C'est une formule que le crieur public employait poux congédier l'assemblée. Lorsqu'une affaire était jugée , il disait ilicet.

7. — Quid si assimulabo? satin est? — Si je jouais l'intrépide? Serait-ce bien ainsi? Les gestes d'Antiphon augmentent. le comique de cet endroit de la scène. On verra l'usage que Molière en a fait. Peut-être la Fontaine s'en souvenait-il, lorsqu'il a fait la fable de la grenouille, qui veut se faire aussi grosse qu'un bœuf, et qui interroge sa compagne.

8» — Vi coactum te esse invitunu Forcé malgré vous , n'est point ici un pléonasme vicieux. Geta, en multipliant les mots, veut multiplier les raisons.

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