‹ Théâtre complet des LatinsChapitre 118 sur 154 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

i. — Illud durum. Madame Dacier, d'après la traduction de Port- Royal , attribue os durum, qu'on a rendu par voilà V embarras , à Geta; et la réponse ego expédiant, à Phedria. Elle donne pour raison, que ego expédiant doit être dit par celui qui détruit l'objection de Demîphon. Or, c'est Phedria qui lui répond, functus àdolêscentuli estofficium libéralis , etc. Cette raison est très-plausible. On a cependant suivi la leçon généralement adoptée , parce que Geta peut bien avoir imaginé la même réponse <Jue Phedria fait à Demîphon, parce que c'est Geta qui Tédùit le vieillard a ne pouvoir plus répondre.

a. — Quatnoorem omnes , etc. — Voila pourquoi tous tes hommes devraient, dans la plus grande prospérité , songer comment ils supporteront tes revers et les chagrins, les dangers, les perles , TeXil. tîh père defamilte qui revient de voyage , devrait s'attendre à trouver son fils dérangé, sa femme morte, sa fille malade. Le sens de ce passage parait marcher avec ordre. Demiphon a fait d'abord une proposition générale , et le dénombrement en gros des maux que tous les hommes , omnes , doivent prévoir et craindre; savoir, les dangers, les pelles et l'exil. Il feit ensuite l'application de la maxime générale à un seul individu , un père de famille , et se sert du singulier cogitet. Les malheurs qu'il doit redouter en revenant de voyage, sont la faute d'un fils , etc. Tout 'parait clair ; mais si on suivait la ponctuation de madame Dacter, et qu'on ne mft qu'une virgule après exilia, tout serait embrouillé et confondu. Madame Dacier a été induite en erreur par Cicéron, qui cite ce passage dans ses Tusculanes. Elle a suivi sa ponctuation , mais les éditeurs de Cicéron ont pu faire une faute.

NOTES PHILOLOGIQUES. 3og

3. — Non , non sic futurum est, etc. Toutes les objections du vieillard ont été détruites* Il n'a plus de raisons à donner, il se fâche.

4- — Le» interprètes se sont beaucoup tourmentés pour trouver le sens de nihil suave meritum est : on ne rapportera point leurs diverses opinions. Madame Dacier, qui s'est jetée dans une dissertation , n'a rien éclairci. Elle aurait mieux fait de s'en tenir à la remarque de Douât, et de la rapporter toute entière. La voici : Nihil suave meritum est, Ordo et sens us hic est : Nihil mihi mercedis suave est, ut ego illam cum illo nuptamferam. Suave meritum enim suavem mercedem significat.

ACTEÏL SCÈNE I.

1. — Il est visible que le théâtre est resté vide après la scène précédente : ainsi l'acte II doit nécessairement commencer ici. We&terovius a mieux aimé suivre la foule des éditeurs, que de se rendre à l'évidence. Il rapporte le sentiment de Muret et de madame Dacier, qui ont, placé ici le second acte, et malgré cela, il reste dans Terreur.

Donat rapporte sur cette scène, que Térence faisant un jour répéter le Phormion, Ambivius Turpio entra ivre sur le théâtre , prononça les premiers vers de son rôle en balbutiant, en se grattant l'oreille; que Térence se leva , en affirmant qu'il avait eu , en composant sa pièce , l'idée d'un parasite tel qu'était alors l'acteur , et que le contentement succéda à la colère que lui avait donnée d'abord l'ivresse d 'Ambivius.

i. — •• Tute hoc intris ti. — Tu as fait la pillule , il faut que tu l'avales.

On avait à choisir entre plusieurs manières de parler proverbiales , qui peuvent rendre le proverbe latin , tute hoc intristi, etc. On a préféré celle qui entrait le mieux dans le caractère d'un parasite. Tu as fait la sottise, il faut que tu la boives, n'aurait pas convenu, parce que Phor-* mion n'avoue pas qu'il ait fait une sottise. Tu as pétri la pâte, il faut manger le gâteau, n'est pas assez usité. Intristi est pour intrivisti. Les anciens appelaient intrita les met* faits avec des viandes hachées ou pilées.

4oo NOTES PHILOLOGIQUES.

3. — Vereor, ne istaec fortitudo in nervum erumpat (Unique. Ddnat et les autres commentateurs donnent diverses interprétations à ce pas* Sage, in nervum erumpat (Unique. Madame Dacier, qui les a consultés, traduit ainsi : Je crains bien que ce grand courage n'aboutisse à te faire mettre les fers aux pieds. Ce sens est assez naturel , parce que nervi signifie les liens dont on se servait pour attacher les prisonniers. On verra , acte IV , scèn. 4» tn nervum potius ibit; alors on expliquera dans le sens que madame Dacier lui donne ici : mais dans le passage présent, on n'a pas cru devoir lui donner cette signification, parce que bientôt Phormion va dire : dices , ducent damnatum domum, et qu'il n'est pas vraisemblable qu'il se fît faire cette objection, si l'équivalent lui avait déjà été objecté. Le lecteur jugera.

4. — Coena dubia apponitur.... Un repas douteux n'est pas une expression usitée en français , mais cœna dubia n'était pas une expression bien usitée en latin du temps de Térence, puisque Geta ne l'entend pas. Elle le devint davantage par la suite. Horace l'a employée , satyre a, livre a.

Vides t ut pallidus omnis Coena desurgat dubia?

Madame Dacier, pour éviter cette expression, se sert. du mot ambigu, qui , de son aveu, ne rend point coena dubia. Elle n'a pas senti qu'en se servant d'un mot usité, et connu de Geta comme de Phormion, l'explication que demande Geta est ridicule et déplacée.

5. — Haec , cum rationem ineas f quam sint suavia. La question de Geta , que veut dire ce mot , et la réponse de Phormion , peuvent être regardées comme une parenthèse. Phormion reprend son . discours , lorsqu'il dil : si tu fais attention, etc. M. Guy et, pour éviter tout embarras, retranche trois vers, à commencer par Dum tibi ,sit, etc. D les trouve, dit-il, indignes de Térence. Horace n'a pas jugé comme. Jtf. Guyet, puisqu'il n'a pas dédaigné d'imiter ce passage.

Tene , ut ego accipiar laute , torquerier omni Sollicitudine districtum ; ne partis adustus , <■ Ne maie conditum jus apponatttr ; utomnes Praecincti recte pueri corn tique ministrent? ( Sat. 8 , liv. a. )

Donat trouve aussi ces vers, qui ont déplu* à M. Guyet, dignes de Térence.il remarque qu'ils sont pris de lasat. 6 d'Ennius, qu'il cite arec ses corrections.

Çuippe sine cura, laetus, lautus cum advenis ,

Infertis malis , expedito brackio , s

j4 lacer, celsus , lupino expectans impetu,

Mox cum alterius obiïgurias bona , quid

Censés dominis esse animi? Pro divumfidem,

llle tristis cibum dum servat, tu ridens voras.

Ces vers sont beaux , on peut les traduire ainsi : vous arrivez sans souci, hien gai; on vous parfume d'abord, vous avez les dents bien aiguisées , les manches retroussées , la joie peinte sur le visage, la tête levée comme un loup qui attend sa proie. On se met à table; vous dévorez le bien de votre hôte; que croyez-vous qu'il pense alors? Grands dieux? il suit tristement des veux les morceaux que vous avalez en riant. Si M. Guyet avait pris la peine de lire fiorace et Donat, peut-être n'aurait-il pas condamné si légèrement des vers qu'ils ont admirés. On s'est permis cette longue note, pour réfuter M. Guyet une bonne fois pour toutes.

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