SCÈNE II
ï — • En nunquam cuiquam contumeliosius audùtis , etc. Demiphon adresse la parole aux trois avocats qu'il vient d'amener. On doit donc les marquer au nombre des personnages de cette scène , quoiqu'ils ne parlent que dans la suivante. C'est une faute que la plupart des -éditeurs ont commise , et Westerovius comme les autres. Madame Dacier aurait dû lui ouvrir les yeux.
a. — Namjam adolescent! nihilest, etc. Phormion 1 en évitant de prononcer le nom d'Antiphon , et le désignant par le mot adolescens , insinue d'une manière détournée qu'il le connait peu, puisque son nom 11e lui est pas familier. Lorsqu'il ajoute, de ce qu'Une l'a pas connu, il fait entendre au vieillard que son fils n'est pas convenu devant les juges qu'il fût parent de Phanie. Phormion dissipe ainsi tout soupçon de connivence ; et c'est ce qu'il avait promis à Geta : Antiplwnem ex hoc crimine eripiam,
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3. — Vïdeas te, atque illum, ut narras. — On verrait que toi et lui, à t' entendre... Od pourra me reprocher que ces mots n'offrent aucun sens. J'en conviendrai , et j'en conclurai qu'ils ne font point un contresens; et c'est un mérite dans un passage aussi obscur, et qui a donné bien de la peine inutile aux commentateurs. Les uns ont changé le texte, et ont lu : videas ted' illum , ut narras. Madame Dacier a ponctué ainsi : videas te, atque illum. Ut narras! et traduit : que lui et toi ayez été tout ce que tu voudras, que nous importe? Tu vas bien nous en conter. Le traducteur de Port-Royal dit : considérez bien, je vous prie, ce que vous dites , et qui vous êtes , et qui est celui dont vous parlez. D'autres ont expliqué ainsi : sois aussi honnête homme que tu dis qu'il était. D'autres : puisses -tu être aussi pauvre. D'autres : puisses-tu vivre de ton travail, comme tu dis qu'il vivait du sien, etc. Aucun n'a voulu convenir qu'il ne trouvait point le sens de ce passage. Je suis de meilleure foi. Je crois que ni eux ni moi n'y avons rien entendu. Tout ce que je sais, c'est que par ces paroles, Geta annonce qu'il doute fort de la probité de Stilphon , et 3e la bonne foi de Phormion. La réponse de Phormion, si je ne l'avais pas cru , etc. en est une preuve.
4.—- Proinde expiscare, quasi non nosses. Que expiscare soit à l'impératif, ou au présent de l'indicatif, le sens est le même. La méthaphore que ce mot renferme n'aurait eu aucune grâce en français , il a fallu se servir d'une équivalente : elle n'est pas trop basse pour Phormion*
5. — Ita ut dicis, etc. Madame Dacier a fait sur ce passage une bévue bien étrange. Voici comme elle traduit : Justement. Si je fusse arrivé à temps quand l'affaire fut jugée, j'aurais expliqué nos degrés de parenté. Elle dit dans sa note que justement est une réponse ironique , qui signifie le contraire de ce qu'elle dit; puis elle ajoute qu'on n'a pas connu la grâce de cette expression.
Comment est-il possible que madame Dacier ait donné daris une erreur aussi grossière? S'agit-il ici de l'affaire jugée? N'est-ce pas plutôt de la supposition faite par Phormion de réclamer une succession? Le parasite vient de dire : si votre cousin Stilphon avait laissé un gros héritage, vous sauriez bien expliquer comment il est votre cousin. Demiphon répond : vous avez raison. Si je prétendais hériter d'un homme, ce serait à moi de prouver qu'il est mon parent. Vous qui
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prétendez me faire épouser une fille , prouvez qu'elle est ma parente.' Rien de plus simple que ce dialogue , rien de plus naturel. Il faut que ce soit le mot advenissem, employé pour advenirtm , qui ait égaré madame Dacier. "
6. — - Tuus est damnatus gnatus , non tu. Phormion fait ici d'une pierre deux coups. Il chagrine Demiphon , en lui rappelant sa vieillesse ; en même temps il justifie Antiphon , et fait entendre au vieillard qu'il n'aurait pu se défendre mieux que son fils.
7. — Tute idem melius feceris. — Vous agirez plus sagement. Cette traduction ne dit rien de bien clair. Mais Phormion n'a pas parlé clairement quand il a dit: tute idem melius feceris. Il ne fallait pas qu'il prît trop ouvertement le parti d' Antiphon. Les interprètes avaient bien embrouillé ce passage. Sans madame Dacier, peut-être me serais je égaré à leur suite.
8. — Si quid opus fuerit, Iieus , domo me. — — Toi, si l'on a besoin.... je serai... Le sens doit être suspendu dans la traduction , comme dans le
texte. Si Térence eût voulu achever la phrase , il l'aurait fait. Madame Dacier, qui est exacte, dit: si Von a besoin de moi, je serai a* logis ; à quoi Geta , en garçon spirituel , répond , j'entends.