SCÈNE V
1. — Sed eccum ipsum video in tempore hue se recipere. Madame Dacier supprime ce vers, parce qu'elle a jugé qu'il liait cette scène qui finit le second acte , avec la scène suivante qui commence l'acte III. La réflexion de madame Dacier semble d'abord judicieuse, et
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l'expédient qu'elle a imaginé tranche tonte difficulté. On n'a cependant pas osé suivre son exemple, et retrancher un vers qui paraît de Térence , et qui se trouve dans toutes les éditions; Mais en le conservant, comment prouver qu'il ne lie pas les deux actes? Avec un peu d'attention , je me flatte d'en venir à bout. Suivons la marche <T Antiphon. U a quitté la scène au premier acte pour éviter la présence de son père; il n'est pas allé chez lui, puisqu'il prévoyait bien que son père ne manquerait pas d'y entrer. Lorsque Demiphon a demandé où était son fils , Phedria, a répondu , foris. Présentement que Geta a besoin de lui , il dit qu'il va le chercher , Antiphonem quaeram ; ce qu'il ne dirait pas , s'il savait où il est. U sait qu'il n'est pas dans la maison , puisqu'il est allé , de la part de Demiphon , l'y chercher , et qu'il a répondu, negant rediisse. Il est donc démontré qu'An tiphon n'est pas rentré chez lui depuis qu'il a quitté la scène.
Geta dit, en finissant cette scène, sed eccum ipsum 'video in tempore hue se reeipere; ce qui signifie nécessairement, mais je le vois rentrer fort à propos. Mais rentrer où? dans son logis. Reeipere se ne peut pas s'entendre du théâtre, qui est une place publique. Il paraît donc encore prouvé que , quand Geta aperçoit Antiphon , celui-ci rentrait dans la maison. Geta, qui avait à lui parler, est entré après lui, et le théâtre est demeuré vide.
Le temps qu'ils ont passé tous deux dans la maison, est l'entr'acte. Ensuite ils sortent tous deux , et commencent un acte nouveau. Tout cela marche naturellement : mais poussons la preuve un peu plus loin. Qu'a fait Antiphon dans son logis ? Il est entré chez sa femme , lui a annoncé l'arrivée de son père, et comment il a pris la fuite. Elle lui a reproché sa timidité. A-t-il parlé à Geta? Non, il ne l'a même pas vu. Voilà des assertions qui paraîtront hasardées. U faut les prouver.
Antiphon , en paraissant sur la scène , dit :
Enimvero, Antipho , multimodis cum istoc animo es *»ituperandus. Ce vers ne peut avoir d'autre sens que celui qu'on lui a donné. En effet, Antiphon, tu es blâmable à tous égards, avec ta timidité. Cet aveu, e/wmvero , ne démontre-t-il pas que quelqu'un a reproché au jeune homme sa fuite et sa timidité ? Ce n'est j?as Geta , puisqu'il ne lui a point
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parlé, comme on va le voir* Ce n'est pas Pbedria, qai est chez la chanteuse. Ce ne peut donc être que sa femme. Qu'Àntiphon «t Geta ne jse soient point entretenus depuis la fuite du jeune homme , c'est ce que prouve assez leur conversation. Cette note est longue; mais j'avais à justifier^ ou Térence, ou tous les éditeurs, contre madame Dacier, qui a dit nettement : // est impossible de trouver l'intermède qui doit séparer
ces deux actes, si l'on admet ce vers Cette comédie n'aurait que quatre
actes. Je m'étonne que persqnne ne s'en soit aperçu. Il est étonnant qu'elle n'ait pas fait les réflexions qu'on vient de faire. Elles se présentent naturellement,