‹ Théâtre complet des LatinsChapitre 12 sur 154 · LACHES, SOSTRATA · texte numérisé non relu

LACHES, SOSTRATA

LACHAS.

A H, grands dieux ! quelle espèce d'animaux que les femmes ? Ont-elles juré de concert d'aimer et de haïr également les mêmes choses ? En trouverez-vous une qui s'éloigne en rien du caractère des autres ? Elles ont toutes la même aversion pour leurs belles-filles, la même application à contrarier leurs maris, la même obstination. Je les crois toutes instruites à la méchanceté dans la même école ; et si elle existe cette école, ma femme, j'en suis sûr, en est la maîtresse.

SOSTRATA

Que je suis malheureuse! On m'accuse, et je ne sais pourquoi.

LACHES

Gomment 1 vous ne savez pourquoi ?

SOSTRATA

Non, en vérité, mon cher Lâchés, puissions -nous passer nos jours ensemble comme ce que je vous dis est vrai.

LACHES

Di mata prohibeant.

SOSTRA.TÀ.

Meque ab$ te immerito esse accusatam , postmodum res* cisces.

LACHES

Scio : Te immerito? An quidquam pro istis factis dignum te

dici potest?

Quae me , et te , et familiam dedecoras : filio luctum paras. Tum autem, ex amicis inimici ut sint nobis adfines, facis : Qui illum decrerunt dignum, suos cui liberos commit-

terent.

Tu sola exorere, quae perturbes haec tua impudentia.

SOSTRATA

Egone ?

LACHES

Tu, inquam, mulier, quae me omnino lapidem, non hominem putas.

An, quia ruri crebro esse soleo, nescire arbitramini

Quo quisque pacto hic vitam vostrorum exigat?

Multo melius, hic quae fiunt, quam illic, ubi sum assidue, scio :

Ideo, quia, ut vos mihi domi eritis, proinde ego ero fama foris. :hd

Jam pridem equidem audivi cepisse odium tui Philumenam :

Minimeque adeo mirum : et ni id fecisset, magis mirum foret.

L'HÉCYRE. ACT. IL SGÈN. I. 07

LAC H èS.

Que les dieux me préservent de ce malheur.

SOSTRAT A.

Vous connaîtrez par la suite que voua m'avez accusée injustement.

lâchés (avec ironie). ,

J'entends: tous, injustement? (Avec colère. ) Peut -on tous traiter comme le mérite votre conduite, vous qui désho-, norez et votre mari, et vous-même, et voire famille; vous qui préparez à votre fils les plus grands chagrins ; vous qui changez en haine l'amitié de nos alliés? Ils avaient jûgé'Pamphile digne d'épouser leurs filles, et vous seule viendrez troubler notre union par votre méchanceté.

SOSTRATA

Moi?

LAC H à S.

Vous-même, vous dis-je, femelle, qui me prenez pour une souche, et non pour un homme. Parce que je suis presque toujours à la campagne, imaginez-vous que j'ignore comment chacun de vous se conduit ici ? Je suis mieux informé de ce qui s'y passe que je ne sais ce qui se fait aux champs, où j'habite d'ordinaire; et cela parce que ma réputation au dehors dépend de la manière dont vous vous gouvernez dans ma maison. 11 y a déjà long-temps que Philumène vous avait prise en aversion : je n'en suis nullement étonné, et je le serais beaucoup si cela n'était pas arrivé. Mais je n'ai pas cru que cette haine irait jusqu'à lui faire détester toute la maison. Si je l'avais prévu, je lui aurais donné la préférence ; elle demeurerait encore ici , et vous en seriez

Sed non credidi adeo , ut etiam totam hanc odisset do-

mum.

Quod si scissem , illa hic maneret potius , tu hinc isses foras. At vide, quam immerito aegritudo haec oritur mihi abs

te , Sostrata :

Rus habita tum abii, concedens vobis* et rei serviens, Sumtus vestros , otiumque ut nostra res posset pati , Meo labori haud parcens , praeter aequom atque aetatem

meam.

Non te pro his curasse rébus, ne quid aegre esset mihi?

SOSTRATA

Non mea opéra, neque pol culpa 4 evenit.

LACHES

Immo maxume.

Sola hic fuisti : in te omnis haeret culpa sola , Sostrata. Quae hicerant, curares : cumego vos solvî curis caeteris. Cum puella anum suscepisse inimicitias, non pudet? Illius dices culpa factum.

SOSTRATA

Haud equidem dico , mi Lâches.

LACHES

Gaudeo 5 , ita me dii ament*, gnati causa : nam de te quidem Satis scio, peccando detrimenti nihil fieri potest

SOSTRATA

Qui scis, an ea causa,, mi vir, me odisse assimulaverit, IJt cum matre una plus esset.

LACHES

Quid aïs? Non signi hoc sat est,

L'HÉCYRE. ACT. II. SCÈN. I. 5 9

sortie. Examinez enfin, Sostrata, combien je mérite peu le chagrin que vous me donnez. Je me suis retiré à la campagne pour vous céder la place, pour économiser, afin que notre bien pût suffire à vos dépensas et à votre oisiveté. Je n'épargne pas ma peine, je travaille plus que la raison et mon âge ne le permettent. Pour m'en récompenser, ne deviez-vous pas veiller à m'épargner tout chagrin ?

SOSTRATA

En vérité, je n'ai ni causé ni occasionné ce qui arrive.

LACHES

Vous avez tout fait. Vous étiez seule ici. Toute la faute tombe sur vous seule, Sostrata. Vous deviez veiller à tout, puisque je vous ai débarrassée des autres soins. Une vieille, se brouiller avec une jeune femme, n'avez-vous pas de honte ? Vous me direz que c'est sa faute.

SOStBATA.

Non, mon cher Lâchés, je ne dis pas cela.

< ucfiàs.i

J'en suis bien aise, en vérité, à cause démon fils; car, pour vous, quelque mal que vous fassiez, vous n'avez plus rien à perdre.

SOSTRATA

Que savez-voûs, mon cher époux, si elle n'a pas feint de me haïr, pour être plus long-temps avec sa mère ?

LACHES

Qu'osez-vous dire? Ne vous a-t-on pas assez prouvé sa

4o HECYRA. ACT. II. SCEN. IL

Quod heri nemo voluit visentem ad eam te intro admit-

tere ?

sostrata.

Enim laàsam oppido tum esse arebant : eo ad eam non

admissa sum.

LACHES

Tuos esse illi mores morbum ma gis, quam ullamaliam

rem , arbitror :

Et merito adeo ; nam vostrarum nulla est , quin gnatum

velit Ducere uxorem : et quae vobis placita est conditio , datur : TJbi duxere impulsu vostro , vostro impulsu easdem exi-

gunt.

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