SCÈNE II
i. — Heil metuo lenonem, etc. •— Je crains que ce marchand ne s'attire quelque malheur. Les interprètes ne s'accordent point sur ce passage , ne quidsuo capiti , qui est fort obscur, et qu'ils ont encore obscurci par
fotf NOTES PHILOLOGIQUES.
leurs conjectures. On les épargne au lecteur. Quelques-uns ont prétendu qu'ils signifiaient : Je crains que ce marchand ne nous joue quelque tour de sa tête. On a rejeté ce sentiment , et on a suivi madame Dacier. Lorsqu'Antiphon entend Dorion répondre avec dureté à Phedria, il craint que Phedria ne se fâche et ne maltraite Dorion. Cette manière d'entendre ce passage est naturelle.
a. — On aurait pu donner un autre sens au mot hariolare, et traduire , vous ne me contez que des balivernes. C'est l'opinion d'Érasme. Hariolari , dit-il , est un proverbe pour désigner Çu'on ne dit rien de plus certain que les devins qui se mêlent de prédire l'avenir. On a préféré l'autre sens, parce qu'il n'est pas vraisemblable que Térence eût osé décrier aussi ouvertement les devins, qui étaient respectés au moins du peuple. On le verra çi*après jeter du ridicule sur les devins et les aruspices, mais ce sera d'une manière détournée.
3. — Meam ductes gratiïs. En lisant ainsi, il a fallu s'exprimer nomme je l'ai fait dans ma traduction. Si on admettait la leçon meam ductes gratis y on traduirait, avoir mon esclave sans argent; comme ces deux leçons donnent à peu près le même sens, on peut eboisir.
4. — Le texte, quam uterque similis est sui , veut dire, mot à mot, que l'un et l'autre est semblable à soi-même! et non pas, qu'ils sont tous deux semblables l'un à Vautre ! ( c'est ainsi qu'il est rendu dans la traduction de Port-Royal). Pour plus d'exactitude , on aurait pu dire : que les voilà bien tous deux dans leur caractère ! La phrase aurait été plus verbeuse, et n'aurait pas été plus claire.
5. — Neque, Antipho , alia, etc. — Faut-il encore que ce malheur m' arrive dans le temps qu Antiphon ne s'occupe d'aucun autre soin que de... Phedria se plaint de ce qu'il ne peut attendre de secours d' Antiphon , parce qu' Antiphon est lui-même occupé. Tous les interprètes sont d'accord sur ce point; mais ils ne s'accordent pas aussi bien sur la construction de ce passage, neque , etc. La plupart y ont fait des changements pour se tirer d'affaire. Les uns ont mis aeque , d'autres atque , à la place de neque. M. Guyet, pour trancher toute difficulté, supprime un vers. Madame Dacier, qui a voulu conserver le texte, y donne, dans sa remarque % une explication qui n'est ni claire , ni satisfaisante.
Tout embarras grammatical paraîtra levé , si on fait tomber la né-
gation ne que sur alia , et que Ton construise ainsi : Hoc malum objectum esse mihi tum , cum Antipho occupâtes esset soUicitudine non alia Cid est simili J. Mais ensuite viendra une nouvelle difficulté : ce qui suit ne -quadrera plus avec ce passage ainsi construit. Il sera trop clair pour qu' Antiphon en demande l'explication par ces mots : Ah ! quid istuc autem, Phedria P et l'explication que donne Phedria, o fortunatissime Antipho, sera contradictoire avec ce qu'il a dit d'abord, neque, etc. Il faut donc chercher un antre sens qui concilie tout. Je crois l'avoir trouvé, en laissant le sens suspendu, et traduisant ainsi : Faut-il en» core que ce malheur m* arrive dans le temps qu'Antiphon ne s'occupe d'aucun
autre soin que de (sous-entendu que de jouir de son honlieur!) La
question d'Antiphon : Ah! que voulez-vous dire par là, Phedria? sera tout-à-fait naturelle , ainsi que la réponse de Phedria , que vous êtes
trop heureux, Antiphon Phedria explique par là ce qu'il y avait
d'obscur dans sa plainte , et corrige ce qu'il y avait de trop dur dans son reproche.
6. — Auribus teneo lupum. Tenir un loup par les oreilles , est une situation très-critique, parce que les oreilles du loup sont courtes et donnent peu de prise, et qu'il est dangereux de lâcher cet animal. La suite du discours d'Antiphon , car je ne sais ni comment la quitter , ni comment la garder, donne l'explication de ce proverbe.
7. — Pamphilam meam vendidit. La construction française voulait qu'on dit : il a vendu ma Pamphila ; mais le mot vendidit doit être mis le dernier , en français comme en latin , parce qu'il renferme le sentiment de la douleur que Phedria veut exprimer , et parce qu'il est répété par Antiphon et Geta.
S* — On voit bien qu'il y a quelques mots sous-entendus dans le texte, neque ego, neque tu. Madame Dacier y sous-entend in causu sumus , et traduit : ce n'est ni votre faute, ni la mienne. Ensuite elle ajoute , dans sa note , qu'on s'est trompé sur ce passage. J'ajouterai qu'elle s'y est trompée aussi. Où a-t-elle pris in causa sumus , pour le sous-entendre ? Il était bien plus naturel de sous-entendre le mot poterimusy de poterin' , qui vient d'être prononcé par Antiphon? auquel Dorion répond.
7. — Non; vcrum haec antecessit. — Non; mais il arrive demain. Ma-
4oS NOTES PHILOLOGIQUES.
dame Dacier a traduit mot à mot : non; mais celui-ci est venu devant* C'est rendre le texte , non : verum haec ei antecessit; mais c'est ne fixer aucun sens. On ne sait si elle veut dire que le jour présent est la veille du jour convenu entre Dorion et Pbedria , ou si celui-ci se rapporte au capitaine qui a acheté l'esclave, selon le sentiment de quelques interprètes. Haec (id estj dies qua advenit is qui dat neque lacrumaf. On peut trouver des raisons pour soutenir ces deux explications : on a préféré la plus simple.