SCÈNE XL
I. — Si quelqu'un veut assister aux funérailles de Chrêmes, Phqrmion se sert de la formule usitée pour inviter aux funérailles. Donat en rapporte une.
« L. Titius yixit. L. Titio exsequias ire quoi commodum est , jam tempus est. Ollus effertur. »
Lemownier.
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NOTES SUPPLEMENTAIRES
EXAMEN DES DEUX PffiCES CONTENUES DANS CE VOLUME.
LHECYRE.
J jES deux prologues de cette pièce sont très-Curieux : ils nous appren» nent que, dans deux, occasions différentes, YHêcyre ( la belU-mère ) fut on ne peut plus mal reçue par le public de Rome , qui ne voulut pas même l'écouter jusqu'à la fin. Térence attribue, comme de raison, cette double chute à des causes qui probablement ne sont pas les véritables. Un poète est-il jamais convenu que s'il n'a pas réussi, il ne doit s'en prendre qu'à la faiblesse, à la médiocrité de son ouvrage?
Il n'est que trop vrai pourtant que YHécjrre méritait bien le sort qu'elle éprouva. C'est une pièce également défectueuse et par le sujet et par le plan , ou , si l'on veut même, V exécution,.
Un jeune homme a pris , depuis quelques mois , pour femme une Athénienne. Pendant deux mois il n'a point vécu avec elle, parce qu'il était amoureux d'une courtisane ; mais , touché de la patience augélique de sa nouvelle épouse, il renonce à sa maîtresse, et prend même de l'amour pour celle qu'il avait d'abord si cruellement dédaignée. Jusques-là rien de mieux.
Mais il est obligé de faire un petit voyage. A son retour, que trouve-t-il? Sa femme a abandonné sa maison; elle s'est réfugiée chez sa mère. Et pourquoi ? c'est que lorsqu'il l'épousa, la belle était grosse, et qu'elle voudrait bien cacher à son mari son accouchement un peu trop précipité. Le retour du mari dérange tout ce beau projet : sa belle-mère est obligée d'avouer que sa fille , deux mois avant son mariage, avait été violée la nuit par un inconnu, dans une rue d'Athènes. Ce qu'il y a de bizarre , c'est que le mari , à la même époque , avait aussi violé dans la rue une jeune fille, et lui avait arraché un an-
44o NOTES SUPPLÉMENTAIRES.
neau dont il avait fait présent à la courtisane qu'il aimait. On se doute bien que cet anneau fera le dénouaient de la pièce. En effet , il sert à prouver que le coupable du viol n'est autre que le mari qui se croyait trompé , et que c'est sa propre femme qui avait été victime de son libertinage.
Cette fable, il en faut convenir, est assez mal ourdie. D'abord , comment supposer qu'une fille de famille , une citoyenne , dans un pays où, comme en Grèce, les femmes ne sortaient guère, même le jour, ait pu être rencontrée la nuit, seule , dans une rue? comment supposer que le mari , lorsqu'il apprend de la bouche de sa belle-mère toute l'histoire , tous les détails du viol , ne se rappelle pas qu'il s'est rendu lui-même coupable, il y a juste neuf mois, d'un pareil forfait?... C'est véritablement là un tissu d'invraisemblances. Ceci nous donnerait lieu de croire qu'en général les anciens s'occupaient assez peu de la fable de leurs pièces; qu'il leur suffisait, pour qu'ils en fissent choix , qu'elle leur promît des scènes ou comiques ou pathétiques. Peu leur importait qu'elle fût raisonnable ou non. C'est le même système que suivent encore en Italie les auteurs d'opera-Buffa.
Certainement il y a de l'art dans la manière dont Térence a fait usage de la fable défectueuse qu'il avait choisie pour sujet de YHécyre. Nous remarquerons , cependant , que pendant près de trois actes il ne fait point connaître ni même soupçonner la véritable cause de la fuite de la jeune épouse chez sa mère. C'était par trop abuser de la patience du public. Et l'on a justement observé que ce défaut avait pu suffire seul pour faire tomber la pièce.
Mais au reste, elle n'offre presque rien de comique. Seulement, on y trouve parfois quelques mots assez plaisants. Quant aux caractères , ils sont assez bien soutenus ; mais ils ressemblent , à quelques nuances près , aux caractères des autres pièces de Térence.
Nous espérons pouvoir justifier toutes ces critiques dans les notes plus détaillées que l'on va lire.
Acte I, scène a, page ai. — S'il ne me demande pas, tu ne diras rien , afin qu'une autre fois je puisse avoir une excuse toute neuve. On. a fait souvent usage de la première partie de cette plaisanterie ; mais il est douteux qu'on ait employé la seconde, qui pourtant est excel-
lente dans la bouche d'un esclave habitué à mentir et ohligé d'avoir en réserve des excuses.
Scène a, page 33. — Tu sais toute l'histoire. En effet, c'est une histoire bien longue et bien embrouillée; elle tient à elle seule tout le premier acte. Quoique le dialogue de la courtisane soit assez piquant , il y a quelque chose de lourd , d'embarrassé dans cette exposition qui ne promet pas une pièce amusante.
Acte II, scène I , page 35. Si elle existe , cette école ( de contradictions et d'entêtement), ma femme, à coup sûr, en est la maîtresse. Voilà bien le langage des époux Romains , qui , si l'on en juge par les maris de Térencé , ne devaient être ni doux , ni aimables II n'en est pas moins vrai que leurs caractères ont du piquant , par l'amertume de leur plaisanterie.
Scène 3, page 47» -—J'attends avec impatience le retour de mon fils. Les Français ne se contenteraient pas d'un second acte qui offrirait une marche si lente. Qu'y a -t-il dans cet acte? rien, qu'une dispute entre un mari et une femme. Cette scène n'eût point été de trop dans le premier acte; et quand elle y serait jointe , l'action ne se trouverait pas plus engagée, car il n'y en a pas jusqu'à présent. Mais il fallait absolument cinq divisions dans la pièce, et on ne se gênait pas sur les moyens d'obéir aux règles.
Acte III, scène 3, p. 65. — J'ai promis , et je suis résolu à tenir ma prO" messe. Voilà certes un mari de bonne composition. Il est certain que sa femme n'est pas enceinte de lui , puisque son amour pour une courtisane l'en avait éloigné; et cependant il consent à se taire. Ces mœurs sont bien singulières; elles nous paraissent toujours outrager îa raison. Sous le rapport de l'art dramatique, je ne vois rien au théâtre de plus faible que ce monologue. Dans un troisième acte, on vient nous raconter une longue histoire qu'il est impossible qu'un mari , dans la position de Pamphile , puisse retenir avec cette exactitude. La colère devrait se montrer à chaque instant. Mais pourquoi donc Térence en traitant ce sujet n'a -t-il pas fait sortir la mère? pourquoi n'a -t-il pas mis en dialogue ce récit éternel ? Au moins l'étonnement , le courroux du mari , rembarras de la mère auraient donné de l'intérêt à ce froid roman. Ce n'est pas à coup sûr la crainte de blesser la délicatesse du parterre qui a pu le retenir ,
puisque les Romains n'y regardaient pas de près ; et d'ailleurs 9 Térence savait parfaitement que plus un sujet offre de dangers , moins il faut craindre de l'aborder franchement. Ce n'est que par l'action et la vie que les sujets hasardés peuvent réussir. Malheur à l'auteur qui, par des récits et des raisonnements , donne le temps de réfléchir au public !
Scène 5, p. 83. — Je vais répandre sur elle (sur ma femme) tous mes chagrins. Cette sortie est comique j mais ce comique nous confirme de plus en plus dans l'idée que nous avons que les dames romaines ne devaient pas être très-heureuses avec leurs chers maris. Quant au caractère de Pamphile , il est trop généreux pour nous paraître vrai.
Scène 6, p. 91. — // lui arracha, au contraire, en s'en allant , Vanneau quelle avait au doigt. On ne conçoit guère que l'homme qui se rend coupable d'un viol arrache un anneau. On pourrait plutôt imaginer le contraire , puisque la personne outragée a un très-grand intérêt à connaître l'auteur de l'outrage.
Acte IV , scène a , p. 1 o 1 . — Un vieux et une vieille ne figurent bien qu'au commencement d'un conte. C'est de l'excellente plaisanterie , parce qu'elle est tirée de la situation. Reste à savoir si c'est bien là ce qu'a voulu dire Térence par ces mots :
Postremo jam nos fabula
Sumus , Pamphile , senex atque anus.
Tout ce que disent Sostrata et Lâchés est plein de raison. Nous ne voyons que Pamphile dont le caractère indécis et généreux à l'excès, ne peut produire aucun effet.
Scène 3 , p. 107. — Un enfant que son père abandonne, je le nourri" rais! Voilà enfin Pamphile qui commence à se fâcher, et en effet la position où il se trouve l'y force tout-à-fait. C'est dans cette scène que nous reconnaissons Térence. Là les pères parlent comme ils doivent parler, et la conduite précédente de Pamphile les autorise à croire qu'il a le dessein de répudier sa femme ; mais ce Pamphile nous paraîtra toujours bien calme , et beaucoup trop généreux.
Scène 4 , p. 119. — Je ferai de mon mieux pour cela. Cette scène et la suivante sont singulières, et en ayant l'attention de se reporter aux mœurs des Romains pour y voir de la vraisemblance, on doit les
trouver bien faites. Le père y montre une raison aimable , et la courtisane une certaine dignité qu'elle semble tirer du genre de service qu'on lui demande.
Acte V, scène i , p. 129. — Dis encore que Myrrhine a reconnu la bague qu'il me donna autrefois , quelle est à sa fille. Voilà la visite de Bacchis expliquée , et voilà le dénoûment dès le commencement du cinquième acte. Quant à la manière dont il se fait , elle est si ordinaire aux anciens poètes comiques , qu'il ne reste plus de réflexions à présenter sur ce sujet
Même scène, p. ng. — Tant que la journée a duré , f ai trotté, couru comme un malheureux. C'est peut-être la seule pièce de Térence où l'esclave tienne si peu à l'intrigue. L'auteur ne pouvant le faire agir , lui donne au moins un côté plaisant, en le faisant courir pour tout le monde.
Scène a , p. i3i. — • Parla on a reconnu que Philumène est cette fille insultée , et que l'enfant qui vient de naître est de Pamphile* C'est par un mo nologue que s'explique toute la pièce. Les réflexions de Bacchis sur son état sont plaisantes; mais, au reste, elle ne dément point une certaine noblesse de caractère que lui a donné l'auteur.
Scène 3, p. 187. — Rien du tout. Ce mot est tout-à-fait comique ; aussi l'auteur en tire-t-il parti jusqu'à la fin de la pièce , et cette fin n'est pas trop satisfaisante. Aucun des personnages qui ont concouru à l'action, ne reparaissent. Il est vrai que ce qu'ils auraient pu dire eût été fort peu intéressant, puisque Baccbis n'eût pu que répéter ce qu'elle a dit à l'esclave, au public , dans'un long monologue, et à Pamphile pour une troisième fois.
On ne reconnaît pas le génie de Térence dans cette comédie. Les deux premiers actes en font à peine l'exposition ; le valet est étranger à l'intrigue; Pamphile est un caractère indécis, et qui ne saurait intéresser malgré son action généreuse. Il ne parle jamais le langage de la passion, et quoiqu'un mari , eût le droit par les lois de répudier sa femme , et de se débarrasser même de son enfant, il n'en est pas moins vrai qu'il devrait être un peu plus en colère d'avoir été trompé par une épouse qu'il aime. Au théâtre comme dans le monde les vertus , qui sont hors de la na-
tare ne touchent que fort peu; et certainement si Pamphile eût pris son malheur avec plus de chaleur, il y en aurait eu plus dans l'ouvrage. Cervantes a composé une Nouvelle dont le fond paraît lui avoir été donné par YHécjrre. Une jeune fille est de même violée par un jeune libertin; mais, dans la Nouvelle, c'est la personne outragée qui, pour parvenir à reconnaître le coupable , lui dérobe une croix de Galatrava. Un enfant et la croix font aussi le dénoàment.
LE PHORMION
Voici une pièce d'un tout autre genre et dlun tout autre mérite que YHécyre. C'est un vrai chef-d'œuvre.
Acte I, scène i , p. 195. — Tiens , donne cela à Dorion. Voilà une exposition claire et animée, parce qu'elle est en dialogue. Quelle différence il y a de cette scène aux longs monologues que Térencea employés trop souvent dans YHécyre»
Scène 3, p. 199. — Que je redoute ce qu'il va m* annoncer ! Que les deux jeunes gens raisonnent bien , l'un , en époux rassasié de plaisirs , et l'autre, en amant qui connaît encore le désir!
Scène 5 , page 211 — Allez engager le combat. Toutes ces scènes sont rapides , et l'action se prépare bien.