SCÈNE I
PAMPHILE, PARMENON, MYRRHINE (qui m paraît pas sur le théâtre.]
PAMPHILE
Ii on, ne je crois pas que l'amour ait jamais causé à personne plus de chagrins qu'à moi. Infortuné que je suis ! Voilà donc la vie que j'ai tant ménagée ! Voilà donc pourquoi j'étais si empressé de revoir ma maison! N'aurait- il pas mieux valu passer mes jours dans tout autre pays , que de revenir ici pour apprendre mes malheurs ? En effet, lorsqu'une mauvaise nouvelle nous attend, tout le temps qui se passe avant que nous en soyons informés est autant de gagné.
PARHEISON.
Au contraire, votre retour est le plus court moyeu de vous tirer de peine. Si vous n'étiez pas revenu, les brquilleriçs n'auraient fait qu'augmenter; au lieu qu'étant ici ces femmes auront quelque égard pour vous, j'en suis sûr. Vous saurez le sujet de la querelle, vous les apaiserez, et les remettrez en bonne intelligence. Ce que vous regardez comme une chose bien importante, n'est qu'une bagatelle.
5o HECYRA. ACT. III. SCEN. I.
PAMPHILUS. *
Quid consolare me? An quisquam usquam gentium est
aeqùe miser?
Prius quam hanc uxorem duxi, habebam alibi animum
amori deditum :
Jam in hac re, ut taceam, cuivis facile scitu est 3 , quam
fuerim miser :
Tamen numquam ausus sum recusare eam , quam mihi
obtrudit pater.
Vix me illinc abstraxi , atque impeditum in ea expedivi
animum meum :
Yixque hue contuleram; hem nova res orta st, porro
ab hac quae me abstrahat Tum matrem ex ea re me , aut uxorem in culpa iuven-
turum arbitror :
Quod ita quom esse inveiiero, quid restât, msi porro ut
fiam miser?
Nam matris ferre injurias me , Parmeno , pietas jubet. Tum uxori obnoxius sum : ita olim suo me ingenio pertulit : Tôt meas injurias : quae numquam in ullo patefecit loco. Sed magnum nescio quid necesse est evenisse, Parmeno, Unde ira inter eas intercessit , quae tam permansit diu.
PARMENO
Hoc quidem hercle parvoin, si vis vero veram rationem
exsequi.
Non maxumas, quae maxumae sunt interdum irae , injurias Faciunt : nam saepe est, quibus in rébus alius ne iratus
quidem est^
L'HÉCYftE. ACTLVIlI. SCÉN; L Si
PAMPHILE
Pourquoi cherchera me consoler? estai au moùde un homme aussi malheureux? Avant d'épouser PhUumèoe , mon cœur s'était donné à une autre. Il est déjà facile d'imaginer, sans que je le (Use, combien le mariage me causa dp chagrin. Cependant je n'osai pas refuser l'épouse que mon père me forçait de prendre. A peine m'étais~je arraché à Bacchis, à peine m'étais - Je débarrassé de ses liens, pour porter ma tendresse à Philumfene, que voilà un nouvel événement qui me sépare d'elle. J'arrive, et c'est pour trouver coupable ou ma mère, ou ma femme. Lorsque j'aurai découvert cette vérité, quel parti prendre, sinon de toujours souffrir? Car si la piété filiale m'ordonne de supporter les injustices de ma mère, d'autre pari je dois beaucoup à une épouse qui a souffert avec tant de douceur tous mes mépris, qui n'en a jamais parlé. Mais, Parmenon, il faut qu'il soit arrivé quelque chose de bien fort, pour faire battre entre elles une colère qui dure aussi long-temps.
PAR MB **>*, Ce sera, ma foi, fort peu de ého&, si vous voulez bien examiner la vérité. Les plus grandes brouilleries ne proviennent pas toujours des plus grandes injures ; car 'souvent ce qui ne fâcherait pas tout «litre, nous attire l'inimitié irréconciliable d'un homme emporté. Les enfante entre eux se met-
5j HECYRA. ACT. III. SCEN, I.
Quum de eadem causa est iracundus factus inimicissimus- Pueri inter sese quam pro levibus noxiis iras gerunt. Quapropter? Quia enim, qui éos gubernat animus, in-
ftrmum gerunt.
Itidem illae mulieres sunt ferme , ut pueri , levi sententia : Portasse unum aliquod verbum înter eas iram hanc con-
civerit.
PAMPHILUS.
Abi , Parmeno , intro, âc me venisse nuntia.
PARMENO
Hem, quidhoc est?
PAMPHILUS.
Tace.
PARMENO
Trepidari sentio , et cursari rursum prorsum. Agedum,
- t ad fores Accède propius. Hem f sensistin' ?
^ Noli fabularier,
Proh Juppiter! clamorem audiô.
PARMENO
Tute loqueris, me yetas?
MYRRHINA
Tace , obsecro , mea gnata. v
PAMPHILUS.
Matris vox visa 'st Philomenae.
Nullus sum. '
PARMENO
Qui dum?
L'HÉCYRE. ACT. III. SCÈN. I. 55
tent en colère pour des minuties. Et pourquoi cela ? Parce qu'ils sont gouvernés par un esprit faible. 11 en est de même des femmes ; elles ont la tête presque aussi légère que les enfants. Un seul mot peut-être aura excité cette dissention entre votre mère et votre épouse.
P AMP H ILE.
Entre chez elle, Parmenon ; annonce-lui mon retour.
p a r m e if o n' (s'approche pour entrer) .
Ah, qu'y a-t-il?
PAMPHILB.
Tais-toi.
J'entends remuer vivement,. courir de côté et d'autre. Venez, approchez davantage de la porte. Hé bien, entendezvous?
PAMPHILE
Ne parle pas. Grands dieux, j'entends crier.
PARMENON.
Vous me défendez de parler, et vous parlez?
m y rr h i ne (dan» la maison, à Philumène).
Ne crie pas, ma fille, je t'en conjure.
PAMPHILE
Je crois reconnaître la voix de ma belle-mère. Je suis perdu.
PARMENON.
Comment cela ?
PAMPHILUS,
Perii.
PARMENO
Quamobrem ?
PAMPHILUS*
' Nescio quod magnum malum
Profecto, Parmeno, me celas.
PARMENO
Uxorcfjn Philumetiam Pavitare 4 , nescio quid, dixerunt : id si forte est, nescio.
PAMPHILUS,
Interii. Cur mihi idnondixti?
PARMENO
Quia non poteram una omnia.
PAMPHILUS.
Quid morbi est?
PARMENO
Nescio.
PAMPHILUS.
Quid ? nemon' medicum addtixit ?
PARMENO.
Nescio.
PAMPHILUS.
Cesso hinc ire intro, ut hoc quamprimum, quidquid est,
certo sciam?
Quonara modo, Philumena mea, nunc té offendam a£
fectanl?
Nam si periculum ullum in te inest s , periisse me una haud
dubium est.
l/HÉCYRE. ACT. III. SGÈN. I. à»
Je suis mort.