SCÈNE IL
BACCHIS
Que de plaisir la visite que je viens de faire va causer à Pamphile ! que d'avantages je lui procure ! que de chagrins je lui épargne ! je lui rends un fils que ces femmes et lui-même ont pensé faire périr. Je lui ramène une épouse qu'il ne croyait pas pouvoir reprendre. Je détruis les soupçons que son père et Phidippe avaient conçus contre lui. C'est cet anneau qui est l'origine de ces événements ; car je me souviens qu'il y a presque dix mois Pampbile arriva chez moi sur le soir. Il était hors d'haleine, seul, et plein de vin; il portait cet an-* neau. Je fus effrayée d'abord. Mon cher Pamphile, luidis~je, pourquoi, je vous prie, êtes-vous si troublé ? et où avez-vous trouvé cette bague ? parlez. Il feint de songer à tout autre chose. Là-dessus il me vient je ne sais quels soupçons violents; je le presse de les éclaircir. Mon homme avoue qu'il a rencontré dans la rue une fille inconnue ; qu'il lui a fait violence, et lui a pris cette bague, tandis qu'elle se débattait. Myrrhine vient de la reconnaître à mon doigt, me demande de qui je la tiens. Je lui compte toute l'histoire. Et par là on a reconnu que Philumène est cette fille insultée, et que l'enfant qui vient de naître est de Pamphile. Je suis charmé que tout ce bonheur lui arrive par mon moyen. D'autres femmes de mon
i&i HECYRA. ACT. V. SCEN. III.
Eum haec cognovit Myrrhina in digito modo me haben-
tem.
Rogat unde sit : narro omnia haec. Inde 'st cognitio facta y Philumenam compressam esse ab eo , et filium inde hune
natum.
Haec tôt propter me gaudia illi contigisse laetor. Etsi hoc meretrices aliae nolunt : neque enim est in rem
nostram , Ut quisquam amator nuptiis laetetur. Verum ecastor Numquam animum quaesti gratia ad malas adducam
partes.
Ego, dum illo licitum st, usa sum benigno, et lepido,
et comi.
Incommode mihi nuptiis evenit : factum fateor. Àt pol me fecisse arbitror, ne id merito mihi evenirct, Milita ex quo fuerint commoda, ejus incommoda aequum
'st ferre.
SCENA III
PAMPHILUS, PARMENO, BACCHIS.
PAMPHILUS.
Vide, mi Parmeno, etiam sodés , ut mihi haec certa et
clara attuleris :
Ne me in brève conjicias tempus, gaudio hoc falso frui.
L'HÉCYRE. ACT. V. SCtN. III. i35 état en seraient fâchées ; car il n'est pas de notre intérêt qu'un amant goûte le mariage. Pour moi, jamais l'amour du gain ne me fera prendre un mauvais parti. Tant qu'il me l'a été permis, j'ai profité de sa bienveillance et de la douceur de son commerce. Son mariage m'a fait de la peine, je l'avoue; mais je crois, ma foi, n'avoir rien f^it pour la mériter. Quand on a été comblée des bienfaits de quelqu'un, il est juste de supporter les chagrins que l'on en reçoit.