‹ Théâtre complet des LatinsChapitre 49 sur 154 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

1. — Comment garder le secret? On a traduit ainsi, parce qu'on a lu operiam, au lieu à' aperiam , qui se trouve dans le plus grand nombre des éditions. Cette dernière leçon ne paraît pas soujenable. Pampbile na point envie de révéler le secret qu'il a promis à Myrrhine, puisqu'il vient de dire qu'il ne changera rien à ce qu'il a résolu , non minuam meum consilium , et que sa résolution était de se taire. D'ailleurs,, puisque tout embarras serait levé si Pamphile découvrait le mystère , peut-il raisonnablement dire , quo pacto hoc aperiam? Il ne veut point re« prendre sa femme, ni dire la raison qui l'en empêche; voilà l'embarras. S'il s'explique, tout sera terminé, même la pièce. C'est là ce qui a fait rejeter la leçon aperiam. Madame Dacier rejette aussi dans sa notela leç/on aperiam. Cependant aperiam se trouve dans le texte à côté de sa, traduction. Cette contradiction prouve un soupçon que plusieurs passai ges de son édition avaient fait naître. C'est qu'elle n'a pas présidé à l'im*

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pression de son Térence, et qu'une édition du texte, peu conforme à celle qu'elle voulait suivre , a servi de copie aux imprimeurs.

2. — Si on faisait dire mutatio fit par Pamphile, au lieu de le faire dire par Pbidippe , il faudrait traduire , voici du changement. C'est le parti qu'a pris madame Dacier. M. Guyet veut retrancher et ces mots, mutatio fit, et le reste du vers où ils se trouvent. On a suivi Antesignan, Fabrini , Westerhovius , Boeder , l'édition de Leyde et le Térence gothique, qui conservent le vers où se trouve mutatio fit, et qui l'attribuent à Phidippe. On croit avoir suivi en outre le bon-sens. Pamphile «st trop agité pour faire cette froide observation , mutatio fit. Ce qu'il dit ensuite, dumne reducam, turbent porro quam velint , prouve qu'il s'inquiète peu de savoir laquelle des deux mères a tort , pourvu qu'il ne reprenne pas sa femme.

3. — Non tibi illud, etc. — Il ne me déplaît pas moins qu'à vous, mon cher Lâches. Cette traduction rend le latin , non tibi illud factum minus placet, quam mihi , Lâches, Soit qu'on fasse tomber la négation , ou l'adverbe minus , sur placet , pour leur fair signifier displicet , le sens sera le même , à une si légère différence près , qu'elle ne mérite pas qu'on s'y arrête.

4. — Etiamsi dudum fuerat ambiguum , etc. — J'étais indécis tantôt de ce que j'avais à faire. Il n'y a plus à balancer, présentement qu'elle mène à sa suite un enfant dont je ne suis pas le père. Pamphile doutait s'il reprendrait sa femme , après que Myrrhine lui avait dit qu'elle cacherait l'accouchement et qu'elle supprimerait l'enfant. C'était là l'effort du plus violent amour .11 ne peut ni ne doit balancer, à présent que l'accouchement est connu des deux pères , qui voudront élever l'enfant. Il y a un art merveilleux de la part de Térence, d'avoir fait croître en même temps et en même proportion, les intérêts opposés qui doivent se combattre; d'avoir augmenté la répugnance de Pamphile pour une épouse qui lui amène un enfant dont il ne se croit pas le père , et l'empressement des deux vieillards pour réunir deux époux dont le mariage , selon eux, est cimenté par la naissance d'un petit-fils. L'expression de Pamphile , cum cok sequitur alienus puer, est remarquable. C'est une métaphore prise des bestiaux, dont les petits suivent la mère. Madame Dacier veut que Pamphile parle ironiquement , lorsqu'il dit : il n'y a plus à

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balancer, présentement , etc. Pamphile veut dire, selon madame Daeîer y que puisque Philumène a un fils dont il ne se croit pas le père, il ne doit pas balancer à la reprendre; qu'il ne faut pas manquer un si bon coup, et qu'il y a trop de gain à faire, puisque tout à la fois on aura l'enfant et la mère. Pamphile est dans une situation trop -violente pour parler ironiquement. Ce qu'il dit avant et après, ne permet pas de le penser. D'ailleurs le mot alienus ôterait toute apparence d'ironie, 9'il y en avait.

5. — Madame Dacier a bien vu qu'il fallait rejeter la leçon : quem ipsa neglexit pater , ego alam; et a dit : quem ipse neglexit pater , ego alam? Mais après avoir bien compris le sens de ce passage , elle ne l'a pas bien rendu. Elle le traduit de cette manière : quoi, je nourrirai un enfant que le père même a abandonné? Elle n'a pas senti que Lâchés ne doit pas entendre en totalité ce discours de Pamphile : autrement il lui en demanderait l'explication, et lui ferait dire ce qu'il entend par un enfant que son père abandonne. Lâchés doit cependant entendre une partie du discours de son fils, puisqu'il s'en autorise pour faire une sortie très- vive contre lui. Mais quelle est cette partie du discours qui frappe les oreilles de Lâchés , et qui le met en colère ? Lâchés nous l'apprend lui-même. Le mot qui Ta courroucé, c'est le mot alam, puisqu'il le répète et dit , eho , an non alemus ? C'était donc par ce mot , que Pamphile devait finir en français comme en latin, pour conserver, on ne dit pas seulement la chaleur , mais la vérité du dialogue. Afin d'éviter ce défaut , on a suivi la marche du latin. On a fait dire à Pamphile , à part et tout bas , en réfléchissant , un enfant que son père abandonne; puis avec la vivacité de la colère , je le nourrirais ? Lâchés , qui entend ces derniers mots parce que la colère les a fait prononcer avec exclamation, reprend, qu'avez- vous dit? Quoi! Pamphile, nous ne l 'élèverions pas? Il semble que ce dialogue est plus vif que dans madame Dacier. P4MPHUK (bas).

« Quoi , je nourrirai un enfant que le père même a abandonné ?

LACHES

* Que dites-vous? Quoi donc , est-ce que nous ne l'éleverons pas?»

Le lecteur jugera. Plusieurs morceaux, ainsi traduits par madame Dacier, ont engagé à traduire Térence après elle.

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6\ — Proptereahaec ira est. — Voilà d'où ment sa colère; car elle mé Va dit. Myrrhine n'a pas dit à son époux qu'elle lut en colère de ce que Pampîiile voyait Bacchis. Mais quand Phidippe Fa dit, elle ne Tapas nié. Ainsi il n'y a point de mensonge.

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