SCÈNE IL
I. — Et inter ipsas pensa labuntur manus. Ovide avait dit avant Sénéque , Metamorph. lib. IV,
« Et colus, et fusus digitis cecidere remissis. »
2. — Non colere donis templa. Le poète ne pouvait peindre avec
plus de talent les égaremens et les fautes de l'amour, qui fait oublier aux hommes leurs plus chers intéréts et leurs premiers devoirs. Le mot donis s'applique particuliérement à tout ce qui est offert aux dieux.
3. — Adjudicatae praesidem terrae Deam. Je n'ai pas besoin de rappeler que Minerve fut déclarée par le jugement des dieux et le suffrage du peuple, protectrice d'Athénes, à laquelle elle donna son nom. Voy. le Dictionnaire de la Fable, par M. Noël. Voilà sans doute ce qui a porté les commentateurs à appliquer ce passage à Minerve; pour moi, je l'entends d'une manière bien différente, et je pense que Sénéque avait en vue Cérés qui préside à la terre, puisqu'il dit: Adjudicatam praesidem terrae Deam , et que d'ailleurs il vient d’être parlé des mystéres d'Eleusis qui se célébraient en son honneur.
4. — Fortem facit vicina libertas senem. Cette réflexion de la nourrice de Phèdre est d'autant plus juste, qu'à son âge, et sur le point d'être affranchie du joug de l'existence, elle a acquis le droit de parler à sa maitresse avec plus de franchise et de liberté ; elle n'a plus à redouter pour long-temps les rigueurs de l'esclavage.
5. — Negata magnis sceleribus semper fides. Il semble , au premier abord, que ce vers signifle : que l'on n'a jamais de confiance dans les grands coupables ; mais on reconnait bientót que la vraie pensée de Sénèque est que les grands qui se livrent à la débauche , se font un jeu de leurs sermens et de leurs promesses, et qu'ils ne rougissent pas de livrer ou d'abandonner au mépris public les tristes victimes qu'ils sont parvenns à séduire. Ce vers est encore susceptible d'une autre interprétation ; suppesez , dit la nourrice qu'on refusät (comme il arrive souvent à Poccasion des crimes extraordinaires) d'ajouter
foi à l'inceste dont vous deviendriez coupable, ne seriez-vous pas trahie :
par vos continuelles inquiétudes , etc.
6. — Nulla securum tulit. Comparez avec ce passage ce qu'a dit Aristote. liv. IX ; Nicomaq. c. 4 ; et Sénèque le philosophe , Épit. 106. » Securitatis magna portio est, nihil inique facere , confusam vitam
» impotentes agunt. Tantum metuunt , quantum nocent , etc. » 7. — Sed furor cogit sequi pejora. Ovide a dit :
» Video meliora, proboque , » Deteriora sequor. »
Pétrarque exprime ainsi la méme pensée :
» Cerco del vivio mio novo consiglio
» Et veggio il meglio , et al piglior m'appiglio. » SCENE III
Y. — Impotens flammis. Xci le mot impotens doit être pris dans le
sens d'omnipotens.
2.'— Dulcior vocem moriente cygno. Callimaque , Æschyle , Théocrite , Áristophanes , Euripide, Platon , Aristote, les prétres Egyptiens , Philostrate , Oppien, Ovide et Cicéron ont parlé du chant du cygne comme d'une chose à laquelle ils ajoutaient foi. Cependant Athénée , Ælien et Pline disent que rien n'est plus fabuleux, et tout homme de bon sens sera de leur avis.
3. — Ignes sentit genus aligerum. Sénèque avait sans doute en vue ce passage de Virgile, Géorzic. liv. III : |
» Omne adeo genus in terris hominumque ferarumque, » Et genus equorum, pecudes, pictaeque volucres,
» In furias, veneremque ruunt. Amor omnibus idem. »
4. — Lucaeque boves. Varron. lib. VI. de Lingua latina, nous apprend que les anciens peuples de l'Italie désignaient l'éléphant par les mots lucas bos, et qu'ils regardaient ses défenses comme des cornes. Foy. Plin. Histor. natur. lib. VIII. On n'avait point vu d'éléphants
en Italie, avant que Pyrrhus, roi d'Epire, eüt déclaré la guerre aux Romains et pénétré sur leur territoire.