SCÈNE IL
1. — Non alia magis est libera, etc. Ce morceau de poésie est,
selon moi, l'un des plus beaux de Sénèque. Il ne faut pas s'étonner
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d'entendre Hippolyte, l'héritier du tróne, faire un si pompeux éloge des mœurs patriarchales des anciens. On ne doit pas en conclure que ce füt un prince dépourvu des qualités nécessaires pour tenir le sceptre. Le poéte lui fait tenir le langage qui convient à un jeune homme effrayé de voir sa mère parvenue au plus haut degré de corruption. Il est naturel qu'il oppose aux désordres dont il craint d’être le témoin, en restant à la cour de son pére, la pureté des mœurs antiques. Xénophon, dans ses OEconomiques; Aristote, au sixième livre de sa Politique ; Varron, dans le premier livre de son ouvrage; intitulé de Re rustica ; Columelle, au commencement de son Traité sur le même sujet ; Virgile au livre premier de ses Géorgiques; Horace, dans ses Odes ; Ovide, dans ses Métamorphoses ; Sénèque le philosophe, dans
une de ses Epitres, ont donné les plus belles descriptions de l’âge d'or.
a. — Sed duz malorum femina. Cette pensée se retrouve chez tous les poètes méme les plus anciens , tels qu'Orphée , Homère, Ménandre , Diphile, Philémon et Euripide. Les oreilles françaises l'entendraient répéter avec plus de répugnance que ne l'ont fait les anciens, surtout dans un sujet sérieux, à moins qu'elle ne fût relevée par les charmes de la poésie, ou amenée avec finesse. Nos poètes, en pareil cas, ont su mieux garder les convenances ; comme l'ont fait néanmoins parmi les anciens, Hésiode et Simonides , et surtout Pétrone ou Eumolpus ,
à qui l’on attribue l'épigramme suivante :
» Crede ratem ventis , animum ne crede puellis. » Namque est feminea tutior unda fide.
» Femina nulla bona est, vel si bona contigit ulli , -
» Nescio quo fato res mala facta bona est. »
Le sel épigrammatique tempére ici l'acreté de la pensée.
4o» NOTES PHILOLOGIQUES.