L. AFRANIUS Ou ÁPHRANIUS, contemporain de Térence
Wmposa des tragédies et des comédies. Sans les obscé-
ils qui déshonorérent ses ouvrages, il serait regardé mme un des meilleurs auteurs dramatiques de l'anliquité,
On pourrait encore citer parmi les tragiques Latins, dont la réputation a mérité d'être conservée, Publius Pomponius., de Vérone, qui vécut sous les empereurs Caius et Claude ; Servius Sulpitius, bon poéte et. célibre jurisconsulte, dont Cicéron déplore la perte dans ses Philippiques; Rutilius Géminus, auteur d’une tragédie distianax et de plusieurs autres.
Je ne parlerai ni de Varron, ni de C. Julius César, ti de Q. Cicéron, frère de l'orateur, ni de Virgile, à qui lonattribue une tragédie, intitulée Thyeste, ni d'Octave Aus, ni de Turanius son contemporain, ni enfin isis Fuscus, l'un des grands amis d Horace. On la ce sujet que des données trop peu satisfaisantes et
op peu certaines. | |
.. ll ne reste que des fragments de quelques-uns des agiques Latins, et Sénéque est le seul: dont les pièces ‘us offrent une idée juste des progrés de l'art, dans CT partie, chez les Romains.
x DISSERTATION.
Mais quel est le Sénéque dont les productions dramatiques sont arrivées jusqu à nous ? Sont-elles toutes de lui seul, ou de différents auteurs? Des hommes de mérite ont cru avoir donné la solution de ces questions , de maniére à ne laisser rien à désirer. Àu premier coup d'œil, j'ai pensé comme eux. Je me suis néanmoins convaincu par un examen plus approfondi, que la matière n'était pas épuisée. Le discours préliminaire que l'abbé Coupé a placé en tête de la traduction de Sénèque, ma surtout frappé par le mérite du style, par la profondeur. des pensées et la force du raisonnement ; mais malgré la vénération que j'ai pour sa mémoire, je ne craindrai pas d' émettre une opinion qui diffère de la sienne. Je ne dissimulerai pas que je l'aurais pris beaucoup plus souvent pour guide et pour modèle dans la traduction que j'offre au public, si cette traduction eût été plus en harmonie avec le texte, et si l'élégance et la hardiesse pouvaient toujours suppléer à l'exactitude; mais je ne parlerai pas de Sénéque comme il en a parlé. |
J examinerai d'abord ce qui a rapport à la famille de Sénéque.
Notre poéte descendait d'une famille noble, originaire de Cordoue , lieu de sa naissance , ville située dans la Bétique, contrée de l'ancienne Espagne, où son père, Lucius Annæus Sénéque , enseignait la rhétorique pendant la guerre civile de César et de Pompée Ce rhéteur était doué d'une mémoire si prodigieuse qu'il répétait deux mille noms dans le même ordre
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qi les avait entendus prononcer, et que plus de deux cents de. ses condisciples lui récitant chacun un vers, il ks récitait tous à son tour, en commencant par le der- Aer et finissant par le premier. Sa mémoire, qui tenait lh prodige, n'en était pas moins fidéle, et il assure luimime dans la préface de ses déclamations, qu'il con- «na cet avantage jusque dans un âge trés-avancé, quique le défaut d'exercice l'eüt sensiblement diminué. lavat épousé Helvia ou Elbia, femme douée d'un Pad courage et de beaucoup d'esprit. Il en eut trois ls, savoir: Sénéque le philosophe, Lucius Annaeus Novatus (1), vulgairement appelé Sérèque le tragique, t Sénèque Mella, père de Lucain, auteur de la Pharle Ces trois enfants furent conduits fort jeunes à lime, où ils étudièrent l'éloquence sous Pomponius Macellus, Julius Hyginus , Cestius et Asinius Gallus, th philosophie sous Socion d'Alexandrie, et sous Potin, célèbres stoiciens. Mais si l'on en croit de nomlees autorités , les deux premiers sont les seuls qui Mus aient laissé des ouvrages , et Mella n'est connu | f) Plusieurs auteurs font de Lucius Annæus Novatus , et t lunius Novatus Gallio, parent du poète, un seul et méme Mnonnage, Jene m'arrêterai point encore à cet objet, qui x buné lieu à de nombreuses conjectures; les savans pourront tsulter le livre de {a Consofation à Hetvia, c. 16. Tacit. Amal. (ib. Y, XV et XVI ; Quintilien, Institut. Orat. lib. X. ^35 Senec, 434. IIT, Natur. Quaest. (in principio); lib.V. * ! et Dion Gassiüs.
xi DISSERTATION.
que pour avoir donné le jour à Lucain; Cependan Martial, qui n'était pas fort éloigné de ce temps , assuri que Cordoue sera immortelle pour avoir produit troi Sénèque.
. Átria Pisonum stabant oum stemnate toto,
Et docti Senecae ter numeranda domus. | (Manruc, Epigramm. lib. 1F. 32.)
Voici des vers de Sidonius Apollinaris qui attestent l: méme chose.
Non quod Corduba praepotens alumnos
Facundos ciet, hic putes legendos,
Quorum unus colit hispidum Platona
Incassumque suum monet Neronem ;
Orchestram quatit alter Euripidis,
Pictum fecibus Æschylum secutus ,
Aut plaustris solitus sonare Thespim. | |
. Voilà l'existence de ces deux frères bien établie dar - la littérature ; et nous voyons que Sidonius attribu distinctement les œuvres philosophiques au précepteu de Néron, et les tragédies à un autre Sénèque. |
Cependant, ajoute l'abbé Coupé, dont j'emprunte u moment le langage, cette opinion est contredite p? des autorités qui n'ont pas moins de poids que Sidoniu: Erasme, dont la critique est si sûre, pense que tout: les tragédies, à l'exception d’Octavie, sont de Sénèqu le philosophe ; et Juste-Lipse , le plus savant des tr umvirs de la littérature, au seiziéme siécle, a fait
DISSERTATION. xit
ce sujet des recherches dont le résultat est le méme que celui d'Erasme. Les deux Scaliger sont bien plus prononcés encore à cet égard que Juste-Lipse. J'entrerai plus tard dans d'autres détails sur l'opinion de ces hommes érudits. Vulcanius, Delrio, Scriverius, Borrichius, tous savans et laborieux interprètes de ce théâtre extrordinaire, n'hésitent pas d'en accorder la plus grande partie au précepteur de Néron. Crinitus, au livre III de sa discussion savante des poètes Latins, nous apprend que quelques critiques ont prétendu que le théâtre de nique n'était d'aucun des deux frères, mais du fils
de l'aîné; il ajoute cependant que ce n'était là qu'une conjecture qui ne portait sur aucun garant, conjecturis tantum nituntur, neque hanc rem ut ego existimo, ullis auctoribus asserunt. Xicon Polétanus nous a laissé aussi ‘une longue dissertátion, dans laquelle il examine et réfite les jugemens des savans sur l'auteur des tragédies htines, sans nous donner de grandes lumières. Baillet ne nous en apprend pas d avantage. Le père Brumoi he craint pas de dire, de son autorité privée, que ce théâtre nest ni du philosophe, ni de Novatus, ni du jeune Knèque , mais d'un anonyme qui aura pris ce nom tréslmeux alors dans la république des lettres. Enfit l'abbé Coupé s'est attaché à prouver que les tragédies. sont de Snèque le philosophe, qui lesa: composées pour l'iné: tuction de son élève; et que s'il ne les a pas publiées,
ni méme avouées, € est parce qu'il avait tout à rédouter dun prince’ farouche , sanguinaire et vindicatif, dont il
XIV DISSERTATION, ne fut pas moins la victime. C'est. principalement. sur la ressemblance et la conformité du style des tragédies, dont il excepte toujours Ocfavie, avec celui des ouvrages du philosophe , que labbé Coupé. fonde son opinion. | ^. | . Je ne partage point son. avis sans restriction, el jen vais expliquer les motifs, Je m'arréte avant tout au vers de l'épigramme de Martial dont j'ai déjà parlé. Elle est peut-être d'une plus grande autorité qu'on ne l'a pensé jusqu à ce jour. Il est .en effet bien étonnant que dans la diseussion on ne tienne presque aucun compte d'un auteur qui vécut sous le règne de Galba, successeur de Néron. Ce dernier mourut l'an 68 de J. C. , et Sénéque l'an 65. Galba mourut l'an 69. Martial était venu à Rome à l'áge.de vingt ans. Il y demeura trente cinq.ans; sous les régnes de Galba ,.d'Othon , de Vitellius, de Vespasien, de Titus, de Domitien , de Nerva et de Trajan. Il a donc dû connaitre la famille de Sénàque; je dirai plus, il l'a connue, puisqu'il park des trois Sénàque et qu’en cela il, est d'accord avec les historiens du temps , avec Tacite. lui-même. n Or , si Sénèque, a eu deux frères ; savoir : Lucius Annæus: Novatus et Mella ou Méla ; père de Lucain: si l'on a confondu Junius Novatus Gallio avee Lucius: si ce dernier, passant dans une autre. famille, sous les noms de Gallio et de Junius, n était véritablement. qu'un seul et méme personnage avec Lucius Annæus Novatus , & enfin Sénéque le philosophe a parlé d'un .de, ses
DISSERTATION. 1 fires, comme d'un homme livré aux mêmes études
que lui, est-il hors de toute probalité que l'auteur des tragédies soit tout autre que Sénèque le philosophe? Est-il impossible :que les deux frères aient composé des tragédies , et.que le style des deux écrivains offre des traits de.lu plus parfaite ressemblance ? Ne peut-il ps étre arrivé. que le philosophe ait été imité par le tragique ? Enfih qu'y a-t-il de si surprenant que deux élèves sortis de la même école , enseignent tous deux k même morale et professent les mêmes principes ? Quant à es. qui concerne le goût, et aux défauts que l'on reproclie’ à Sénèque le philosophe , et à l'auteur des tragédies, n'est-il pas évident que ces défauts sont plutôt les défauts du siècle: que ceux ‘des écrivains qui tppatiennent/à cette époque? Ils étaient libres: de s'en | grantir, me dira-t-on. Je le sais et j'en conviens; mais
quand on veut plaire à ses contemporains, on est souvat obligé de consulter le goût dotninant; et le précæpteur de Néron , et l'auteur des tragédies quel qu il soit, ont été placés ‘dans cette alternative. Cependant, comme ce n'est pas ici le lieu d' exarhiner les qualités du yle, continuons nos rechércties'sarlé véritable auteur des tragédies. Je crois avoir prouvé suffisamment que si le passage de Martial ne suffit ‘pas pour trancher la difficulté, 31 la laisse du moins indécise, et que son autorité n'était pas à dédaigner. | À n'en juger donc que par ce vers de Martial:
» Et docti Senecae ter numeranda domus,
xvI DISSERTATION.
il semble bien formel que trois Sénéque. ont existé Mais sont-ce les trois frères, tous trois fils. de Sénèque le rhéteur? ou le poète a-t-il voulu désigner :Sénèque le rhéteur , Sénéque le philosophe, et Lucain , auteur de Ja Pharsale ? Mais comment expliquera:t-qn er. rumeranda .domus docti Senecae ? Si Von comprend Je docte Sénéque avec les trois autres rejetons de sa race, il n'y a pas de doute qu'il ne s'agisse dés trois..fils du rhétèur, et de lui ; doctus Seneca et domus 1er numeranda, ou si on veut, tres filii numerandi. Si l'on ne donne à Sénèque que deux fils, on n'est plus d'accord avec l'hisfoire..En vain ceux qui soutiénnent'que le. vers de Martial s'applique uniquement à Sénèque le rhéteur, au philosophe et à l'auteur de la Pharsale, citent-ils à r appui de leur opinion. ces deux autres:vers du même poëte : - E '
Duosque Senecas, unicumque Lucanum ‘
- Facunda loquitur corduba. - TE
car ils peuvent s entendre du philosophe , du poète tra: gique et de Lucain;.à moins. qu'on ne veuille supposeg Martia] en contradiction avec lui-même; ,ou dire, comme. plusieurs auteurs le prétendent, que les deux Sénèque dont il est parlé dans ce vers, sont le rhéteur et le philosophe. Admettons la dernière de-ces suppositions ; il en résultera que Martial a parlé dans. ce passage de deux Sénéque et de Lucain; mais il n'en résultera pas quil n'a point parlé dans le vers, cité précédemment
DISSERTATION. xvit de trois Sénèque , fils du docte Sénèque. Qu'y a-t-il donc de: si extraordinaire qu'un poéte qui fait l'éloge de trois ou de’ quatre personnes d'une méme famille dans un endroit de ses ouvrages, ne parle que de deux, ou de trois, dans un autre endroit ?.Je n'aurais pas si long-temps: occupé le lecteur de. cette discussion , si je n'eusse cru qu'elle pouvait jeter quelque jour sur h question de savoir quel est le véritable auteur .des tragédies ; et quand même je conclurais quelles sont de Sénèque le philosophe, ce qui jusqu à présent n'est pas suffisamment prouvé , il aurait toujours fallu examiner toutes les autorités qui semblent ou combattre ou appuyer. cette opinion.
Passons maintenant au témoignage de Quintilien, contemporain de: Martial , puisquil vécut comme lui |
sus le règrie de Domitien, et dans un temps oü.la
Jeunesse romaine faisait ses délices de la lecture de
Sénèque, mort 25 à 36 ans auparavant ; car il m'a paru plus raisonnable de consülter les comtemporains avant de rapporter le sentiment de ceux qui ont interprété leurs écrits. to v
L'auteur des Institutions oratoires au liv. X , chap.r, parle de Sénèque le. philosophe, et dit: qu'il à'y a presque point de genre d'étude que cet écrivain n'ait embrassé. Car nous avons de lui, continue Quintilien, et des oraisons, et des poésies, et des dialogues ; mais dans ce passage, il n'est rien dit des tragédies de Sénèque. Dans le méme chapitre , le savant rhéteur
xviH DISSERTATION.
passe en revue tous les tragiques latins, et n'y fait aucune miention- de Sénéque, quoiqu'il cite ./z Médée d'Ovide (1), et c& n'est pas en effet: le seul ouvrage dans ce genre que l'auteur des Metamorphoses ait cowposé, et dont il ne reste que des fragimens.
. ll. est vrai qu'àu liv. FX des Institutions oratoires, ‘chap: 2 , Quintilien cite un vers tiré de la Mégée de Sénàque (a) , sans désigner quel Sénèque. Quel est donc l'avantage. que. l'on veut tirer des œuvres de Quintilien pour: prouver que Sénèque le philosophe et Sénèque le tragique sont un seul et même personnage? Pour moi je ne trouve point que le témoignage du savant rhéteur suffise pour trancher la difficulté ; mais je cónclus qu'il est vraisemblable qae Sénóque le philosophe est auteur de la plupart des tragédies publiées sous son nom,. mais qu'il n'est pas impossible que plusieurs autres he sorent pas de lui. On va voir que rhon opinion n'est pas denuée de: fondement, -
. Des hommes du plus grand mérite, tels que Francois Pétrerqué , Pierre Orinitus , et Daniel Cajétan , prétendent que les dix tragédies sont de Sénéque le philosophe. Des critiques Aon moins recommandables par leur profonde érudition sont d'un avi tout différent.
" Daniel Heynsius attribue Hercule firiéwv à M. An-
(1) Ne s'agit-il pas plutót, cotme l'ont pensé Gallandius et Delrio, d'un certain Osidéus , Góte de nation ?
(3) Quas peti terras jubes >
DISSERTATION. XIX neus Sénéque, père du philosophie; ce qui ne s'accorde guère avec ce qu'on dit de Sénèque le rhéteur , dont, au contraire , on révoque en doute les talents et les connaissances. Au reste, le sujet de cette pièce avait été pris dans Euripide.
Heynsius regarde également M. Annæus Sénèque tomme auteur de TAyeste. Euripide, Agathon, Nico: maque d'Athènes, Théognis, Cléophon, Carcinus, Diogètie ou Phyliscus, Apollodore de Tharses, et Chérémon parmi les Grecs, ont aussi traité le méme sujet: Ennius, Maternus , L. Varius ou Cassius de Parme ont mis . Thyeste sur la scene. Attius, Æmilius Scaurus ont choisi
Airée et les Pélopides.
Juste-Lipse ; Florens Christianus et Janus Bernattius, préférent la Z'Aébatde ou les Phéniciennes à toutes lés au-
tres tragédies : mais Daniel Heynsius regarde cétte pièce | eomtne l'ouvrage d'un déclamateur ; Joseph Scaliger et | Pierre Scriverius ónt soutenu quelle était indigne de Sénèque le philosophe; tandis que Juste-Lipse la trou- | vait digne du siècle d'Auguste. Il est facile de voir que | de part et d'autre, il y a quelque close d'exagéré dans
lopinión qu'ón a voulu accréditer à l'égard -de la Thébaide. Le catalogue de la bibliothéque Batberine fait mention d'un supplément à cette pièce publié à Rome, in-8°,én 162 5, par Henri Chiffell. Sénèque semble n'avoir eu aucun dessein d'imiter les Phéniciennes d'Euripide. Attius avait aussi composé une Thébaïde. Je ne parle point ici de la Zhébaide d'Antiphanés, d’Antimäque,
xx DISSERTATION.
ni de celle de Ménélas d Ægée, poëmes en vers héroiques grecs, à qui Stace pourrait bien avoir fait plus d'un emprunt.
Heynsius ne trouve point de plus belle tragédie latine que celle d Hippolyte , excepté les Troyennes. Selon lui Sénéque le philosophe est l'auteur d' Hippolyte. Dans Je meilleur manuscrit de Florence, dont s'est servi Gronovius; ce profond interpréte dit que cette tragédie est intitulée Phèdre. J. Henri Boecler a publié à Strasbourg en 165r, in-4*, une comparaison entre l'Zzppolyte de Sénèque et celui d'Euripide..Samuel Petit , lib. I. obs. cap. I, soupçonne .que.'Sénéque le philosophe a composé Médée et Hippolyte pendant son exil ; il se fonde sur un passage du Traité de la Consolation à Helvia , chap. 4, où le philosophe dit qu'il se livrait à des études peu sérieuses, levioribus se oblectasse studüs, pour se délasser dans son. exil. Euripide a servi de modèle à Sénèque pour la dernière des deux pièces qu'on lui attribue ; Lycophron. avait aussi. intitulé une de ses tragédies Hippolyte. Cette pièce est perdue.
. , Heynsius attribue encore au père de Sénèque, M. Annæus , la tragédie. d'OEdipe, .qu'il regarde comme une imitation de l'OEdipe de Sophocle. Eschyle , Euripide . Lycophron, Philoclés, athénien, et un certain Xénoclé: ( qu'AElien dit avoir surpassé l'OEdipe d'Euripide ) , et plusieurs autres tragiques grecs ont travaillé sur k méme sujet. Sénèque, selon Delrio, a imité non-seule-
ment Euripide, mais encore la Jocaste de Silanion.
DISSERTATION: xxt Les Troyennes, Troades, ou selon Farnabe Troudas, la Troade, sont. attribuées par Heynsius à Sénèque le philosophe ;. Juste-Lipse et plusieurs autres l'ont jugée indigne de Sénèque , tandis que Joseph Scaliger la regarde. comme :la meilleure des tragedies latines. Samuel Petit au livre I" de .ses Remärques .critiques, chap. 3, l'a comparée avec les Troyennes et l'Hécube d'Euripide. Il pense que Sénéque le philosophe composa cette trai gédie.à son retour de l'exil.et depuis sa rentrée à la cour. Dan. Heynsius trouvait cette: pièce bien supérienre à celle d' Euripide. . | | uy Les historiens, les orateurs et les poètes grecs (1 ). ont pris pour sujet le siège de Troye , où des épisodes de ce siège si fameux, et les ont mis en scène ; témoin Æschyle dans Hécube, Ilione , Hélénus , Déiphobe , les Anténorides et 4ndromaque. Je pourrais encore citer , Epicharme , Sophocle, Lycophron et Aristophanes. Attius , Pacuvius, Naevius , Livius Andronicus ,
(1) J'ai cru ne pas devoir étendre davantage cette nomendature ; c'est pourquoi j'ai passé sous silence Démétrius Scepsius, Dionysius Milesius, Métophranés, le sophiste Phrygius, Palaéphatus d’Abidène , Ptolémon ; fils d'Evergéte , Timolaüs Larissaeus , Philostrate, Phormus de Syracuse, ' Hestiaca d’Alexandrie , Méthrodoré , Pisander, etc. Enfin Hermogène, Aristonyme , bibliothécaire de Ptolémée, .Diotys de Crète, Darés le Phrygien, Leschés, Tryphiodore; Coluthus, Cointus dé Smyrne , Phémius d'Ithaque , Attrátinus, et Corrinus d'Hion, qui; selon Suidas, vécut du temps du siège de Troye. - |
xu DISSERTATION.
C. Matius, Clodius Sabinus, Lueain, Virgile , rival et imitateur d'Homére, Ovide , etc. chez les Latins, ont formé nussi des épisodes de tout‘ce qu'il y a eu de plus mémorable seus le régne de Priam. .
‘Nous avons vu que Quintilien fait mention de ls Médee de Sénàque et de oelle d Ovide. Presque tous les critiques attribuent cette tragédie à Sénèque le philosophe. Enhulus, Strattis et Cantarus ont fait des çomédies sous ce titre également conservé par Euripide ,ou, comme le prétendent la plupart des commentateurs, Nicophron ou Néophron. On cite encore parmi les tragiques grecs, Hérille, Diogène, Philiscus , Demologus ; et parmi les Latins, Ennius, Attius, Pacuvius, Varon, et. Ovide. Tertullien prétend que la Made d Ovide était un amas confus de centons de Virgile.Un ancien Scoliaste attribue à Lucain la tragédie de Medée ; mais il paraît que cette tragédie n'avait pas été terminée. Peut-étre le surnom d nrmeeus a-til donné lieu à cette conjecture. | Ledovieo Dolce a imité presqu'entiórement la- Médée d'Euripide. -
Heynsius pensait quel Agamemnon appartenäit, ainsi
que la suivante, à Marcus Annaeus Sénéque , surnommé le tragique. len de Chios et JEschyle ont aussi mis. en scène Agamemnon. L'Electre de Sophoele , l'Oreste et les deux Iphigénie d'Euripide, plusieurs tragédies d Attius, son Egis:he et ceux de Livius Andronicus et de Nævius ont pu fournir plus d'une situation à Sénèque.
“Hercule sur le mont Oëta est une imitation des T'ra-
DISSERTATION. XKHI
chsennes de Saphodle. Sénbque est resté bien inférieur àwp modèle. — ^
Tous les hommes éclairés s'accordent pour ne pas attribuer à Sénèque la tragédie intitulée Octevie (1): Joseph Scaliger et Juste - Lipse regardent cette pièce cpnmé indigne de Sénèque ; Vossius lattribue à L ÁAsneus Florun. Delrio et Juptus Ryoquius «d. , Tacit. , XIV, 63, disent. que Sénèque est l'auteur d'Octere , ele dernier prétend quelle a été écrite l'an de Rome 713. Gronevius partage avec les plus savans critiques. l opinion | contraire,
Pour juger si Sénièque le philosophe est seul Taten: des tragédies: püblidés sous un nom qui lui est commun avec plusieurs personnes de sa famille, faudra-t-il s'arter uniquement à l'opinion que les savans ont émise! Non sans doute; car la diversité; l'opposition" méme de lers sentimens serait bien loin de rendre la question plus facile à résoudre. Je pense donc que le parti le plus sûr serait de ne point sortir des. bornes du ‘plus rigoureux scepticisme. Voyons si fa manière ingénieuse avec hquelle l'abbé Coupé a voulu trancher la difficulté nous fera sortir de cette alternative? je rie le crois pis: J'avoue même que la plupart d de ses s argumens m ont paru plus
(1) Foy. Vossius, p. . 164, de Hist. latin; I nstitut. poetic. ÿ. H, p. 76. Just.-Lips. 4nímadvers. In tragoed: quae L. duxgea Senecae trábuuntur ; ét Dan. Heynsii im. £i et M, dangai Senecgc quae egstant $ragoed. animadvers. 9,