SCENE PREMIÈRE
MÉGARE
() sovvzxam maître de l'Olyrbpe , arbitre du monde ! mets enfin un terme à mes pénibles inquiétudes, à mes calamités. Jamais un jour tranquille n'a lui pour mot. Pour moi la fin d'un malheur est le premier degré d'un malheur nouveau. Mon époux à peine vainqueur d'un ennemi, en voit reparaître un autre. Ávant méme d'avoir embrassé sa famille jayeuse, ll reçoit l'ordre de voler à de nouveaux combats. Il n'est plus pour lui de repos ; on ne lui laisse que le temps nécessaire pour lui inyposer de plus rudes fatigues. Depuis sa naissance, l'implacable Juin n’a cessé de le poursuivre. L'a-t-elle épargné méme au berceau ? Il avait vaincu des monstres 'avant qu'il eût pu les eonnaître. Elevant leurs crètes effrayántes , deux serpents marchaierit à lui ; l'énfant se tratne à leur réncontre, et, d'un air calme et assuré, fixantles yeux surleurs yeux étincelants , il supporte avec courage leurs terribles étreintes; puis écrasant dans ses mains délicates leurs tétes gonflées de venin , il prélude à la victoire qu'il doit remporter sur l’hydre de Lerna. Il prend à la course la biche du Ménale , si légère, et si brillante par ses cornes d’or. Il étouffe dans ses bras un lion énorme, terreur dés bois de Némée. Qui n’a pas entendu parler des étables:du cruel tyran de Biston (1) , abandonné à son tour à la fainr sanguinaire: de ses couréiers ? de l'affreux
Gemuit lacertis pressus Herculeis leo.
Quid stabula memorem dira Bistonii gregis, Suisque regem pabulum armentis datum?
Solitumque densis hispidum Erymanthi jugis Arcadia quatere nemora Maenalium suem ?
Taurumque centum non levem populis metum ?
Inter remotos gentis Hesperiae greges
Pastor triformis litoris Tartessii Peremtus , acta est praeda ab oecasu ultimo.
Notum Cithaeron pavit Oceano pecus.
Penetrare jussus selis aestivi plagas,
Et adusta medius regna quae torret dies.
Utrinque montes solvit abrupto objice,
Et jam ruenti fecit Oceano viam.
Post haec, adortus nemoris opulenti domos, Aurifera vigilis spolia serpentis tulit, | Quid? :saeva Lernae monstra, numerosum malum , Non igne demum vicit, et docuit mori?
Solitasque pennis condere obductis diem Petiit ab ipsis nubibus. Stymphalidas ?
Non vicit illum caelibis semper tori
Regina gentis vidua Thermodontiae :
Nec ad omne clarum facinus audaces manus Stabuli fugavit turpis Augiae labor.
Quid ista prosunt? orbe defenso caret Sensere terrae pacis auctorem suae
Abesse terris : prosperum ac felix scelus , Virtus vocatur : sontibus parent boni.
HERCULE FUR. ACT. Il. SCEN. I. 37
sanglier descendu du sommet ténébreux d'Erymanthe , qui faisait trembler et qui ravageait l'Arcadie ? Parlerai-je du taureau si fatal aux cent villes de la Crète ? de ce Géryon aux trois corps, immolé en Hespérie, et de ses troupeaux ame-
nés au Cythéron de l'extrémité du monde et des limites de . l'Océan ?.... Alcide reçoit l'ordre de pénétrer jusque sur ces
plages, et dans ces climats que semble consumer le soleil de l'été au milieu de sa carrière ; il y vole; il sépare Calpé et Abyda, il ouvre au milieu de ces deux montagnes un passage à l'Océan qui s'y précipite. Plug tard, il entre dans une opulente forét, et, malgré la vigilance du formidable dragon, il enlève la toison précieuse. Eh quoi! N'a-t-il pas fait périr au milieu des flammes ce monstre de Lerna, fléau de la contrée, qui se renouvelait sans cesse? N'a-t-il pas fait aeacendre des nues les oiseaux du Stymphale, qui de leurs ailes dérobaient au monde la clarté du jour (2) ? La reine des guerrières du Thermodon , toujours veuve, n'a pu vaincre Alcide. Après tant d'exploits ses mains courageuses n'ont pas dédaigné de purifier les écuries d'Augias.
Mais à quoi lui servent tant de travaux ? Il est privé luiméme du monde qu'il a défendu. La terre s'apercoit de l'ab- . sence de celui qui avait assuré sa tranquillité. Aujourd'hui le: . crime heureux et puissant est appelé vertu. Les bons obéissent aux méchants. Le droit est dans la force des armes; la crainte réduit les lois au silence. J'ai vu sous mes yeux égorger sans pitié les fils des rois, les vengeurs du tróne paternel; j'ai vu périr lé dernier rejeton de la noble race de Cadmus. Jai vu tomber la tête de mon père, et le bandeau royal dont elle était ornée (3). Qui pourrait assez déplorer les malheurs de Thèbes ? Terre si féconde en dieux, devant quel maître trembles-tu maintenant ? Toi dont les champs et le
Jus est in armis, opprimit leges timor.
Ante ora vidi nostra, truculenta manu
Natos paterni cadere regni vindices :
Ipsamque Cadmi nobilis stirpem ultimam Occidere : vidi regium capitis decus | Cum capite raptum : quis satis Thebas fleat ? Ferax deorum terra quem dominum remis ?
E cujus arvis, eque foecundo sinu
' Stricto juventus orta cum ferro stetit ; Cujusque muros natus Amphion Jove Struxit, canoro saxa modulata trahens;
In cujus urbem non semel Divum parens Coelo relicto venit; haec quae coelites Recepit, et quae fecit, et ( fas sit loqui) | Fortasse faciet,.sordido premitur jugo.
Cadmea proles, civitasque Amphionis,
Quo decidistis? tremitis ignavum exsulem, Suis; carentem : finibus , nostris gravem?
Qui scelera terra, quique persequitur mari, Ac 5aeva justa sceptra confringit manu, Nunc servit absens , fertque quae. ferri vetat : Tenetque Thebas exsul Herculeas Lycus.
Sed non tenebit : aderit, et poenas petet, Subitusque ad astra emerget : inveniet viam, Aut faciet : adsis sospes et remees, precor:
Tandemque venias victor ad victam domum.
Emerge, conjux, atque dispulsas manu Abrumipe tenebras: nulla si retro via, ^ *
sein fertile produisirent tout-à-coup une jeunesse valeureuse armée du fer étincelant; toi dont Amphion, fils de Jupiter, a élevé les murs, en attirant les pierres aux accents de sa lyre; toi que le maitre des dieux, aprés avoir quitté l'Olympe , visita plus d'une fois; toi qui as reçu et qui as fait des dicux; toi (qu'il me soit permis de le dire) , toi qui en feras encore, tu gémis sous un joug avilissant ! Race de Cadmus, cité d'Amphion, dans quel état d'opprobre êtes vous tombées! Vous tremblez devant un lâche exilé, chassé de sa patrie, oppresseur de la nôtre. Celui qui poursuivit sans relâche le crime, et sur terre et sur mer, celui dont l'équitable main brisa les sceptres des tyrans , Hercule est peut-étre esclave, et souffre des maux que son bras savait vous épargner. L'exilé Lycus règne sur Thèbes, patrie d'Hercule.... Mais il n'y dominera pas long-temps. Hercule reviendra tout-à-coup ; il nous vengera; et, pour reparaître sur la terre, il en trouvera la routé, ou il saura $'en frayer une. |
Ah! reviéns, je t'en conjure , cher époux! reviens vainqueur dans ta maison vaincue; reparais à nos yeux; que ta main écarte et dissipe les ténébres : si le chemin qui te conduisit dans leur empire est fermé; si l'on s'oppose à ton retour, sépare le monde en deux, et raméne avec toi tout ce que cachent les ombres de la nüit éternelle. Comme jadis, pour ouvrir un chemin au Pénée rapide , aprés étre resté un moment debout , tu séparas l'Ossa de l'Olympe d'un seul ef fort de ta poitrine; et soudain, lorsque tu eus fait écrouler ces énormes montagnes, le Tempé,.en s'aggandiesant., offaij à son fleuve un lit plus spacieux : ainsi, pour revoir’tes parents, tes enfants, ta patrie, surmonte tous les obstacles , ramène avec toi les dernières bornes des choses ; rends-nous tout ce que le temps avide recèle depuis tant de siècles; con-
Iterque clausum est, orbe diducto redi;
Et quidquid atra nocte possessum latet, Emitte tecum : dirutis qualis jugis
Praeceps citato flumini quaerens iter, Quondam stetisti, scissa cum vasto impetu Patuere Tempe: pectôre impulsus tuo
Huc mons et illuc cecidit, et rupto aggere ‘Nova cucurrit Thessalus torrens via.
Talis parentes, liberos, patriam petens, Erumpe, rerum terminos tecum efferens, Et quidquid avida tot per annorum gratus Abscondit aetas, redde; et oblitos sui, Lucisque pavidos ante te populos age.
Indigna te. sunt spolia, si tantum refers, Quantum imperatum est. Magna sed nimium loquor, Ignara nostrae sortis: unde illum mihi, Quo te tuamque dexteram amplectar, diem, Reditusque lentos nec mei memores querar?
Tibi: o Deorum ductor, indomiti ferent Centena tauri colla : tibi, frugum potens, Secreta reddam sacra: tibi muta fide.
Longas, Eleusi, tacita jactabo faces.
Tum restitutas fratribus rebor meis
Animas, et ipsum regna. moderantem sua Florere patrem : si qua te major tenet Clausum potestas; sequimur : aut omnes tuos Defende reditu sospes; aut omnes trahe.
Trahes, nec ullus eriget fractos Deus.
duis devant toi ces innombrables morts tremblans à l'aspect de la lumière, et qui ne se souviennent plus qu'ils ont existé. Il serait indigne de toi de revenir des enfers avec les seules
. dépouilles que Junon te demande.
Mais, hélas ! je parle trop de ta gloire, et j'ignore quel
| sera notre sort. Quand luira-t-il pour moi le jour où je t'em- — brasserai ; OÙ je baiserai ta main, où je n'aurai plus à me
plaindre de tes délais et de ton oubli? Alors, Ó souverain des dieux! je t'offrirai une hécatombe de taureaux indomptés. Déesse des fruits, je célébrerai tes mystéres, et, constamment fidele au secret promis (4) , je jetterai, sans proférer une parole, de longs flambeaux sur l'autel d'Eleusis. O Alcide , si je te revois, je croirai que mes fréres me sont rendus, et que mon pére régne encore avec éclat dans son empire. Mais si une puissance supérieure à toi te retient, nous irons te rejoindre. Viens donc nous délivrer par ton heureux retour, ou entraine- nous tous avec tol. Mais, je le vois, il faudra "aller trouver. Nul dieu ne viendra nous secourir dans nos malheurs. |
SCENA II
AMPHITRYON, MEGAR A.
| AMPHITRYON
O socra nostri sanguinis, casta fide Servans torum natosque magnanimi Herculis, Meliora mente concipe, atque animum excita.
Aderit profecto, qualis ex omni solet
Labore, major.
MEGARA
Quod nimis miseri volunt, Hoc facile credunt.
AMPHITRYON. | Immo quod metuunt nimis, Numquam amoveri posse , nec tolli putant.
Prona est tjmori semper in pejus fides.
MEGARA
Demersus, ac defossus, et toto insuper Oppressus orbe, quam viam ad superos habet?
AMPHITRYON
Quam tunc habebat, cum per arentem plagam ; Et fluctuantes more turbati maris Abiit arenas; bisque discedens fretum, Et bis recurrens : cumque deserta rate
HERCULE FUR. ACT. Il, SCEN, II. 65