CHŒUR DE THÉBAINS
Qv£ le ciel, quele dieu puissant qui le régit, que la terre fertile, que l'onde inconstante du mobile Océan prennent un deuil universel; toi surtout, qui répands tes rayons gur l'univers et sur l'immensité des mers, Soleil brülarit, dont la splendeur dissipe les ténèbres de la nuit; toi dont Hercule a visité les demeures, celle oü tu te léves et celle oà tu dis-
parais.
Divinités suprémes, arrachez de son áme les illusions monstrueuses qui le tourmentent, et rendez à la raison ses esprits égarés. Et toi qui surmontes tous nos maux, doux calme de nos âmes et la meilleure partie de la vie humaine, Sommeil, fils léger d'Astsde , frère languissant de la cruelle mort;
Volucer, matris genus Astraeae, Frater durae languide Mortis, Veris miscens falsa, futuri Certus *, et idem pessimus auctor :
.Pater o rerum, portus vitae, Lucis requies, noctisque comes, - . Qui par regi famuloque venis, Placidus fessum lenisque fovens :
Pavidum leti genus humanum Cogis longam discere mortem :
Preme devictum torpore gravi.
Sopor indomitos alliget artus; Nec torva prius pectora linquat, Quam mens repetat pristina cursum.
En, fusus humi saeva feroci . Corde volutat somnia : nondum est Tanti pestis superata mali :
Clavaeque gravi lassum solitus . Mandare caput, quaerit vacua Pondera dextra, motu jactans Brachia vano : nec adhuc omnes Expulit aestus: sed, ut ingenti . Vexata Noto servat longos Unda tumultus, et jam vento Cessante * tumet. Pelle insanos Fluctus animi : redeat pietas ,.
Virtusque viro... vel sit potius Mens vesano concita motu; Error caecus, qua coepit, eat.
Solus te jam praestare potest Furor insontem : proxima puris
tol qui nous berces de songes mélés d'erreurs et de vérités; toi qui nous éclaires et nous abuses tour à tour sur l'avenir ; pére de la nature, port de la vie, repos de la lumiére, compagnon de la nuit, qui répands également tes faveurs sur le monarque et sur les sujets, et nous délasses si doucement de nos fatigues; qui enseignes au genre humain tremblant l'apprentissage de la mort. si effrayante par sa durée; accable Hercule vaincu par uu profond .assoupissement, engourdis ses membres indomptables , et ne permets à sa poitine menaçante de respirer, que lorsque sa raison aura
repris son ancien cours.
Le voilà étendu sur la terre; il roule dans son cœur farouche quelques songes cruels. La rage qui l'a saisi n'est point encore apaisée. Il cherche de sa main désarmée oette terrible massue sur laquelle il a coutume d'appuyersa téte appesantie : il agite vainement ses bras : il écume encore , sem- , blable à la mer, qui, tourmentée long-temps par les aquilons, conserve sa furie lors-méme que lé vent n'existe plus. O sommeil, chasse tous ces flots insensés de son âme! que ce héros retrouve sa piété et sa vertu.... Mais , non.... que son esprit continue d'étre agité par le délire, que son aveugle erreur ait son cours. Alcide, ta fureur seule peut désormais te rendre innocent. Le plus bel état, après le bonheur d’avoir conservé ses mains pures, est d'ignorer le mal qu'on a fait. Que maintenant Hercule fasse résonner sa poitrine sous ses coups redoublés ; que sa main victorieuse frappe ces épaules accou-
tumées à soutenir le monde; que ses vastes gémissements
Sors est manibus, nescire nefas.
Nunc Herculeis percussa sonent Pectora palmis : mundum solitos Ferre lacertos verbera pulsent Victrice manu: gemitus vastos Audiat aether, audiat atri Regina poli, vastisque ferox Qui colla gerit vincta catenis, Imo latitans Cerberus antro.
Resonet moesto clamore chaos, Lateque patens unda profundi, Et, qui melius tua tela tamen Senserat, aer. J Pectora tantis obsessa malis Non sunt ictu ferienda levi :
Uno planctu tria regna sonent.
Et tu collo decus ac telum Suspensa diu fortis arundo, Pharetraeque graves, date saeva fero Verbera tergo : caedant humeros Robora fortes, stipesque potens Duris oneret pectora nodis:
Plangant tantos arma dolores.
Non vos patriae laudis comites, Ulti saevo vulnere reges; Non Argiva membra palaestra Flectere docti, fortes caestu, Fortesque manu; jam tamen ausi Telum Seythici leve coryti Missum certa librare manu, Tutosque fuga figere cervos ,
montent jusqu'au ciel, que la reine du sombre empire les entende ; qu'ils frappent l'oreille de Cerbére aboyant au fond de son antre sous les énormes chaînes dont il est chargé. Que ses tristes clameurs soient répétées par le chaos, par les abimes des mers profondes, par l'immensité des airs, qu'il fit retentir jadis plus glorieusement du bruit de ses traits. Ce n'est point d'une main légére qu'il doit frapper son sein déchiré par tant de remords; que les coups qu'il va se donner soient entendus dans les trois empires des dieux. O vous, glorieux carquois que porta ce héros; Ô vous, inévitables
traits si souvent suspendus eur ees épaules, frappez à votre
tour cet homme cruel ; et vous , puissante massue qu'il illus-
tra, frappez aussi sa poitrine de vos noeuds endureis ; que
tout son corps gémisse sous l'atteinte des douleurs.
Étres intéressans, ce n'est point en partageant la gloire d’Alcide, ce n'est point en donnant la mort aux tyrans; cen'est point non plus en exerçant courageusement dans les gymnases dela Grèce vos membres à la lutte, aux combats
du ceste et au pugilät, que vous avez trouvé le trépas. À peine aviez-vous encore osé manier les traits légers des enfants de la Scythie, et appris à les diriger d'une main sûre, non contre les lions aux criniéres flottantes, mais contre les cerfs qui , par leur vitesse, se dérobaient à vos regards. Ombres innocentes , allez aux rives du Styx, allez rejoindre ceux que le crime et la fureur d'un pére sacrifia comme vous
aux portes de la vie: allez, enfans malheureux, sur cette
Nondumque ferae terga jubatae; 1te ad Stygios umbrae portus, Ite innocuae, quas in primo Limine vitae scelus oppressit Patriusque furor: ite infaustum Genus, o pueri, noti per iter Triste laboris : ite, iratos
Visite reges.
triste route que le courage d'Hercule a fait connaître aux
humains : allez paraître devant les implac:bles divinités des
enfers.
1/3/ 1A/StA/USA * VOSAAAAMVSS VAAAA VER
ACTUS V
SCENA PRIM A
HERCULES, AMPHITRYON, THESEUS.
HERCULES. | Quis hic locüs? quae regio? quae mundi plaga? Ubi sum? sub ortu solis, an sub cardine . Glacialis Ursae? numquid Hesperii maris Extrema tellus hunc dat Oceano modum? Quas trahimus auras? quod solum fesso subest? Certe redimus : unde prostrata domo Video cruenta corpora? an nondum exuit Simulacra mens inferna? post reditus quoque Oberrat oculos turba feralis ' meos.
Pudet fateri : paveo : nescio quod mihi, Nescio quod animus grande praesagit malum.
Ubi est parens? ubi illa natorum grege Animosa conjux? cur latus laevum vacat Spolio leonis? quonam abiit tegimen meum, Idemque somno mollis Herculeo torus?
Ubi tela? ubi arcus? arma quis vivo mihi | Detrahere potuit? spolia quis tanta abstulit?
Ipsumque quis non Herculis somnum horruit!