‹ Théâtre complet des Latins (volume 2)Chapitre 40 sur 128 · SCENE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIÈRE

HERGULE, AMPHITRYON, THÉSÉE.

HERCULE. ( J6 s'éveille ct n’aperçoit d'abord ni Aenpfitryon ni Thésée ).

Où suis-je ? quelle cst cette région ? quel est ce climat ? Suisje transporté vers le point où le soleil se lève, ou vers la : contrée glaciale de l'Ourse ? Sujs-je à l'extrémité de l'Hespérie, qui semble imposer des bornes à l'Océan ? Quel est donc l'air que je respire ? quel est le lieu où je repose &...del suis bien à Thébes.... Mais quels sont ces corps sanglans étendus sur la terre? Les simulacres des enfers troublent-ils encore mon imagination ? Oui, méme aprés mon retour, de funèbres fantômes frappent ma vue égarée. J'ai honte de l'avouer.... Je suis saisi de frayeur.... Je ne sais quel nouveau malheur me présage mon âme. Où est donc mon père ? oh est ma femme, si fière de ses nombreux enfants ? Pourquoi ne vois- je plus à mon bras gauche la dépouille du. lion de Némée ? Qu'est devenue cette dépouille qui servait à la fois de défense et de lit à Hercule, et sur laquelle il se reposait avec volupté ? Oü sont mes fléches, mon arc? Moi vivant , qui donc a pu me dérober mes armes? Quel mortel à osé m'enlver de si glorieuses dépouilles ? Quoi, le sommeil méme d'Alcide n'a pas frappé d'épouvanté le ravisseur téméraire ! le veux connaître mon vainqueur, je le veux.

no HERCULES FUR. ACT. V. SCEN. L

Libet meum videre victorem, libet.

Exsurge, victor, quem novum coelo pater Genuit relicto: cujus in foetu stetit Nox longior, quam nostra. Quod cerno nefas!

Nati cruenta caede confecti jacent :

Peremta conjux: quis Lycus regnum obtinet?

Quis tanta Thebis scelera moliri ausus est, Hercule reverso? quisquis Ismeni loca, Actaea quisquis arva, qui gemino mari Pulsata Pelopis regna Dardanii colis, Sucurre , saevae cladis auctorem indica.

Ruat ira in omnes : hostis est, quisquis mihi Non monstrat hostem... victor Alcidae lates!

Procede : seu tu vindicas currus truces Thracis cruenti, sive Geryonae pecus, Libyaeve dominos : nulla pugnandi mora est.

En nudus adsto, vel meis armis licet Petas inermem : cur meos Theseus fugit |.

Paterque vultus? ora cur condunt sua?

. Differte fletus : quis meos dederit neci Omnes simul, profare: quid, genitor, siles?

At tu ede, Theseu; sed tua, Theseu, fide.

Uterque tacitus ora pudibunda obtegit ; Furtimque lacrimas fundit : in tantis malis Quid est pudendum? numquid Argivae impotens Dominator urbis? numquid infestum Lyci Pereuntis agmen clade nos tanta obruit?

Per, te meorum facinorum laudem precor,

HERCULE FUR. ACT. V. SCEN. I. i11 Parais, Ô toi pour qui Jupiter est aussi descendu des cieux,

rival superbe, concu sans doute dans une nuit plus longue que celle qui me vit naitre. Quelle horreur se présente à ma vue! Les corps de mes fils baignés dans leur sang, et ma femme égorgée à leurs cótés.... Quel nouveau Lycus est assis sur le trône ? Hercule est de retour ; qui peut donc avoir souillé Thèbes de tant de crimes ? Habitants des bords de l'Isméne, de l'Attique , ou de l'empire du Phrygien Pélops, qui confine aux deux mers, venez, volez à mon secours. Montrez-moi l'auteur de ce cruel assassinat. Il faut que ma colére éclate sur tout ce qu'elle va rencontrer. Quiconque refusera de me nommer mon ennemi doit étre immolé.... Vainqueur d'Alcide, tu te caches ! Approche : soit que tu veuilles venger la mort du tyran sanguinaire dela Thrace, ou l'enlèvement de Géryon, ou les dominateurs de la Lybie; je ne différerai pas le combat. Je me présente nu; dusses-tu m'attaquer avec mes propres armes. Pourquoi Thésée et mon père évitent-t-ils mes regards ? Pourquoi se cachent - t- ils le

visage ? (Haut à Thésée et à Amphitryon. ) Tarissez vos | pleurs.. . nommez-moi l'assassin de ma famille. Quoi ? mon père, vous ne répondez pas? O Thésée ! réponds-moi; je l'exige de ta fidèle amitié... Ils se taisent , ils se couvrent les yeux en rougissant.... Ils s'efforcent de me dérober les larmes qu'ils répandent. Quel nouvel opprobre nous accable ? Seraitil l'ouvrage de l'impuissant maitre d’Argos ? où les implacables satellites de Lycus ont-ils vengé sa mort ? Je vous en conjure , ó mon père, au nom de mes exploits , et par l'in-

violable respect avec lequel je vous ai toujours regardé comme |.

rr9 HERCULES FUR. ACT. V. SGEN. I.

Genitor, tuique nominis semper mihi .

Numen secundum; fare, quis fudit domum ?

Cui praeda jacui ? | AMPHITRYON.

Tacita sic abeant mala.

HERCULES

Ut inultus ego sim ?

AMPHITRYON

Saepe vindicta obfuit.. | HERCULES.

Quisquamne segnis tanta toleravit mala? .- | AMPHITRYUN.

Majora quisquis timuit.

| HERCULES

His etiam, pater, Quidquam timeri majus aut gravius potest ?

EMEN AMPHITRYON

Cladis tuae pars ista, quam nosti, quota est! | HERCULES.

Miserere, genitor: supplices tendo manus.

Quid hoc? manus refugit. Hic errat scelus.

Unde hic cruor? quid illa puerili madens Arundo leto, tincta Lernaea nece?

Jam telà video nostra, non quaero manum.

' Quis potuit arcum flecterc? aut quae dextera Sinuare nervum vix recedentem mihi?

Àd vos revertor : genitor, hoc nostr : est scelus?

Tacuete ; nostrum est.

une seconde divinité, parles. Quel est le destructeur de ma famille ? quel est celui qüi m'a ravi mes armes ?

AMPHITATON, Ne parlons plus de nos malheurs.

| CERCULER.

Je ne serais pas vengé !

AMPHITRYON

Fort souvent la vengeance retombe sur son auteur.

HERCULES. | 4 Quel homme assez lâche pourrait supporter un tel désastre ? AMPHITBYON.

Celui qui en aurait encore un plus horrible à craindre. ‘HSRCULE. | Que peut-on craindre après un si grand malheur?

AMPHITAYON.

Ah! vous n'en connaissez qu'une faible partie.

HERCULE. | O mon père, prenez pitié de moi; je vous tends des mains suppliantes. Eh quoi ?... votre main fuit les miennes. Le crime semble errer autout de mioi:.. Mais d’où vient ce sang ? Quelle est cette flèche teinte jadis du venin de l'hydre de Lerna, et fumante aujourd'hui: du sang. d'un enfant? Je reconnais mes flèches ,.je pe, demande plus qui'les a , lancées. Quel autre aurait pu tendre xaon .arc? Quel autre bras aurait courbé cette corde nerveuse qui me résiste à moi-même? O mes amis! c'est à vous que je m'adresse: Ô mon père, serais-je l’auteur d’un tel crime! Ils se taisent... Oui, c'est mon crime. | n 22. | 8

AMPHITRYON

" Luctus est istic tuus; Crimen novercae : casus hic culpa caret.

| HERCULES

Nunc parte ab omni, genitor, iratus tona, Oblite nostri: vindica sera manu .

Saltem nepotes : stelliger mundus sonet, Flammas et hic et ille jaculetur polus: — . . Rypes ligatum Caspiae corpus trahant , Atque ales avida. Cur Promethei vacant Scopuli? paretur vertice immenso feras Volucresque. pascens:Gaucasi abruprum latus, Nudumque silvis : illa, quae pontum Scythen Symplegas arctat, hinc et hinc vinctas manus Distendat alto : cumque revocafa vice In se coibunt saxa, quae in coelum exprimunt Actis utrinque rupibus medium mare, Ego inquieta montium jaceam mora. | Quin structum acervans nemore congesto aggerem, Cruore corpus impio sparsum, eremo ?. " Sic, Sic agendum est: infexis redsinm Herculein. tb ti vo AMIPHITREYON o0 nn.

Nóndüni tumultu péEtus áttónito caret. ^ ' " Mutavit iras : quodque libet proptiumi furor; :

In se e ipse saevit.

PE Li : d f EE î T. : ii | HERÇULES..

J . *a ‘4 st m

Dira Furiarum loca

Et inferorum carcer, et sonti plaga

AMPHITRYON

Le deuil est à vous, et le crime à votre marátre ; la faute

en est au destin, vous n'étes point coupable. BEBCULE.

Tonnez maintenant de toutes les parties du ciel, 6 souverain des dieux justement irrité; oubliez que vous étes mon père , et quoique trop tard , que votre main venge vos petítsfls; que vos coups retentissent dans les voûtes étoilées

. du firmament ; lancez de l'un à lautre pôle vos traitsembrasés; que mon corps enchainé sur les rochers de la mer Caspienne, serve de páture au vautour avide. Pourquoi la place de Prométhée est-elle vacante? Qu'on m'attache sur l'immense sommet du Caucase dépouillé de ses forêts, et dans les flancs duquel les oiseaux carnassiers trouvent leur nourriture ; que mes deux bras soient attachés à l'uné et à l'autre Symplégades qui font bouillonner l'Euxin de Scythie, en le tenant étroitement resserré; et lorsqu'aprés s'étre divisées , elles lanceront jusqu'au ciel, en se rapprochant, les pierres et la mer captives, qu'elles déchirent mes membres; que mon corps suspendu sur cet ablme profond oppose sans reláche à la réunion de ces montagnes un obstacle invin-

|, cible... Mais plutôt qui m'empéche de préparer de mes mains un vaste bücher, de l'embraser, de faire jaillir mon sang impie au milieu des flammes? Oui, oui, je vais exécuter ce projet; il faut que je rende Hercule aux enfers AMPHITRYON (à port).

Le trouble règne encore dans son âme étonnée , sa colère a seulement changé d’objet, et par un effet naturel de la fureur, il s'emporte contre lui-même.

HERCULE

Sombre repàire des furies, prison des enfers, lieux d'exil,

| où sont entassés les grands coupables, cachots plus enfoncés | 8.

Decreta turbae, et si quod exsilium latet - Ulterius Erebo, Cerbero ignotum et mihi, Huc me abde tellus : Tartari ad finem ultimum Mansurus ibo... Pectus o nimium ferum!

Quis vos per omnem, liberi, sparsos domum Deflere digne poterit ? hic durus malis Lacrimare vultus nescit. Huc ensem date; Date huc. sagittas ; stipitein huc vastum date. Tibi tela frangam nostra; tibi nostros, puer, Rumpemus arcus, ac tuis stipes gravis Ardebit umbris: ipsa Lernaeis frequens Pharetra telis in tuos ibit rogos.

Dent arma poenas : vos quoque infaustas meis Cremabo telis, o novercales manus.

| THESEU S.

Quis nomen unquam sceleris errori addidit?

| HERCULES

Saepe error ingens sceleris obtinuit locum.

THESEUS. | Nunc Hercule opus est. Perfer hanc molem mali. HERCULES.

Non sic furore cessit exstinctus pudor, Populos ut omnes impio aspectu fugem.

Arma, arma, Theseu, flagito propere mihi Subtracta reddi. Sana si mens est mihi Referte manibus tela : si remanet furor,

Pater, recede. Mortis inveniam viam.

encore que l'Érébe, s'il en existe. qui soient inconnus à Cerbére et à moi, c'est dans votre profonde obscurité que je dois être plongé: Ô terre, engloutis-moi, j'irai fixer ma demeure au-delà du Tartare... O cœur trop féroce! O mes enfants, dont j'ai dispersé les membres dans toute l'étendue, de ce palais, qui pourra dignement vous pleurer? Mes yeux endurcis par les malheurs ne savent plus verser de larmes. Qu'on me donne mon épée, mes flèches, ma formidable massue... (1€ regarde les corps de ses enfants.) O mes fils! pour l'un de vous, je briserai mes traits, pour l'autre, je romprai mon arc, pour apaiser le troisième , je brülerai cette massue homicide, ce carquois rempli de flèches trempées dans le sang du monstre de Lerna. Il faut punir mes armes : et vous, funestes mains qui servites si bien la haine d'une marátre, vous serez consumées avec elles. Qui donna jamais à l'erreur le nom de crime?

HERCULE

Quand elle produit tant de forfaits , tant d'atrocités, peut-

elle n'étre pas un crime!

T HÉSÉE.

Hercule, vous devenez maintenant nécessaire à vous-méme pour supporter avec courage un si grand malheur.

HERCULES

Si ma fureur a cessé, la honte ne m'a pas encore abandonné au point de vouloir mettre les peuples en fuite à mon coupable aspect. Mes armes, mes armes, Ó Thésée ; on me les a prises, qu'elles me soient rendues, je vous en conjure. Si j'ai recouvré ma raison, rendez-les moi à l'instant : si ma fureur n'est pas encore apaisée, retirez-vous, Ô mon père . je sauräi bien trouver le chemin de la mort.

AMPHITRYON

Per sancta generis sacra, per jus nominis Utrumque nostri, sive me altorem vocas, Seu tu parentem ; perque venerandos piis Canos, senectae parce desertae, precor, Annisque fessis: unicum lapsae domus Firmamen , unum lumen afflicto malis - Temet reserva. Nullus ex te contigit ' Fructus laborum ; semper aut dubium mare Aut monstra timui. Quisquis m toto furit Rex saevus orbe, manibus, aut aris nocens, À me timetur. Semper absentis pater Fructum tui, tactumque et aspectum peto.

HERCULES

Cur animam in ista luce detineam amplius, Morerque, nihil est: cuncta jam amisi bona :

Mentem, arma , famam, conjugem, natos, manus; Etiam furorem. Nemo polluto queat Animo mederi : morte sanandum est scelus.

Perimes parentem?

HERCULES

Facere ne possim, occidam.

THESEUS.

Genitore coram?

HERCULES

Cernere hunc docui nefas.

AMPHITRYON

Par les droits sacrés de la nature, par les noms révérés qui nous unissent, soit que tu m'appelles ton père, ou seulement ton nourricier ; par ces cheveux blancs si vénérables pour les cœurs vertueux, épargne, je t'en prie, ma vieillesse délaisse, et mon corps affaissé sous le poids des années: unique appui de ma malheureuse famille, conserve-toi pour me servir de guide, et m'éclairer dans mes afllictions. Je n'ai encore recueilli aucun fruit de tes travaux. J'ai toujours eu à redouter pour toi les flots inconstants , les monstres, et tous ces tyrans du monde , ennemis des mánes ou des autels qu'ils ont leints du sang innocent. Que ton père toujoürs privé de ta présence , jouisse enfin du bonheur de te voir, de t'embrasser.

HERCULES

Pourquoi supporterais-je plus long-temps la lumière du jour ? Je n'ai plus rien qui m'attache à la vie; j'ai tout perdu; raison , armes, gloire, femme, enfants, ma fureur elleméme. Rien ne peut guérir la plaie de mon cœur impie et.

criminel. Aprés un tel forfait, je ne connais plus de remède -

que la mort.

AMPHITRYON

Tu veux donc aussi la donner à ton père ?

HERCULE

Pour m'épargner ce nouveau crime, je veux mourir. THÉSÉE.

Tu oserais te frapper sous les yeux paternels ! HERCULE.

Je les ai accoutumés à voir couler. un sang pJus pur que le mien.

LA

| AMPHITRYON

Memoranda potius omnibus facta intuens, Unius à te criminis veniam pete.

HERCULES

Veniam dabit sibi ipse, qui nulli dedit?

Laudanda feci jussus; hoc unum meum.est.

Succurre, genitor, sive te pietas movet, Seu triste fatum, sive violatae decus Virtutis : effer arina; vincatur mea Fortuna dextra.

| THESEUS.

Sunt quidem patriae preces Satis efficaces. Sed tamen nostro quoque Movere fletu. Surge, et adversa impetu Perfringe solito : nunc tuum nulli imparem Animum malo resume : nunc magna tibi Virtute agendum est : Herculem irasci veta.

HERCULES

Si vivo, feci scelera : si morior, tuli. Purgare terras propero : jamdudum mihi Monstrum impium, saevumque et immite, ac ferum Oberrat : agedum , dextra, conare aggredi . Ingens opus, labore bisseno amplius.

Ignave, cessas! fortis in pueros modo, Pavidasque matres? arma nisi dantur mihi, Aut omne Pindi Thracis exscindam nemus, Bacchique lucos , et Cithaeronis juga

Mecum cremabo : tota cum domibus suis,

HERGCULE FUR. ACT, V. SCEÉN. I. i21 - AMPHITARYO RN.

Songe plutôt à tant de mémorables exploits; et pardonne-

toi une faute unique.

HERQULE.

Celui-là peut-il se pardonner à lui-même, qui ne pardonna jamais à personne ? Ce que j'ai fait de mémorable m'a été commandé ; l'atrocité que je viens de commettre est la seule action qui m'appartienne. O mon pére, secourezmoi, soit que vous soyez touché par la piété, ou par ma triste destinée , ou par l'amour de la vertu que j'ai violée; rendez-moi mes armes, afin que mon bras dompte ma fortune ennemie.

THÉSÉE

Les prières d'un père doivent sans doute suffire pour t'émouvoir; mais cependant sois aussi touché de mes pleurs. Relève-toi, Hercule ; oppose au malheur ton intrépidité accoutumée ; reprens ce courage qui ne plia jamais devant aucun obstacle; déploie toutes'les vertus de l'héroisme, et défends à Hercule d'écouter sa colère.

HERCULE

Vivre, c’est approuver mes crimes; mourir, c’est les réparer. Il faut que je purge la terre : je vois en moi, depuis long-temps , un monstre impie, cruel, implacable et sanguinaire , attaché à ma poursuite : ó mon bras ; il faut te préparer au plus grand des exploits ; qu'il l'emporte à lui seul sur tes douze travaux. O lâche , tu balances ! tu n'as donc eu de force que contre des enfants et des méres tremblantes ! Si l'on me refuse mes armes, j'irai déraciner la forét du Pinde ; je brülerai avec moi les bois consacrés à Bacchus et ceux du Cithéron : je renverserai les maisons sur leurs mai-

. Dominisque tecta, cum Deis templa omnibus Thebana supra corpus excipiam meum, Atque urbe versa condar : et, si fortibus Leve pondus humeris moenia immissa incident, Septemque opertus non satis portis premar, Onus omne, media parte quod mundi sedet, Dirimitque superos, in meum vertam caput.

AMPHITRYON

Reddo arma.

HERCULES

Vox est digna genitore Herculis.

Hoc en peremtus spiculo cecidit puer.

AMPHITRYON

Hoc , Juno, telum manibus emisit. tuis.

HERCULES

Hoc nunc ego utar.

| AMPHITRYON

Ecce, quam miserum metu Cor palpitat, corpusque sollicitum ferit.

| HERCULES

Aptata arundo est.

' AMPHITRYON

Ecce, jam facies scelus Volens, sciensque. Pande, quid fieri jubes?

Nihil rogamus : noster in tuto est dolor.

Natum potes servare tu solus mihi, Éripere nec tu. Maximum evasi metum.

Miserum haud potes me facere, felicem potes.

tres, les temples sur leurs dieux; je m'ensevelirai sous les ruines de Thébes ; et si ses remparts en s'écroulant sur moi sont un fardeau trop léger pour mes épaules courageuses , si les sept portes de Thébes ne suffisent pas pour m'écraser , je ferai tomber sur ma téte cette partie du globe, sur laquelle le monde est assis, et qui sépare l'empire du ciel. AMPHITRYON.

Yoici tes armes ; je te les rends.

| HERCULE

À ce mot, je reconnais le pére d' Hercule. Voilà le trait sous lequel expira mon fils.

AMPHITRYON

C'est Junon qui l’a dirigé.

HERCULE

Et moi, je le dirigerai à mon tour.

AMPHITRYON (#as).

Mon cœur malheureux palpite de frayeur; tout mon corps frissonne. | | HERCULE.

La flèche est disposée.

AMPHITRYON

Quoi! maitre de tes sens et de tes actions, tu voudrais commettre un nouveau crime ! Parle, qu'ordonnes- tu? je ne te demande plus rien ; je saurai mettre ma douleur en sûreté. Toi seul, tu peux me conserver mon fils et non pas m'en priver à jamais. Je me suis délivré de ma plus grande crainte. Il n'est plus en ton pouvoir de me rendre misérable : mais il dépend de toi de me rendre heureux. Prends un parti ; quel qu'il soit, sache que tá cause est la mienne, et que ta répu-

Sic statue, quidquid statuis, ut causam tuam Famamque in arcto stare et ancipiti scias.

Aut vivis, aut occidis. Hanc animam levem, Fessamque senio, nec minus quassam malis, In ore primo teneo. Tam tarde patri Vitam dat aliquis? non feram ulterius moram, Letale ferro pectus impresso induam :

Hic , hic jacebit Herculis sani scelus.

| HERCULES

Jam parce, genitor, parce; jam revoca manum.

Succumbe, virtus, perfer imperium patris.

Eat ad labores hic quoque Herculeos labor;

Vivamus. Artus alleva afflictos solo,

. Theseu, parentis : dextra contactus pios

Scelerata refugit. | AMPHITRYON.

Hanc manum amplector libens :

Hac nixus ibo, pectori hanc aegro admovens Pellam dolores. | HERCULES.

Quem locum profugus petam?

Ubi me recondam? quave tellure obruam?

Quis Tanais, aut quis Nilus, aut quis Persica, Violentus unda Tigris, aut Rhenus ferox, Tagusve Ibera turbidus gaza fluens, Ablüere dextram poterit? Arctoum licet Maeotis in me gelida transfundat mare,

Et tota Tethys per meas currat manus,

tation est menacée. Ou tu vivras, ou tu me donneras la mort. Déjà ma vie épuisée par la vieillesse et par les chagrins, n'est plus qu'un souflle prêt à s'échapper ; mon âme est sur le bord de mes lévres. Un fils ose-t-il si long- temps refuser d'accorder la vie à son pére ? C'en est fait; que ce glaive perce ma poitrine. Ici, ici méme, je vais expirer viotime d'Hercule qui a récouvré sa raison.

HERCULR.

Pardonnez, ó mon père, pardonnez. Arrêtez votre main. Et vous, Ô mon courage, soumettez-vous ; obéissez à l'autorité paternelle. Ajoutons cette victoire à tous mes autres travaux. Vivons.... Et toi, Thésée, relève mon père abattu et prosterné devant moi : ma main impure craint de toucher une téte si respectable. |

| AMPHITRYON

Etmoi, je veux la baiser, cette main qui sera encore mon soutien ; en l’approchant de mon cœur malade, yen calmerai les douleurs, je le, guérirai.

HERCULE

Quel lieu choisir pour mon exil ? Où me cacher? quelle terre deviendra mon tombeau ? Toutes les ondes du Tanais, du Nil, du fleuve rapide de la Perse, du Rhin furieux, du Tage avec tout l'or qu’il entraîne, pourraient- elles purifier mes mains ? Quand le Méotide ferait passer dans mes veines toute la mer glaciale, quand je serais couvert par les flots de Thétis, la tache de mon crime n’en serait pas moins ineffacable.

Impie, dans quels climats vas-tu porter ta honte? à l'Orient, ou à l'Occident ? Connu dans le monde entier, je

. Haerebit altum facinus. In quas impius Tertas recedes? Ortum , an Occasum petes?

Ubique notus perdidi exsilio locum.

Me refugit orbis. Ástra tranversos agunt Obliqua cursus : ipse Titan Cerberum Meliore vultu vidit. O fidum caput, Theseu, latebram quaere longinquam , abditam. Quoniamque semper sceleris alieni arbiter ' Amas nocentes, gratiàm meritis refer Vicernque nostris : redde me infernis , précor, Umbris reductum, meque subjectum tuis Restitue vinclis. Ille me abscondet locus.

Sedet ille novit.

THESEUS.

Nostra te tellus manet.

Illic solutam caede Gradivus manum Restituet armis. Illa te, Aleida, vocat, Facere innocentes terra quae superos solet.

: oh 5s ELI

1 'd FINIS HERCULIS FURENTIS:

n'y trouverai pas méme un exil. L'univers me rejette. À ma vue, les astres s'arrétent et changent leur cours. Titan a vu Cerbére avee moins d'horreur. O mon fidèle Thésée, trouvemoi &ne retraite lointaine, inaccessible aux humains. Et, puisque c'est ton sort de devenir complice des crimes d'autrui, d'aimer toujours les criminels; rends-moi service pour service. Je t'ai ramené du séjour des ombres, reconduis-moi aux enfers, et fais-moi donner les chaines que tu as portées. Ce lieu seul me dérobera à tous les regards.

Mais non, j'y suis trop connu....

THÉSÉE

Ma patrie te servira plutót d'asyle. Mars y purifiera tes mains et te rendra tes armes. Alcide, elle t'appelle cette

lerre accoutumée à purifier les dieux mémes.

FIN D'HEBCULE FURIEUX.

SUR

L'HERCULE FURIEUX

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