‹ Théâtre complet des Latins (volume 2)Chapitre 4 sur 128 · XXVI DISSERTATION · texte numérisé non relu

XXVI DISSERTATION

guage? S'il les a connues, pourquoi n'a-t-il parlé que d'une seule , ou plutót pourquoi na-t-il rien dit dea tragédies? Aurait-il voulu, par son silence, oondamner toutes les compositions dramatiques de Sénèque ? Les aurait-il jugées indignes de servir de modèles ? Dans cette hypothèse , la sévérité de sa décision n'aurait été provoquée que par l'enflure du style de ces productions; et cé défaut n'aurait pas été, aux yeux de Quintilien, qui signale Sénèque pour un homme da génie, pour un esprit orné de toutes les connaissannes, un motif suffisant pour ne rien dire des tragédies, ou pour n parler que de Médee ; à moins qu'on ne yeuille soutenir que Quintilien ne faisait pas plus de cas de cette pièce que de toutes les autres, ni de toutes les autres que de cellelà; et qu'il assignait à Sénéque, sous le rapport de l'art théâtral, le dernier rang parri les tragiques Latins. Une telle sypposition est. insoutenahle.. Il est bien plus par turel. de crojre que. Sénèque le philosgphe n'est point le seul de la famille des Anneus. qui: ait: travaillé pour le théâtre, Il s'ensuit alors : qua plusieurs des tragédies qui lui sont attribuées sont de lui ,, eh, que les autres me lui appartiennent point; ou.que véritablement. Quintilien n'a point connu ces tragédies, ou enfin qu'il ne. bu a connues que.trés-imparfaitement. .

L'abhé Coupé pense que Sénèque. le. hilosqphe- eit l'auteur de toutes cea pièces, excepté d'Ocratir. Nous allons examiner sur quelles raisons il se fonde. La comparaison qu'il fait de la prose.duy grand. Sénéque avec

DISSERTATION, XXYH les tragédies, lui parait une preuve irrécusable, qu'elles doivent être attribuées à un seul et même auteur. « On retrouve, dit-il, dans les éerits du philosophe des images, des débris de descriptions poétiques :

« Invenias etiam disjecti membra poetae. »

Ce sont des trochées ; des iambes , des anapestes , quelquefois entiers et quelquefois mutilés , renversés , mais toujours frappés sur le modèle des vers des tragédies, toujours renfermant les mémes idées , toujours inspirés par le même dieu, Nous sommes trés-fondés à croire par les ouvrages de Sénèque qu'il était né pote, Ses phrases n'ont point la tournure de la prose; elles n'en ont point le nombre, l'arrondissement : elles’ sont serrées , combinées presque comme la poésie ; ce qui n'a pas été. à l'abri de la censure. * Tel est le langage de l'abbé Coupé, dont je suis le sincère admirateur et eur les traces duquel je me fais gloire d de marcher. Mais son argument ne ma pas convaincu.

. L'abbé Coupé n'ignorait pas sans donte que le style de la plupart des philosophes. de l’antiquité, a toujours quelque chose: de poétique, surtout dans ce qui concerne la morale et les passions humaines. Jl m'ignorgit pas que les poètes tragiques grecs avaient été formés à J'école des philosophes, et que d'ailleurs les plus grands pobtes, sans en excepter Homère, furent aussi de très-grandé$ philasophes. I] n'ignorait pas que dans l'antiquité, la poésie, l'doquence et la philosophie étaient unies entre elles par

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