‹ Théâtre complet des Latins (volume 2)Chapitre 7 sur 128 · XXX DISSERTATION · texte numérisé non relu

XXX DISSERTATION

pu écrire des tragédies qui ressemblent beaucoup à celles dont on le dit l'auteur. Si, comme le dit Quintilien, on. imitait avec une sorte de fureur lé style et la manière de Sénéque , est-il impossible qu'il ait existé d'autres auteurs tragiques ses contetrporains , dont les ouvrages ne seraient point parvenus jusqu’à nous, ou que ces ouvtages lui aüraient été faussement attribués?

$i je m'arréte un moment , avec l'abbé Coupé, sur la prodigieuse érudition de Sénèque, sür ses connaissances en mythologie, en géographie, en histoire naturelle , en astronomie , en philosophie ; jé le demande à tout homme impartial , Cicéron, César , Virgile, Horace , Ovide, n'ont-ils pas eu autant d'érudition que Sénéque? Et combien de fois ne se présente-t-il pas orné de leurs dépouilles les plus précieuses ? Îl est une those digne d’être rappelée à la mémoire de mes lecteurs ; c’est que généralement tout ce qui concerne lés sciences a été traité avec plus d'étendue par les poètes de l'antiquité que par les autres écrivains, et qu'au imlieu dés erreurs et des préjugés qu'ils ont accrédités, on trouve des principes vrais, et dont l'exactitude ne saurait être révoquée en doute. On reconnait dans les écrits des poètes et des orateur$ Romains ,le soin que lon avait pris de leur faire acquérir dés leur plus tendre jeunesse des connaissances pour áinsi dire üniverselles. Mais Sénèqué est-il le seul qui les ait possédées dans un degré supérieur? Passons maintenant à une question que se fait l'abbé Coupé.

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DISSERTATION. xxx!

Si, ditil, Sénèque est en effet l'auteur des tragédies, pourqüoi ne les a-t-il pas fait paraître sous son nom , ainsi que ses autres ouvrages ?

L'abbé Coupé iépond lui-même à cette question. « Fort supérieur à ses frères, par un génie qui étonna « d'abord ses maitres, et par la rapidité de ses progrès « qui frappa tous les Romains, il figura fort jeune en- « core parmi les grands orateurs de son temps, et plaida «une cause célèbre dans le sénat, au milieu des ap- « plaudissemens de toute la ville. Mais le farouche « Caligula, qui se flattait alors d'être le plus éloquent «des Romains, fut jaloux de voir qu'un étranger osát «lui disputer ce titre, et la crainte que lui inspira cé « monstre, à qui le satg dés homrhes ne coütait rien, «lui fit renoncer à la brillante cattièré du barreau. »

Le fait est vrai. Il atteste les craintes et la prudence de Sénèque. Mais s’ensuit-il qu'il dût renoncer à tout autre genre de ttavail ? Le contrairé est bien prouvé.

L'abbé Coupé cite ce fait pour covroborer d'avánce celte proposition, que Sénèque n'a jamais voulu s'avouer l'auteur des tragédiés, qui depuis ont été publiées sous son nom. Mais continuons de suivre dans sa marche ce savant traducteur, aprés lequel j'ai osé traduire Sénèque.

« Sénèque, dit-il, choisit pour protecteur Domitius « Enobarbus,, premier époux de la trop fameuse Agrip- « pate , moins pour lui cependant que pour cette femme « célèbre, à qui il inspira dé l'amour , et qui finit par « faire sa fortune. » |

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