‹ Théâtre complet des Latins (volume 2)Chapitre 8 sur 128 · XXXII DISSERTATION · texte numérisé non relu

XXXII DISSERTATION

Cette liaison avec Agrippine , et pour laquelle on prétend que Sénèque fut exilé en Corse, dont il ne fut rappelé qu'au bout de deux ans, et aprés la mort de Domitius , cette liaison , dis-je, est-elle bien avérée? Tacite l'a-t4l affirmée ? Non. Dion et Xiphilin sont les seuls qui en parlent. Or, Dion n'a-t-il pas calomnié ainsi Cassius , Brutus et Cicéron? |

Ce fut à la sollication d'Agrippine que Sénèque fut rappelé, et qu'il obtint.la dignité de préteur. Ce fut Agrippine qui nomma Sénéque précepteur de Néron. Faut-il en conclure que Sénèque était l'àmant d'Agrippine ? Je croirais plutôt que dans cette circonstance, elle ne fit que rendre justice à son mérite, à ses vertus, et peut être même à la noble résistance qu'il avait opposée à ses passions fougueuses. Sil'on suppose avec les ennemis de Sénéque, que ce philosophe inspirà à son élève ces penchans honteux, ces vices abominables qui ont rendu à jamais le nom de Néron odieux, à quoi bon. Sénéque aurait-il composé ses tragédies ? Etait-ce pour ne faire de Néron que le plus cruel des tyrans, l'opprobre et le fléau de l'humanité ? Mais le poète a peint la tyrannie sous les plus effrayantes .couleurs. Mais les historiens , dont le témoignage est digne de foi; les historiens les plus, véridiques , en un mot, s'accordent à dire que Néron fut le modèle des bons princes, tant qu'il suivit les conseils de son précepteur.

« Nommé préteur, Sénéque , continue l'abbé Coupé, « ne voulut pas s'avouer l'auteur des tragédies qu'il

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« avait déjà faites, et de celles qu'il fit dans la suite, « parce que les grands personnages de Rome avaient du « mépris pour les piéces de théátre et pour leurs auteurs. « Sénèque imita donc Scipion et Lélius, qui avaient fait « passer leurs comédies sousle nom de Térence. »

ll n'y a point de parité entre Sénéque et les deux illustres Romains dont parle l'abbé Coupé. Je n'ignore pas que la profession de comédien ne passait point chez les Romains pour une profession honorable. Il est constant que les plus illustres personnages avaient pour la comédie une trés - grande répugnance ; mais cette répugnance était-elle la méme à l'égard de la tragédie? Ce mépris pour les spectacles ne tenait-il pas à l'orgueil des grands, qui, cependant , donnaient à leurs frais des spectacles au peuple? Et s'ils méprisaient

tant les spectacles , n était - ce pas plutót parce que ce

genre d'amusement pouvait faire accuser ceux qui s y livraient , de négliger les affaires publiques ? Or , dans ce cas, n était-il pas bien facile à Sénèque de ne point travailler pour le théâtre? N'avait-il pas les mêmes motifs que les autres pour s'en abstenir? Ne pouvait-il pas se contenter d'expliquer à son élève les tragédies grecques ? Il évitait par là tout soupcon. L'abbé Coupe convient lui-même que Sénèque süivait publiquement les principes de Zénon, chef des stoiciens et le plus austère des sages dé l'antiquité. Le théâtre était plus odieux encore à ces fiers disciples du Portique qu'aux

sénateurs de Rome. C était pour eux un crime de les fré- 1 9 " 4 C

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