‹ Théâtre complet des LatinsChapitre 111 sur 122 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

I. — Ut qui expers matris imperii. On pourrait aussi traduire plus rigoureusement ce passage et s'attacher à la force des mots mansuetam, expers imperii. Par mansuetam , l'auteur veut dire apprivoisée ; c'est une métaphore empruntée de la maniére dont on adoucit les animaux, en les caressant de la main; les mots ezpers imperii , pris à la lettre, pourraient signifier : qui n'a pas besoin de guide ou de maitre.

2. — Ubi piem pietatem. Pour ne point être taxé d'inexactitude , je donnerai ici une traduction plus littérale de ce passage. *

« Comment me rendrais-je la piété propice, si je la priais de m'accorder la faveur de vous plaire , en me soumettant aux ordres injustes et. déraisonnables que vous me donnez ? »

Philénie ne croit pas se rendre la piété propice en traitant Argyrippe aussi durement que l'exige Cléérète. La réponse de Cléérète, un peu plus bas, hoccine est pietatem colere, etc., signifie , en la prenant dans le sens du poète, est-ce honorer la piété que de compter pour rien l'autorité maternelle ? Je laisse au goût du leéteur , à apprécier les motifs de la différence qu'il trouvera entre le traducteur et l'original.

4o4 NOTES PHILOLOGIQUES.

3. —- Mater is lingua poscit, corpus quaerit, etc. Lambin interprète ainsi ce passage, et je partage son opinion.

.« Mater is quaestus est mihi me dicaculam esse, vel sic, dicacitas mihi quaestuose est; vel sic, id mihi quaestuosum est, amatores amando et blandiendo quaerere , etc. »

En effet, Clééréte ne reproche-t-elle pas à sa fille d'étre raisonneuse et méme piquante dans ses reproches ? dicacula. Philénie, confondant malicieusemeut ses intéréts et ceux de sa mére, lui réplique avec hardiesse , que sa langue éprouve le besoin de parler, que la nature, l'inclination, l’occasion lui commandent, lui font une loi de : : veiller à ses intérêts, en mettant à profit divers moyens pour se faire aimer. Cependant Philénie ne dissimule pas la préférence qu'elle accorde à Argyrippe.

SCÉNE II

1. — Perfidiae laudes gratiasque , etc. La confusion, le désordre qui

régnent dans tout le commencement de cette scéne, la construction méme qui en est trés-embarrassée, sont une preuve du talent dramatique de Plaute. Les commentateurs se sont mis à la torture dans lespoir d'aplanir les difficultés qu'ils ont rendues, pour ainsi dire, insurmontables. Ils n'ont pas fait généralement attention que cette scène est transposée et qu'elle devait être la première du quatrième acte, et sont loin, d'ailleurs, d'avoir pénétré les intentions du poéte qui, pour mieux peindre la joie excessive de Léonida, le fait parler comme un homme dans le cerveau duquel les idées se succédent avec une telle rapidité, qu'il ne prend pas le temps de les classer. Rien de plus risible aussi que la manière avec laquelle Léonida exalte ses prouesses et celles de Liban.

Je ne me crois pas non plus trés-éloigné de la vérité, en avancant que dans l'énumération des supplices et des instruments de torture employés pour punir ou pour chátier les esclaves, Plaute avait le dessein de reprocher adroitement à ses contemporains, la cruauté ayec laquelle les esclaves étaient traités. Il aurait alors le double mérite de leur avoir donné d'utiles lecons et de les avoir amusés en mettant .néanmoins ses leçons dans la bouthe d'un esclave qui ne rappelle tous ces genres de torture, dont Liban et lui ont brave la rigueur,

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NOTES PHILOLOGIQUES. 4o5

que pour mieux faire sentir l'inutilité de ces moyens extrémes que l'humanité désavoue. Je n'ignore pas tout ce que pourraient opposer à mon assertion, et les apologistes de la servitude, et ceux qui prétendent, peut-étre avec quelque fondement, que les Grecs et les Romains n'avaient pas, d'autres moyens de réprimer ou de soumettre à lobéissance, des étrangers, prisonniers de guerre, ou des esclaves achetés à trés-grand prix. Il serait facile de répondre à de telles objections; mais mon but n'est point ici de traiter la question dans toute son étendue.

Schmieder, dont l'opinion mérite d'étre citée, envisage cette scene sous un autre point de vue, et s'arréte au caractére de Léonida et de Liban; qui, comme les généraux qui sollicitaient les honneurs du triomphe avaient coutume de faire, vantent magnifiquement leurs exploits. Cette’ réflexion est d'autant plus juste que les deux eselaves emploient tour à-tour les mots, »irtute, viribus, copiae, exercitus; mais je pense que mon observation n'en est pas moins fondée.

2. — Qui verberarem asinos. Il est impossible de justifier Plaute de cette froide et ridicule plaisanterie.

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