SCÉNE L
Par le dieu de la Bonne-Foi. C'était une divinité au nom de laquelle les Romains avaient coutume de jurer. On la nommait aussi Sanctus Sancus , et Semipater. On lui adressait des prières solennelles le 5 juin, jour qui lui était consacré. Ovid. Fast, VI, v. 213; Dionys. Hali-
carn. II, 9; S. Pitisc. Lexic. Antiq. rom. , tom. I.
— Fidius. Fils de Jupiter; c'est-à-dire, Hercule dos vios H paxdne. ( Festus. ) Ce serment était regardé comme inviolable. Dius-Fidius , était une divinité des Sabins qui, dit-on, fut transportée à Rome par Tatius. Dionys. Halicarn. II, p. 113. Liban en priant son maître de lui dire la vérité, n'a point invoqué le dieu de la Bonne-Foi ; mais Déménéte, en prenant ce dieu à témoin, veut dire par là que Liban
le presse si vivement qu'il se croit forcé à ne lui rien cacher.
2. — Où la pierre frotte contre la pierre. Les esclaves faisaient agir les moulins à force de bras. Le nombre des moulins diminua quand l'empereur Constantin eut áboli l'esclavage.
3. — Daignez cracher ce vilain mot. Les anciens avaient coutume de cracher aprés avoir dit certaines choses , qu'ils appréhendaient devoir se réaliser , comme nous crachons en signe de haine et de mépris. Ils crachaient jusqu'à trois fois pour détourner les mauvais présages. Voyez Varron , De Re rustica , lib. I, cap. 2.
4. — Quoique sa mère le tienne fort à l'étroit. Plaute lance ici un trait de satire contre les péres de son temps , qui, dans l'éducation de leurs enfans, apportaient moins de prévoyance que les femmes , et présente Artémone comme le modèle d'une bonne mère. Déménéte a pour Argyrippe la plus coupable complaisance , et le motif qu'il allègue pour excuse , n'a rien que de blàmable et de ridicule. La confiance d'un fils envers son père est un devoir; mais elle ne doit pas autoriser le père à devenir son complice.
5..—- Amené avec elle pour étre esclave dotal. L'esclave dotal avait soin de la dot et du propre de sa maîtresse. Il ne dépendait que de la femme , le mari n'avait aucun pouvoir sur lui. Il était le dépositaire et le dispensateur du capital de sa maitresse, à qui il avait été donné en la mariant. On le nommait aussi receptitius , réservé, et exceptitius , excepté. Le motif de l'exception accordée par le législateur, était de mettre la dot à l'abri de la prodigalité des maris. L'esclave réservé faisait partie de ce que l'épouse avait le droit de retenir quand elle faisait donation de sa dot à son mari. Voyez Nonius , I, 267 ; Pignor. De Servis , pag. 60 ; Bud. ir Pandect., pag. 116 ; Douzaet Taubmannus, in Plautum , et Papin. X. a1 ff. De Manumiss.
NOTES ARCHEÉOLOGIQUE S. 409
6. — Il me faut vingt mines pour mon fils. La mine attique valait envi- ron 100 francs de notre monnaie. — Muret est surpris que Déinénète sache que son fils a besoin de vingt mines , puisque la marchande d'esclaves ne fait la demande de cette somme à Argyrippe que dans la troisième scène , depuis le vers 77 jusqu'au vers go; mais il est facile de concevoir que ce jeune homme , sachant à peu prés ce qu'on pouvait exiger de lui pour obtenir celle qu'il aimait, pouvait en avoir parlé déjà à son père.
| 7. — En l'air, au filet, etc. Sorte de filet de pécheur ; une fronde. Les Grecs l'appelaient 862es, comme ledit Servius, Géorg., vers 141. Ce filet , jacidum , à jaciendo, jeter, différait de celui nommé werriculum , quod verritur, en ce que ce dernier était soutenu d'espace en espace
par des cerceaux.
8. — Chez le banquier Archibule. Les banquiers , les changeurs formaient autrefois, dit Cujas, une corporation. Ils étaient établis dans des boutiques sur la place publique. C'était par leur entremise que se faisaient les emprunts. Tantót c'étaient leurs propres fonds, tantót ceux des autres qu'ils faisaient valoir. Ils recevaient des sommes en dépót ; ils changeaient les monnaies ; ils achetaient et vendaient l'argent. On leur donnait différents noms: | |
Mensari et mensularü , étaient ceux chargés des deniers publics. Il y en eut à Rome, tantót cinq, tantót trois. Voyez Tit. Liv., lib. VII, 21. Ils furent créés, dit cet historien, pour remédier à l'avidité des usuriers ; l'an de Rome 4or. Les premiers furent C. Duillius , P. Decius Mus , M. Papirius, Q. Publius et Tib. AEmilius. Rosin. ; Æntig. Rom., VII, 39 ; Kipping, Antig. Rom., II, 3, $. 1;
Nummularii. Ceux qui changeaient les écus romains. Ce nom était donné aussi à ceux qui étaient chargés de vérifier la valeur et le titre , des monnaies; Thes. Antig. Rom. Graevii, tom. XI, p. 881;
ÆExercitores ; voyez Sam. Pitisc., Antiquit. Rom. et Graec. , au mot Exereitor;
Distractores ; vendeurs, voy. Cod. Justin.;
Collybistae; changeurs , du mot grec xoAAwGos , change, droit du chan-
geur, ce qu'on donne pour ‘échange des monnaies;
| &1o ' NOTES ARCHÉOLOGIQUE S,
Cermatistae , changeurs ; du mot grec xtpualiolÿs ét de xéppeæ, «loc : R. tipo , tondre , couper , retrancher , ravager , piller ;
Coactores , ou collectarii ; collecteurs , receveurs des impositions ; c'était aussi une espéce d'huissiers.
9.— Si tu as besoin de quelque chose. C'était une formule usitée chez les Romains, pour offrir ou pour promettre ses services. C'est à quoi Martial fait allusion dans ce vers :
« Si quid opus fuerit, scis me non esse rogandum. » SCÈNE IL
1. — Je cours chez les triumvirs capitaux. Les lois infligeaient, en certain cas, des peines contre les courtisanes qui concluaient le méme marché avec deux amants. Voyez le Truculentus , act. IV ,scéne 2.
« Ádvorsum legem accepisti a plurimis pecuniam. »
« Contre la défense de la loi , tu as requ de l'argent de plusieurs. » SCENE III
1. — Pour autant de philippes. Ces espèces, non-seulement en or, mais méme en argent et en cuivre, avaient grand cours chez les Romains, jusqu'au temps de Plaute.
2. — Comme à celle des Grecs. La bonne foi est une qualité que les Romains contestaient à la plupart des Grecs, qui ne se fiaient pas trop les uns aux autres. Cependant, je suis loin de croire que ce jugement soit bien équitable. Les Grecs mettaient peut-étre beaucoup de défiance dans leurs transactions commerciales , mais cela n'exclut ' pas la bonne foi.