ALCMÈNE, AMPHITRYON, SOSIE, THESSALA
ALCMÈNE
Que l'on doit peu compter sur les plaisirs de la vie ! Que sont-ils en comparaison des chagrins que l'on éprouve ici bas! Telle est la destinée des humains ! Telle est aussi la volonté des dieux : la tristesse suit de bien prés la joie, et toujours il faut payer par bien des soucis quelques jouissances pas sagères. Personne ne l'éprouve aujourd’hui plus que moi. Je goüte, pour une nuit seulement, la satisfaction de posséder mon époux; le jour paraît à peine, Amphitryon se dérobe à ma tendresse. Je me crois au milieu d'un désert depuis qu'il s’est éloigné, celui que je chéris au-dessus de tous les mortels. Son départ me cause plus de peine que son arrivée ne m'avait causé dé plaisir.
Mais du moins je m'estime heureuse, puisqu'il a triomphé des ennemis de son pays. ll revient couvert de gloire ; c'est là toute ma consolation. Qu'il s'éloigne de moi, pourvu qu'il revienne encore victorieux ; je supporterai avec fermeté l'ennui de son absence; et j'en serai bien récompensée, s'il obtient, par son courage, le titre de héros, de vainqueur. Le courage porte en lui- méme sa plus précieuse récompense. Il n'est rien qu'on puisse lui comparer. On lui doit la liberté,
Virtus omnibus rebus anteit profecto.
Libertas , salus, vita , res, parentes,
Patria et prognati tutantur, servantur:
Virtus omnia in se habet: omnia adsunt bona, quem penes est virtus.
AMPHITRU O.
Edepol me uxori exoptatum credo adventurum domum, Quae me amat: quam contra amo: praesertimre gesta bene, Victis hostibus , quos nemo posse superari ratu "st. Eos auspicio meo atque ductu primo coetu vicimus. Certe enim me illi exspectatum optato venturum scio. | / SOSIA.
Quid? me non rere exspectatum amicae venturum meae? ALCUMENA. | Meus vir hic quidem est.
AMPHITRUO.
Sequere hat tu me ALCUMENA.
Nam qüid ille revortitur, Qui dudum properare sese aiebat? an ille me tentat sciens? Atque id si volt experiri , suum abitum ut desiderem, Ecastor med haud invita se domum recipit suam. SOSIA. | Ámphitruo, redire ad navem meliu 'st nos.
AMPHITRUO.
Qua gratia?
SOSIA.
Quia domi daturus nemo 'st prandium advenientibus.
la vie, la fortune, le salut des familles, celui de la patrie et de nos enfants. C’est une vertu qui comprend toutes les autres ; quiconque l'a reçue en partage possède tous les biens (1).
AMPHITRYON
Sans doute ma femme qui m'aime tant et que je n'aime pas moins , soupire ardemment aprés mon arrivée, surtout depuis que j'ai vaincu des ennemis que l'on croyait invincibles. Sous mes ordres et sous d'heureux auspices (2), ils ont été défaits entièrement dés la première attaque. Certes, je serai bien accueilli aprés tant de succés.
SOSIE
Et moi, pensez-vous que mon amie m'attende avec moins
d'impatience ? | ALCMÈNE {à part).
Quoi donc ! mon mari est ici.
, AMPHITRYON {à Sosie).
Suis- moi de ce côté.
ALCMÈNE
Pourquoi revient-il sur ses pas, lui qui paraissait tantôt si pressé de partir ? a-t-il dessein de m'éprouver ? veut-il voir si j'étais moins fâchée de son départ que je ne paraissais l'être ? Certes, son retour à la maison me cause une joie extrême.
SOSIE
Je crois, mon cher maître, que nous ferions mieux de relourner au vaisseau.
| | AMPHITRYON
Pourquoi ?
SOSIE
Parce qu'en arrivant nous ne trouver ons personne qui nous
donne à diner.
eo — AMPHITRUO. ACT. II. SCEN. II.
AMPHITRUO.
Qui tibi istuc in mentem venit?
Quia enim sero advenimus, | AMPHITRUO.
Qui ?
SOSIA.
Quia Alcumenam ante aedis stare saturam intelligo.
AMPHITRUO.
Gravidam ego illanc hic reliqui quom abeo.
$OSIA.
| Hei perii miser!
AMPHITRUO.
Quid tibi est?
| SOSIA. | Ad aquam praebendam commodum adveni domum,
Decumo post mense , ut rationem te dictare intelligo.
AMPHITRUO.
Bono animo es.
SOSIA. —— Scin' quam bono animo sim? si situlam cepero? Numquam edepol tu mihi divini quidquam creduis post hunc diem, |
Ni ego illi puteo , si occepso , animam omnem intertraxero. AMPHITRUO.
Sequere hac me modo; alium ego isti rei adlegabo, n6 time.
AMPHITRYON. ACT. II. SCEN. II. 9i AMPHITRYON, Qui t'a miscela dans la téte?
SOSIE
C’est que nous arrivons trop tard.
; AMPHITRYON
Comment ?
SOSIE
J'apercois Alemène devant la porte , et je juge à certain embonpoint que.....
AMPHITRYON
Je la laissai enceinte à mon départ.
SOSIE
Ah ! malheureux que je suis! .
AMPHITRYON
Quelle mouche te pique ?
| SOSIE
Eh ! si elle est dans son dixième mois , il faudra de l'eau en abondance : j'arrive là tout exprès pour en tirer.
AMPHITRYON
Tu as du courage.
SOSIE
J'en conviens : et une fois que j'aurai pris le sceau, je
veux être le plus grand bélitre si je ne mets le puits à sec, et si je ne lui arrache l'áme sans pitié.
| AMPHITRYON
Suis-moi toujours, et ne crains rien ; je chargerai quelque autre de ce travail.
ALCUMEN A. | . Magis nunc meum officium facere, si huic eam advorsum, arbitror. | AMPHITRUO. | Amphitruo uxorem salutat laetus speratam suam, Quam omnium Thebis vir unam esse optumam dijudicat, Quamque adeo cives Thebani vero rumificant probam. Valuistin' usque? exspectatusne advenio?
SOSIA.
Haud vidi magis Exspectatum : eum salutat magis haud quisquam, quam canem.
AMPHITRUO.
Et quum te gravidam , et quum pulcre plenam adspicio, gaudeo.
| | ALCUMENA.
Obsecro ecastor , quid tu me deridiculi gratia Sic salutas? atque adpellas, quasi dudum non videris, Quasique nünc primum recipias te domum huc ex hostibus, Atque me nunc proinde adpellas, quasi multo post videris ? AMPHITRUO.
Immo equidem te, nisi nunc , hodie nusquam vidi gentium. ALCUMEN A.
Cur negas?
AMPHITRUO.
Quia vera didici dicere.
ALCUMENA.
Haud aequum facit,
ALCMENE.
Il est, ce me semble, de mon devoir d'aller à sa rencontre.
Amphitryon joyeux salue son épouse tant désirée ! O vous
la meilleure des femmes , vous dont les Thébains parlent sans.
cesse comme d'un modèle de vertu, vous êtes-vous toujours bien portée ? m'attendiez-vous avec quelque impatience !
SOS1E {à part). | Je n'ai jamais vu d'homme attendu si vivement ! On ne le salue pas plus qu'un chien.
AMPHITRYON
Je me réjouis de vous voir enceinte et jouissant d'une si
belle santé. |
| ALCMENE:
De grâce ! pourquoi me saluez-vous ainsi? est-ce pour plai santer que vous m'abordez, comme si tantôt vous ne m'aviez pas vue? ne semblerait -il'pas que vous arriviez à l'instant même de l'armée. Vous agissez, en vérité, comme si vous me voiyez pour la première fois aprés une longue absence.
AMPHITRYON
Aussi n'ai-je eu le bonheur de vous voir nulle part au- ) Jourd'hui , si ce n'est à présent.
| ALCMÈNE
Oh! pourquoi nier ainsi ?
AMPHITRYON
Parce que mon habitude est de dire la vérité.
; ALCMÈNE. | Hé bien ! il ne faut jamais renoncer à une bonne habitude quand on l’a contractée. Mais est-ce que vous voudriez tous
Qui , quod didicit, id dediscit. An periclitamini Quid animi habeam? Sed quid hucvos revortimini tam cito? An te auspicium commoratum est ? an tempestas continet ? Qui non abiisti ad legiones, ita uti dudum dixeras? AMPH ITRUO.
Dudum? quam dudum istuc factum 'st?
ALCUMEN A.
Tentas; jam dudum, modo.
AMPHITRUO.
Qui istuc potis est fieri, quaeso, ut dicis, jam dudum, modo? ALCUMEN A.
Quid enim censes? te ut deludam contra lusorem meum, Quinunc primum te advenisse dicas, modo qui hinc abieris? AMPHITRUO.
Haec quidem deliramenta loquitur.
SOSIA.
Paulisper mane, Dum edormiscat unum somnum.
AMPHITRUO.
Quae ne vigilans somniat?
ALCUMEN A.
Equidem ecastor vigilo, et vigilans id quod factum ‘st fabulor.
Nam dudum ante lucem et istunc et te vidi..
AMPHITRUO.
Quo in loco?
ALCUMENA Hic, in aedibus , ubi tu habitas.
deux connaître ce que j'ai dans l'áàme? Pourquoi revenezvous si promptement? Quelque mauvais augure ou la tempéte vous ont - ils arrétés ? Pourquoi n'avez - vous pas rejoint les troupes, comme vous m'avez dit tantót?
AMPHITRYON
Tantót! qu'est-ce que cela signifie ?
ALCMEN E.
Vous voulez m'éprouver. Oui, sans doute ; que dis- je? naguère , tout- à - l'heure.
AMPHITRYON
Naguère, tout-à-l’heure; je m'y perds : expliquez - vous,
ALCMENE.
Eh quoi ! Ne me serait-il pas permis de rire à mon tour de celui qui rit de moi ? Qu'en pensez-vous? Vous sortez d'ici, et vous prétendez y arriver à l'instant pour la première fois.
AMPHITRYON
Elle extravague , en vérité.
sostE (bas).
Attendons un peu qu'elle ait achevé son somme.
A'MPHITRYON.
Ne rêve-t-elle’pas toute éveillée ?
ALCMÈNE
Oui, sans doute, je suis bien éveillée, et ce n'est point un songe que je raconte ; car je vous ai vus , vous et lui, avant le lever du soleil. | | AMPHITRYON.
En quel endroit?
"ALCMENE., Ici : dans votre palais méme. :
Numquam factum ‘st.
SOSIA.
Non taces?
Quid si e portu navis huc nos dormientis detulit?
AMPHITRUO.
Etiam tu quoque adsentaris huic?
SOSIA. | Quid vis fieri?
Non tu scis, Baccliae bacchanti si velis advorsarier , Ex insana insaniorem facies, feriet saepius : Si obsequare , una resolvas plaga.
AMPHITRUO.
At pol quin certa res Hanc est objurgare, quae me hodie advenientem domum Noluerit salutare.
||. SOSIA, Inritabis cralirones.
AMPHITRUO.
Táce.
Alcumena , unum rogare te volo.
ALCUMEN A.
; | Quid vis rogare? roga.
Num tibi aut stultitia adcessit, aut superat superbia?
ALCUMENA.
Qui istuc in^mente est tibi, mi vir, percontarier ?
AMPHITRYON
Cela n’est pas possible.
| SOSIE
Pourquoi ne pas vous taire, mon cher maître ? que savezvous si le vaisseau ne nous a pas conduits ici pendant que nous dormions ?
AMPHITRYON
Àh! tu prends aussi son parti.
s0S1E (à Amphitryon ).
Que voulez - vous? le meilleur, vous le savez, c'est de ne pas tenir téte à une bacchante, et de la laisser s'agiter tout à son aise ; son accès redoublerait si vous la vouliez contredire : en lui cédant vous en serez quitte pour un seul coup (3).
AMPHITRYON
Mais du moins elle mérite de ma part les plus vifs reproches, pour ne m'avoir pas salué en arrivant.
SOSIE
Vous irriterez les frelons.
AMPHITHYON (à Soste ).
T'ais-toi. [4 Alcmëne.) Alcmène, je ne vous demanderai qu'une chose. | |
ALCMENE, Que voulez - vous? parlez.
AMPHITAYON. '
Pourquoi me tenir ce langage? Est-ce folie ? est-ce vanité ?
ALCMENE.
Qui vous met dans l'esprit, mon cher époux, de me faire
Ces questions ?
Q8 AMPHITRUO. ACT. IL SCEN. Il.
| AMPHITRUO.
Quia salutare advenientem me solebas antidhac. Adpellare itidem ut pudicae suos viros, quae sunt, solent. Eo more expertem te factam adventens obfendi domi. Ecastor equidem te certo heri advenientem illico Et salutavi, et, valuissesne usque, exquisivi simul, Mi vir : et manum prehendi et osculum tetuli tibi. mE S OSIA.
Tun' heri hunc salutavist ? | ALCUMENA.
Et te quoque etiam , Sosia.
SOSIA.
Amphitruo , speravi ego istam tibi parituram filium :
. Verum non est puero gravida.
AMPHITRUO.
Quid igitur ?
SOSIA. | Insania.
ALCUMEN A.
Equidem sana sum, et deos quaeso ut salva pariam filium. Verum tu magnum malum habebis , si hic suum officium facit :
Ob istum omen, ominator, capies quod te condecet.
SOSIA.
Enimvero praegnanti oportet et malum et malum dari ,
‘Ut, quod obrodat, sit, animo si male esse obceperit.
AMPHITRYON. ACT. I. SCÈN. IL 9g
AHPHITRYON.
Vous qui mettiez tant d'empressement à me souhaiter le bonour à mon arrivée ; vous qui, jusqu'à présent, m'avez appelé de ce doux nom que les honnétes femmes donnent à leurs maris, vous me recevez aujourd'hui , contre votre coulume, avec une sorte de froideur.
ALCMÈNE
Comment ? hier, dès que vous fütes arrivé, je vous montrai toute ma tendresse, je m'informai de votre santé ; je courus au-devant de vous, mon cher ami, je vous pris la main, je vous embrassai.
SOSIE
Vous saluátes hier mon maître ? vous !
ALCMENE.
Et toi aussi, Sosie ?
SOSIE
Amphitryon, j'espérais qu'elle vous donnerait un fils, mais je vois qu'elle mettra au monde.......
AMPHITRYON
Quoi donc?
SOSIE. « La folie.
ALCMENE.
Non, je rre suis point folle,et je demande aux dieux d'accoucher heureusement d'un fils. (74 Sosie. ) Pour toi, si ton maître fait son devoir, tu seras bien payé de tes pronostics insolents (*). |
sosie (à Amphitryon),
Une femme enceinte a besoin qu’on lui donne une ou deux pommes de grenade à ronger, dans le cás où elle viendrait à tomber en défaillance.
* Voyez mes remarques philologiques sur ce passage.
100 | AMPHITRUO. ACT. II. SGEN. IL.
AMPHITRUO. EE | Tu me heri hic vidisti? — — | ALCUMEN A.
Ego, inquam, si vis decies dicere.
AMPHITRUO.
In somnis fortasse. |
ALCUMEN A.
Immo vigilans vigilantem.
AMPHITRUO.
Vae misero mihi!
SOSIA.
Quid tibi est?
AMPHITRUO.
Delirat uxor.
SOSIA.
Atra bili percita est.
Nulla res tam delirantis homines concinnat cito.
AMPHITRUO.
Ubi primum tibi sensisti , mulier, impliciscier" ?
ALCUMEN A.
Equidem ecastor sana et salva sum.
AMPHITRUO.
| Cur igitur praedicas
Te heri me vidisse, qui hac noctu in portum advecti sumus? Ibi coenavi, atque ibi quievi in navi noctem perpetem.
Neque meum pedem huc intuli etiam in aedis, ut cum exercitu Hinc profectus sum ad Teleboas hostis , eosque ut vicimus.
AMPHITRYON. ACT. II. SCÈN. IL. :o
AMPHITRYON
Quoi? Vous me vites hier ici ; vous?
ALCMÈNE
Moi-méme; Faut-il vous le répéter dix fois?
AMPHITRYON, En songe, peut-être? - 0?
ALCMÈNE
Je ne dormais point, et vous étiez assurément bien éveillé.
AMPHITBYOR.
Malheur à moi! .
SOSIE
Qu'avez-vous ?
AMPHITRYON
Ma femme est en délire.
SOSIE
Elle a la bile noire ; et rien ne dérange aussi promptement le cerveau que cette maladie.
AMPHITRYON (à Alemène).
Depuis quand avez-vous ressenti la première attaque de ce mal ? |
ALCMENE.
En vérité , je ne me suis jamais mieux portée ni d'esprit, hi de corps.
AMPHITRYON,
Pourquoi donc assurer que vous m'avez vu hier? Nous n'avons abordé le rivage que cette nuit. J'ai soupé, j'ai reposé la nuit entière sur le vaisseau ; je n'ai pas mis le pied dans cette maison depuis que j'en suis sorti pour aller combattre les Téléboëns, ni depuis que je les ai vaincus.
102 AMPHITRUO. ACT. II. SCEN. If.
ALCUMEN A.
. Immo mecum coenavisti, et mecurn eubaisti.. AMPHITRUO.
' Quid id est?
ALCUMENA.
Vera dico.
AMPHITRUO. | Non quidem hercle de hac re , de aliis nescio.
Primulo diluculo abivisti ad legiones.
AMPHITRUO.
Quomodo?
SOSIA.
Recte digit : ut commeminit, somnium narrat tibi. Sed, mulier, postquam experrecta es, prodigiali Jovi Aut mola salsa hodie, aut thure comprecatam oportuit.
A.LCU M E N A.
Vae capiti tuo !
SOSI A.
Tua istuc refert , si curaveris.
ALCUMEN A.
Iterum jam hic in me inclementer dicit, atque id sine
| malo? | AMPHITRUO.
Tace tu. Tu dic, egone.abs te hinc hodie cum diluculo?
E ALCUMEN A.
Quis igitur nisi vos narravit mihi, illic ut fuerit proelium?
ALCMENE.
Et moi, jevous dis que vous avez soupé et couché avec moi.
Que dites - vous là ? '
ALCMHÈNE.
Je dis la vérité.
AMPHITRYON
Non pas, ma foi, en cette occasion. Quant aux autres, je ne sais qu'en penser.
ALCWÈNE.
Vous m'avez quittée à la pointe du jour pour rejoindre les légions.
AMPHITRYON
Comment ?
SOSIE
Elle raisonne absolument comme une personne encore toute frappée du songe qu'elle a fait. Sans doute, en s'éveillant, ma maîtresse se sera empressée d'offrir à Jupiter, qui détourne les prodiges funéstes (4), des sacrifices (5) ou de l'encens. .
. ALCMENE.
Malheur à toi! |
| sosie {à Alemène).
Malheur à vous plutôt, si vous n'avez pas eu cette précaution. |
ALCMÈNE (à Amphitryon).
Il ose encore m'insulter, et vous ne l'en punissez pas! AMPHITRYON (à Sosie).
Tais - toi. ( 4 Aleméne). Nous nous sommes, dites - vous quittés aujourd'hui à la pointe du jour.
ALGUÈNE. |
Quel autre que vous m’aurait rapporté les résultats du combat que vous avez livré ?
104 AMPHITRUO. ACT. II. SCEN. Il.
AMPHITRUO. | | An etiam id tu scis? -
ALCUMEN A.
Quippe quae ex te audivi : ut urbem maxumam Expugnavisses , regemque Pterelam tute occideris.
. AMPHITRUO.
Egone istuc dixi?
ALCUMEN A.
Tute istic, etiam adstante hoc Sosia.
AMPHITRUO.
Audivistin' tu me narrare hoc hodie? | SOSIA. | Ubi ego audiverim?
AMPHITRUO.
Hanc roga.
S OSIA.
Me quidem praesente numquam factum est, quod sciam. Mirum quin te advorsus dicat.
AMPHITRUO.
' Sosia, age; me huc adspice.
SOSIA.
Specto.
AMPHITRUO.
Vera volo loqui te : nolo adsentari mihi.
Audivistin' tu hodie me illi dicere ea quae illa autumat? $OSIA. | Quaeso, edepol, num tu quoque etiam insanis, quum id
me interrogas?
AMPHITRYON. ACT. I. SCEN, IL. roo
AMPHITRYON
Comment ? vous les connattriez ?
ALCMENE.
Voici tout ce que j'ai appris de votre bouche : vous avez pris d'assaut une ville considérable, et tué de votre main le ' roi Ptérélas.
AMPHITRYON
Moi, je vous ai dit cela ?
ALCMENE.
Sans doute, vous me l'avez dit, et méme en présence de Sosie.
AMPHITRYON (à Soste).
M'as-tu entendu faire ce récit ?
Où l'aurais - je entendu ?
AMPHITRYON
Tu peux le lui demander.
SOSIE
Jamais, que je sache, rien de tout cela ne s’est dit en ma présence.
ALCMÈNE
Ce serait une chose merveilleuse, s'il osait vous démentir. | AMPHITRYON.
Sosie, regarde-moi bien.
SOSIE
Je vous regarde.
AMPHITRYON
Dis-moi librement la vérité ; je le veux. M'as-tu entendu dire à ma femme ce qu'elle nous affirme avec tant de confiance ?
SOSIE. | Eh ! je vous le demande : perdez-vous aussi l'esprit, pour me
Qui ipsus equidem nunc primum istanc tecum conspicio simul.
AMPHITRUO.
Quin nunc, mulier, audin' illum?
| ALCUMEN A.
Ego vero; ac falsum dicere.
AMPHITRUO.
Neque tu illi, neque mi viro ipsi credis?
! ALCUMEN A.
Eo fit, quia mihi Plurimum credo, et scio ista haec facta, proinde ut " proloquor. Tun' me heri advenisse dicis ?
ALCUMEN A.
Tun' te abisse hodie hinc negas?
AMPHITRUO.
Nego enimvero, et me advenire nunc primum aio ad te domum. | ALCUMENA. | Obsecro, etiamne hoc negabis, te auream pateram mihi Dedisse dono hodie, qua te illic donatum esse dixeras? AMPHITRUO.
Neque edepol dedi, neque dixi : verum ita animatus fur, Itaque nunc sum , ut ea te patera donem.: sed quis istuc tibi Dixit ?
ALCUMENA.
Ego quidem ex te audivi, et ex tua adcepi manu
Pateram.
faire une semblable question à moi, qui, comme vous, n'ai vu ma maítresse que dans ce moment ?
(00 .ABNPHITRYOR.
Eh bien, Alcméne, l'entendez-vous? - ALCMENE, — Oui, je l'entends mentir.
AMPHITRYON
Vous ne croyez donc ni lui, ni moi qui suis votre époux ?
ALCMÈNE
Non. Et cela parce que je me crois de préférence, et que je sais bien que les choses se sont passées comme je le dis.
AMPHITRYON
Ainsi, vous prétendez que j'arrivai hier.
Et vous, vous niez que vous êtes reparti aujourd'hui, à l'instant même ?
AMPHITRYON. | Sans doute, je le nie; et je soutiens que j'arrive aujourd'hui pour la premiere fois.
ALCMEN E.
Voyons, nierez-vous aussi ce que je vais vous dire? n'aije pas reçu de votre main, aujourd'hui, une coupe d'or dont vous m'assuriez qu'on vous avait fait présent?
AMPHITRYON
Certes ! je ne vous ai rien donné; jene vous ai rien dit : j'élais et je suis encore dans l'intention de vous offrir cette coupe d'or'; majs qui vous en a parlé?
ALCHÈNE.
Vous-même, et je la tiens de votre main.
AMPHITRUO.
Mane , mane, obsecro te ; nimis demiror, Sosia. Qui illaec illic me donatum esse aureh patera sciat, Nisi tu dudum hanc convenisti, et narravisti haec omnia. SOSIA.
Neque edepol ego dixi, neque istam vidi, nisi tecum simul. AMPHITRUO.
Quid hoc sit hominis *?
Vin' proferri pateram? | Proferri volo.
ALCUMENA. | Fiat : tu Thessala intus pateram proferto foras, Qua hodie meus vir donavit me.
AMPHITRUO.
Secede huc tu, Sosia.
Enimvero illud praeter alia mira miror maxume, Si haec habet pateram illam.
' SOSIA.
An etiam id credis, quae in hac cistellula Tuo signo obsignata fertur?
AMPHITRUO.
Salvum signum est?
SOSIA.
Inspice.
AMPHITRUO.
Recte, ita est ut obsignavi.
AMPHITRYON
Un moment ! attendez je vous prie. (71 Sosie. ) Sosie, je ne reviens pas de ma surprise. Comment saurait-elle que j'ai recu cette coupe , à moins que tu ne m'aies devancé ct que tu ne lui aies tout raconté ?
^ SOSIE
Je n'ai pu lui rien dire , puisque je ne l'ai vue qu'en méme temps que vous.
AMPHITRYON
Quelle femme ai-je là ?
Voulez- vous que je fasse apporter la coupe?
AMPHITAYON.
J'y consens de bon cœur.
ALCMkNE (à Thessala].
Soit. Thessala, va chercher là dedans la coupe dont ton maître m'a fait présent aujourd'hui, et apporte-la ici.
AMPHITRYON
Approche, Sosie : je suis en effet on ne peut plus curieux de voir si la coupe va se trouver. |
| SOSIE
Pouvez-vous le croire ? nous l’apportons dans cette cassette scellée de votre cachet.
AMFHITRYON.
Le cachet est-il bien entier ?
SOSIR.
Regardez.
AMPHITRYOR.
Le voilà bien comme je l'ai apposé.
ro AMPHITRUO. ACT. II. SCEN. II.
SOSIA.
Quaeso quin tu istanc jubes Pro cerrita circumferri.
AMPHITRUO, Edepol quin facto est opus.
Nam haec quidem edepol larvarum plena est.
ALCUMENA.
Quid verbis opu' st?
THESSAL A.
Hem tibi pateram : eccam. Cedo mihi, ALCUMEN 4A.
" Age, adspice huc sis nunc jam, Tu, qui quae facta inficiare : quem ego jam hic convincam palam.
Estne haec patera qua donatus illi?
AMPHITRUO.
Summe Jupiter!
Quid ego video? haec ea 'st profecto patera : perii! Sosia. SOSIA.
Aut pol haec praestigiatrix muñer multo maxuma est, Àut pateram hic inesse oportet.
AMPHITRUO.
Agedum, solve cistulam.
SOSIA.
Quid ego istam exsolvam ? obsignata st recte : res gesta est bene. |
AMPHITRYON. ACT. IL SCEN. IL. ‘aura
SOSIE
Que ne faites-vous traiter votre épouse comme une personne frappée par la colère de Cérès (6).
AMPHITRYON
Elle en aurait ma foi grand besoin; car elle est visionnaire(7).
ALCMENE.
À quoi bon tant de paroles ?