PASSAGES INTERCALÉS
AMPHITRYON
Tv me sacrifieras, toi, bourreau! À moins que les dieux ne me fassent subir quelque métamorphose (1), je veux que tu succombes sous les coups d'étriviéres, digne victime de Saturne(2). Je te ferai pendre ou mourir à petit feu. Sors donc, coquin | sors.
MERCURE
Crois-tu m'en imposer par tes menaces, ombre chétive (3)!
Si tu ne décampes au plus vite, ou si tu continues de frap-
per à cette porte; si tu la touches seulement du bout du
doigt, je t’aplatirai si bien la tête avec cette tuile, que tu en cracheras la langue et les dents.
AMPHITRYON
Toi, pendard ! tu me défendras l'entrée de ma maison? tum'empécheras de frapper à ma porte? je l'arracherai plutôt avec ses gonds,
MERCURE
Finiras-tu ?
Non.
MERCURE (ll lui jette une tuile).
Tiens, voilà pour toi.
- AMPHITRYON
Scélérat ! sur ton maître ! si tu tombes aujourd'hui entre mes mains, je t'arrangerai de manière à t'en souvenir toute la vie. |
| MERCURE
Le vin te fait tourner la tête, vieux fou (4).
AMPHITRUO.
Qui dum?
MERCURIUS
Quando tu me tuum servom censes.
AM PHITRUO.
Quid ? censeo?
MERCURIUS
Malum tibi : praeter Amphitruonem herum novi neminem.
AMPHITRUO.
Num formam perdidi? Mirum quin me norit. Sosia. Scrutabor: eho dic mihi, quis videor? num satis Àmphitruo ? | MERCURIUS.
Amphitruo! sanusne es? Nonne tibi praedictum , senex, Bacchanal te exercuisse, quom qui sis, alium rogites ? Abscede, moneo : molestus ne sies, dum Amphitruo Cum uxore, modo ex hostibus adveniens, voluptatem
capit.
Qua uxore?
MERCURIUS
Alcumena. | AMPHITRUO.
Quis homo?
MERCURIUS
Quoties vis dictum ? Amphitruo.
Herus meus. Molestus ne sies. |
AMPHITRYON. ACT. IV. SCÉN. II. 158 AMPHITRYON, Comment, coquin? | MERCURE.
Tu me prends pour ton esclave.
MEN AMPHITRYON
Pour qui donc te prendrais-je?
. MERCURE. | Les dieux te confondent ! je ne connais pour maître qu'Amphitryon.
AMPHITRYON
Hé ! ne suis-je plus le méme? Sosie peut-il me méconnaître ? je veux m'en éclaircir. Oh! dis-moi : ne vois-tu pas bien que je suis Amphitryon ?
| MERCURE
Amphitryon ! vieux radoteur, as-tu perdu l'esprit? Je te l'ai dit, le vin trouble ta raison, puisque tu demandes à un autre qui tu es. Va-t-en, je t'en avertis, et ne t'avise plus d'importuner mon maître Amphitryon, qui, de retour de la'rmée, aujourd'hui méme, est dans les bras de son épouse.
AMPHITRYON
Quelle épouse ?
MERCURE
Alcmène.
AMPHITRYON
De quel homme me parles-tu ?
MERCURE
D'Amphitryon, mon maître. Combien de fois faut-il tele répéter ? Ne m'importune pas davantage.
AMPHITRUO.
Quicum cubat?
MERCURIUS
Vide ne infortunium quaeras, qui me sic ludifices? |». AMPHITRUO.
Dic quaeso , mi Sosia.
MERCURIUS
Blandiris! cum Alcumena.
AMPHITRUO.
In eodemne Cubiculo?
MERCURIUS
Imo, ut arbitror, corpore corpus incubat.
Vae misero mihi! MERCU RIUS.
Lucri st, quod miseriam deputat : nam uxorem usurariam Perindeest praebere, ac siagrum sterilem fodiendum loces.
AMPHITRUO.
Sosia.
MERCURIUS
Quid, malum Sosia!
| AMPHITRUO.
Non me novisti, verbero?
MERCURIUS
Novi te hominem molestum , qui ne emas litigium. AMPHITRUO.
Adhuc Amplius: nonne ego herus sum tuus Amphitruo ?
AMPHITRYON
Avec qui, dis-tu, qu'il est couché?
MERCURE
Tu cours après ton malheur, en me jouant de la sorte : prends-y bien garde.
AMPNITRYON.
Explique-toi plus clairement, mon cher Sosie. MERCURE.
Bon! Tu me flattes. Il est couché avec Alcméne. AMPHITRYON.
Dans la méme chambre? MERCURE.
Oui; et je crois qu'ils se touchent de fort près.
AMPHITRYON
Que je suis malheureux !
MERCURE (à part).
Il a tort de se plaindre ; car prêter sa femme, c’est donner un terrain en friche à cultiver et à rendre fertile.
AMPHITRYON
Sosie, MERCURE.
Que le ciel te confonde ! avec ton Sosie.
AMPHITRYON
Tu ne me connais donc pas, fripon ?
MERCURE
Je te connais pour un homme importun qui me cherche noise....
AMPHITRYON
Encore une fois : ne suis-je pas ton maître Amphitryon ?
MERCURIUS
Tu Bacchus es, Haud Amphitruo. Quoties tibi dictum vis? num denuo? Meus Amphitruo uno cubiculo Alcumenam complexu tenet.
Si pergas, eum hic sistam, neque sine tuo magno malo.
AMPHITRUO.
Cupio adcersi. Utinam ne pro benefactis hodie patriam,
Aedis , uxorem, familiam cum forma una perduam!
Adcersam equidem : sed de foribus tu interea. sis vide. Credo jam quae volebat sacrificia ad epulum conduxit.
$1 molestus sis, evades numquam , quin te sacruficem.
SCENA III
AMPHITRUO, BLEPHARO, SOSIA.
AMPHITRUO.
Di vostram fidem! quae intemperiae nostram agunt fa- ... miliam! quae mira Video, postquam advenio peregre! nam veru 'st, quod ' olim est auditum Fabularier, mutatos Atticos in Arcadia homines , Et saevas belluas mansitasse, nec unquam denuo parentibus . Cognitos.
MERCURE
Tu es Bacchus et non pas Amphitryon. Combien de fois faudra-t-il te le dire? Encore un coup, mon Amphitryon, à moi, tient en ce moment, dans ses bras, son épouse Alcmène. Si tu continues, je vais le faire venir et tu t'en repentiras.
AMPHITRYON
Parbleu ! fais-le venir; j'en serai ravi. Plaise aux dieux que pour prix de mes services, je ne me voie pas enlever à la fois aujourd'hui ma patrie, ma maison, ma femme, mes parents et jusqu'à mes traits !
MERCUBE,
Soit! jele ferai venir... Mais éloigne-toi de cette porte ; je tele conseille. Je crois qu'il a achevé le sacrifice qu'il voulait faire, et que le festin va commencer(5). Si tu me fâches, tu pourrais bien ne pas m'échapper et me servir de victime.