‹ Théâtre complet des LatinsChapitre 39 sur 122 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

AMPHITRYON, BLÉPHARON, SOSIE.

AMPHITRYON (à part, sans étre vu, el sans voir

Blépharon et Sosie).

Dieux immortels! quelles illusions égarent ma famille! combien vois-je de prodiges à mon arrivée! Non, non : je ne doute plus des choses étonnantes que l'on nous a racontées des habitants de l’Attique, changés autrefois en bêtes sauvages dans l’Arcadie et méconnus depuis de leurs propres parents (1). |

BLEPHARO.

Quid illuc Sosia? magna sunt, quae mira praedicas. Ain tu alterum te reperisse domi consimilem Sosiam? | SOSIA. | Aio : sed heus tu, quom ego Sosiam, Amphitruonem Amphitruo, quid scis an Tu forte alium Blepharonem parias ? O di faciant, ut tu quoque Concisus pugnis et inlisis dentibus id inpransus creduas. Nam ego, ille alter Sosia, qui illic sum , me malis mulctavit modis.

BLEPHARO.

Mira profecto: sed gradus condecet grandire: nam, ut video, Exspectat Amphitruo, et vacuus mihi venter crepitat. AMPHITRUO.

Et quid aliena Fabulor? in nostro olim Thebano genere plusquam mira memorant , Martigenam ile adgressus belluam magnus Europae quaestor, anguineo . Repente hosteis peperit seminio : et pugnata illac pugna Frater trudebat fratrem hasta et galea: et nostrae auctorem gentis Cum Veneris filia angueis repsisse tellus Epirotica Vidit. De summo, summus Jupiter sic statuit, sic fatum habet. | Optumi omnes nostrates, pro claris factis, diris aguntur

malis.

Que me dis-tu là, Sosie! tu me racontes des prodiges, des choses incroyables. Comment! il s'est trouvé chez vous un autre Sosie qui te ressemble !

SOSIE

Je vous le répète : mais vous, comme j'ai produit un autre Sosie et mon maître un second Ámphitryon, que savez-vous si vous ne produirez pas aussi un autre Blépharon? Fassent les dieux, si vous en doutez encore, que, comme moi, sans avoir diné, meurtri de coups de poings et les dents rompues, vous en ayez la preuve : car, à vous dire Vrai, ce Sosie, cet autre moi, qui suis là-dedans, m'a traité d'une cruelle manière.

BLÉPHARON.

Cela est merveilleux, certainement. Mais il convient de háter le pas : ton maître nous attend avec impatience, et je sens que j'ai l'estomac vide.

AMPHITRYON ( il continue).

Mais, pourquoi m'arréterà des aventures étrangères (9)? Les annales de Thèbes m'en fournissent d'aussi merveilleuses (3). Le fondateur de notre ville, ce prince illustre et courageux qui fut envoyé à la recherche d'Europe, ayant combattu un horrible serpent que Mars avait engendré (4), n’en eut pas plutôt semé les dents, qu'il en naquit (5) autant d'ennemis € tre lesquels un combat sanglant s'engagea; le frère se jeta sur son frère, armé comme lui d’un javelot et d'un bouclier, L'Épire n'a-t-elle pas vu Cadmus, l'auteur de notre race, et Hermione sa femme, fille de Vénus (6), ramper sous la forme de deux serpents? Ainsi l'a ordonné du haut du ciel la souverain Jupiter (7). Tel est l'arrét du destin! tous ceux

Fata istaec me premunt, pertolerarem vim tantam, cla-

desque Exanclarem" inpatibiles.

SOSIA.

Blepharo.

BLÉPHARO.

Quid est ?

SOSI A.

Nescio quid mali suspicor.

BLEPHARO.

Quid?

SOSIA.

Videsis, herus salutator obpessulatas ante foreis graditur. BLEPHARO.

Nihil est, famem expectat obambulans'.

| SOSI A.

Curiose quidem : foreis enim Clausit, ne praevorteretur foras.

| BLEPHARO.

Obgannis.

S OSIA.

Nec gannio , nec latro.

Si me audias, observes. Nescio quid secum solus : puto, Rationes conligit! quid memoret, hinc excipiam, ne propera.

| . AMPHITRUO.

Ut metuo, ne victis hostibus di partam expungant gloriam.

Totam miris modis nostram video turbatam familiam.

de notre maison, pour prix de leurs exploits, sont exposés à des malheurs sans nombre ; le méme sort me poursuit : il me faudra souffrir patiemment, et supporter des disgráces

inexprimables.

SOSIE

Blépharon.

BLÉPHARON.

Qu'y a-t-il ?

SOSIE

Je crains quelque mésaventure.

BLÉPHARON.

Pourquoi ? | SOSIE.

Voyez-vous mon maître se promener comme un courtisan (8) qui attend qu'on lui ouvre la porte.

BLÉPHARON.

. Ce n’est rien. Il se promène pour gagner de l’appétit. SOSIE. | Vous avez raison ; il aura fermé la porte pour empêcher la faim de sortir du logis.

BLÉPHARON.

Que viens-tu me conter ?

| SOSIE

Il ne faut pas dire que viens-tu me conter. Voyez comme il a l'air de réfléchir; il parle seul; je pourrais d'ici comprendre tout ce qu'il dit : n'avancez pas.

AMPHITRYON fà part).

Je crains fort que les dieux ne m'enlévent l'honneur de la victoire que j'ai remportée sur les ennemis. Toute ma maison, je le vois, est singulièrement agitée. Ma femme s'est

Tum vero uxor vitio , stupro, dedecore me plena enicat.

Sed de patera miru ’st : erat tamen signum obsignatum probe. |

Quid enim? pugnas pugnatas proloquuta, et Pterelam obpugnatum,

. Nostris obcisum manibus fortiter. At! at! novi jam ludum:

Id Sosiae factu 'st opera, qui me hodie quoque prae-

sentem ausit

Indigne praevortier.

SOSIA.

De me loquutus, et quae velim minus.

Hominem ne congrediamur, quaeso priusquam stomachum detexerit”.

| BLEPHARO.

Ut lubet.

AMPHITRUO.

Si illum datur hodie mastigiam adprehendere ostendam quid sit Herum fallere, minis et dolis incessere.

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