BRO MIA
Je le sais.
AMPHITRYOX..
Regarde-mai bien.
BROMIA.
Je vous reconnais bien. ;
Elle est donc la seule de la maison qui n'ait point perdu l'esprit.
BROMIA.
Ássurément, nous sommes tous sains de corps et d'esprit. AMPHITRYON.
Oui, mais la conduite de ma femme me fera devenir fou. BROMIA.
Il me sera facile de vous faire changer de langage. Vous
verrez que ma maîtresse est chaste et vestueuse ; je vais vous l. 19
194 — AMPHITRUO. ACT. V. SCEN. I.
De ea re signa atque argumenta paucis verbis eloquar. Omnium primum Alcumena geminos peperit filios.
AMPHITRUO.
Ain tu geminos?
BROMIA.
Geminos.
AMPHITRUO.
Di me servant,
BROMIA.
| Sine me dicere, Ut scias tibi tuaeque uxori deos esse omnes propitios. A MPHITRUO.
Loquere.
BROMIA.
Postquam parturire hodie uxor obcoepit tua, Ibi utero exorti dolores, ut solent puerperae: Invocat deos immortales, ut sibi auxilium ferant, Manibus puris, capite operto : ibi continuo contonat Sonitu maxumo: aedis primo ruere rebamur tuas. Aedes totae confulgebant tuae, quasi essent aureae. AM PHITRUO.
Quaeso absolvito hinc me extemplo, quando satis deluseris.
Quid fit deinde?
BROMIA.
Dum haec aguntur, interea uxorem tuam Neque gementem, neque plorantem nostrum quise?" audivimus :, Ita profecto sine dblore peperit.
AMPHITRYON. ACT. V. SCÈN.L 195
en donner la preuve en peu de mots. D'abord vous saurez . qu'Alcméne vient de mettre au monde deux jumeaux. AMPHITRYON.
Deux jumeaux, dis-tu ?
BROMIA.
Deux garçons.
AMPHITRYON
Les dieux me protègent (4)!
BROMIA.
Laissez-moi achever, et vous apprendrez combien ils vous ont tous été propices, ainsi qu'à votre épouse. |
AMPHITAYON.
Parle.
BROMIA.
Aussitôt qu'elle a commencé à ressentir les premières douleurs de l'enfantement elle s'est empressée d'invoquer les dieux immortels et de les appeler à son aide, aprés avoir purifié ses mains (5) et restant la téte découverte (6). Tout à coup le bruit du tonnerre se faitentendie ; la maison en a tremblé au point que nous pensions qu'elle allait s'écrouler : elle brillait d'un éclat si vif qu'on aurait cru qu'elle était d'or.
AMPHITRYON
Achève, de grâce ! tu t'es assez divertie. Qu'est-il encore arrivé ?
BROMIA.
Au milieu de ce fracas, votre épouse, sans que personne d’entre nous eût entendu une plainte, un soupir, est accouchée sans douleurs.
196 AMPHITRUO. ACT. V. SCEN. I.
AMPHITRUO.
Jam istuc gaudeo, Ut ut erga me merita est.
BROMIA.
Mitte isthaec, atque haec, quae dicam , adcipe. Postquam peperit pueros , lavere jussit nos: obcoepimus. Sed puer ille, quem ego lavi, ut magnus est et multum valet! '" Neque eum quisquam conligare quivit incunabulis.
AMPHITRUO.
Nimia mira memoras : si isthaec vera sunt, divinitus Non metuo quin meae uxori latae subpetiae sient. | BROMIA.
Magis jam faxo mira dices : postquam in cunas conditu ‘st, Devolant angues jubati deorsum in impluvium duo. Maxumi : continuo extollunt ambo capita.
| AMPHITRUO.
| Hei mihi!
BROMIA.. | Ne pave : sed angues oculis omnis circumvisere. Postquam pueros conspicati, pergunt ad cunas citi. Ego cunas^ recessim rursum vorsum trahere et ducere, Metuens pueris, mihi formidans : tantoque aggues acrius Persequi. Postquam conspexit angues ille alter puer, Citus e cunis exsilit, facit recta in anguis impetum; Alterum altera adprehendit eos manu perniciter.
AMPHITRUO.
Mira memoras : nimis formidolosum facinus praedicas.
AMPHITRYON
J'en suis ravi, quels que soient les torts qu'elle a envers moi,
| BROMIA.
Laissez là vos idées. Écoutez ce que je vais vous raconter. À peine les deux enfants avaient-ils vu le jour, que ma maîtresse nous a ordonné de les laver. Nous avons obéi : mais l'enfant que j'ai lavé, comme il est grand f comme il est robuste! pas une de nous n'a pu l'emmailloter dans son berceau.
AMPHITRYON
Ge que tu me dis là surpasse toute croyance. Si tu ne m'en as point imposé, les dieux, je n'en doute pas, ont comblé ta maîtresse de leurs bienfaits.
| BROMIA.
Ce qui me reste à vous dire va bien plus vous surprendre. Aprés avoir placé l'enfant dans son berceau, deux serpents énormes , entrelacés et couverts de poils, se sont élancés de dessus la maison et sont entrés en redressant leurs tétes.
AMPHITRYON
Malheur à moi!
BROMIA.
Rassurez -vous. À peine en promenant leurs regards de tous côtés ont-ils aperçu les deux enfants, qu'ils se sont élancés sur eux avec impétuosité. Plus je m'efforcais de reculer les berceaux , tantót d'un cóté, tantót d'un autre (7), tremblante pour moi et pour les deux enfants, plus les serpents redoublaient de fureur. Enfin le plus vigoureux des enfants se débarrasse de ses langes, en fixant les deux monstres ; il se jette hors du berceau ; il saisit les deux serpents et les serre avec force l'un et l'autre dans chacune de ses mains (8).
| AMPHITRYON
Tu me rapportes là des merveilles étonnantes, un événe-
198 AMPHITRUO. ACT. V. SCEN. I.
Nam mihi horror membra misero percipit dictis tuis. Quid fit deinde? porro loquere.
BROMIA.
Puer ambo angues enicat.
Dum haec aguntur, voce clara exclamat uxorem tuam. AMPHITRUO.
Quis homo ?
BROMIA.
Summus imperator divum atque hominum Jupiter. Ts se dixit, cum Alcumena clam consuetum cubilibus, Eumque filium suum esse, qui illos angues vicerit: Alterum tuum esse dixit puerum. | AMPHITRUO.
Pol me haud poenitet, Scilicet boni dimidium mihi dividere cum Jove. Abi domum, jube vasa pura actutum adornari mihi, Ut Jovis supremi multis hostiis pacem expetam. Ego Tiresiam conjectorem advocabo, et consulam Quid faciundum censeat ; simul hanc rem ut facta est eloquar.
Sed quid hoc? quam valide tomuit! di obsecro vostram fidem! |
ment bien étrange dont le seul récitme fait frissonner ; mais, achève : qu'en est-il résulté?
BROMIA.
L'enfant a étouffé les deux serpents, alors méme on a appelé votre épouse à haute voix.
Ped
AMPHITRYON
Qui? !
| BROMIA. | |
Le grand Jupiter, le souverain des dieux et des hommes.
Il a dit : « Qu'il avait partagé secrètement le lit d’Alcmène,
et que l'enfant qui avait étouffé les deux serpents, était son fils; que, pour vous, vous étiez le père de l'autre enfant. »
AMPHITRYON
En vérité je ne suis point fâché de partager ainsi la moitié de mon bien avec Jupiter (9). Retourne à la maison ; fais promptement purifier les vases qui servent aux sacrifices, afin d'obtenir par mon hommage les bontés de Jupiter. Je m'en vais consulter le devin Tirésias pour apprendre de lui ce qu'il me reste à faire. Je ne lui cacherai rien de ce qui s'est.passé. [Ici le tonnerre se fait entendre.) Mais, qu'entends-je ? la foudre gronde. Dieux puissant: , jevous implore !