DISSERTATION. XX VI
oreille aussi délicate que celle de Servius était frappée de la différence, elle ne pouvait provenir que de la facilité qu'il avait remarquée dans les vers du poète, et qu'il ne retrouvait plus dans ceux qui lui avaient été faussement attribués. |
' Volcatius Sédigitus et Aulu-Gelle accordaient la palme au poéte dramatique. Le premier lui attribuait la seconde place entre les comiques latins; l'autre reconnaissait en lui le plus élégant des auteurs qui aient enrichi la langue latine.
| Macrobe regardait Plaute et Cicéron comme les hommes les plus éloquents. Cette comparaison ne parait pas rigoureusement exacte , mais elle n'est pas sans fondement. Saint Jéróme comparait l'élégance de Plaute | et de son sel attique au langage des muses; il admirait son style, et il avoue dans ses lettres ( Epistola ad Eustochium de custodia virginitatis), qu'il éprouvait quelque consolation enle lisant. Ce grand docteur ne craignait pas méme de l'expliquer aux enfants dont l'instruction lui aváit été confiée , ni de leur en recommander la lecture.
Les sentiments des critiques modernes, quoique plus rigoureux , se réunissent à ceux: des anciens en faveur du mérite de ce comique, dont notre incomparable Molière asurpasséavectantd'avantage lesbeautésmultipliées.
Siles modernes ont partagé l'enthousiasme que Plaute commandait à ses contemporains, ils ne se sont point, comme eux, dissimulé ses imperfections.
. «Il my a, dit Marmontel, qu'une voix sur la beauté
' xxvlij DISSERTATION.
« des pièces de Plaute. Chez lui tout est plein d'action, « de mouvement et de feu : son génie aisé, riche et fe- « cond, ne laisse jamais languir le théâtre; ses intrigues « sont bien nouées et conformes à la qualité des acteurs; « ses incidents sont.trés-variés; il a le talent de faire plus « agir que parler. Plaute est mis au sombre des auteurs « de la comédie nouvelle : l'ancierme ne put jamais s allier . «avec la gravité des mœurs romaines. »
Le même critique ajoute beaucoup à l'éloge, quand il parle des ressources quele poéte comique trouvait dans son propre génie, dont la fécondité lui paraît inépuisable : mais il lui reproche de se laisser trop aller au goût du peuple , en employant trés-fréquemment des plaisanteries basses et vulgaires ; il ne semble pas néanmoins partager l'opinion d'Horace et de Cicéron.
« Plaute, dit-il, méritait un peu: plus d'indulgence. « On convient qu'il a plus souvent consulté le goüt du « peuple que celui des chevaliers romains ; mais la poésie « dramatique ne faisait que de naitre à Rome. Accoutumé « aux railleries grossières et aux méchantes plaisanteries « qui faisaient, pour ainsi dire, l'essence des anciennes . « piéces satiriques , le peuple aurait-il été capable de sai- « sir les parfaites beautés de l'art, si Plaute les lui eût « présentées? Il fallait, pour réussir, se conformer : au « goût régnant. » |
J'avoue que je suis loin d'adopter sans restriction ces moyens de justification en faveur de Plaute; on a dû rencontrer, dans les siècles passés, des bommes dé goût,
DISSERTATION. xxix de bons juges, et je pense qu'il serait ridicule d'accorder à la multitude le droit de guider la marche du génie. N'est-ce pas, au contraire, au génie seul qu'il appartient de guider, d'entrainer méme la multitude? Plaute aurait tout aussi-bien réussi en copiant moins rigoureusement ceux dont il traduisit les comédies et en rendant son art plus parfait.
Il se serait immortalisé si, comme Molière, il avait travaillé moins pour le temps où il vivait que pour les siécles à venir; quoique pourtant les circonstances oü ces deux poétes furent placés offrent une différence bien sensible, ainsi que je le démontrerai en terminant cette Dissertation. 1l me reste maintenant à faire. connaitre les comédies de Plaute, qui sont, comme il a été dit, au nombre de vingt. - |
I. L Amphitryon est la première de ces pièces dans toutes les éditions. Une main inconnue aux commentateurs s'est permis d'ajouter à cette comédie plus de cent vers; ils sont placés après la seconde scène du IVe acte. Taubmann les a rejetés à la fin de son édition, et ces vers se trouvent à la p. 1271 et suivantes. Vossius (De Pitüs sermonis, lib. I. cap. XXVII) rapporte que ces vers ont un certain air d'antiquité, mais qu'il sont fort éloignés, par leur enflure, du style du poète de Sarsines. L'4mphitryon, que l’auteur appelle lui-même, une tragico- comédie ( dans le prologue, vers 59),a été traduit en espagnol par Don Villabolos. Rotrou l'a imitée en vers francais; mais il était réservé à Molière