SCENE IV
I. — Concedite atque abscedite. Plaute , à l'exemple d'Aristophane, lance un trait de satire contre les auteurs dramatiques de son temps,
qui ne pouvaient déméler une intrigue qu'en introduisant un esclave
qui venait fort à la hâte pour annoncer l'arrivée d'un vaisseau, celle
d’un vieillard irrité, etc. Térence a également blâmé cette conduite des auteurs, dans le prologue de l’Heautontimorumenos : « Ne ille pro se dietum existumet + Qui nuper fecit servo currenti in via decesse populum. »
Cependant il parait que ce genre de plaisanterie, de la part des esclaves, était du goüt des spectateurs, puisque Plaute et Térence euxmémes en fournissent plusieurs exemples.
2. — Nam mihi quidem , hercle. J'ai déjà dit que Plaute fait jurer Mercure par Hercule qui n'est pas encore au monde. Les uns crient à l'anachronisme; les autres prétendent que c'est l'Hercule égyptien qui est l'objet de cette invocation; comme si l'on n'apercevait pas aisé-
ment que le poéte, entraîné par l'habitude, a pu prendre Hercule à témoin.
3. — Dum modo id fiat bono. Plusieurs imterprétes pensent qu'il faudrait entendre ainsi ce passage : « pourvu que Lon ne viole point les lois. » Cette interprétation n'est guére d'accord avec la conduite du plus grand des dieux, qui a ordonné de chasser Amphitryon de chez lui. Mercure a beau faire pour justifier Jupiter. Je soupconne que, par des raisons de convenance ou de religion, le poéte s'est cru obligé de faire parler ainsi Mercure , afin de ne pas laisser supposer que le maitre des dieux füt capable de faire le mal; ou bien il faut avouer " que la morale des anciens n'était pas très-sévère.
4. — Faciam ut sit madidus sobrius. La plaisanterie tombe sur madidus, arrosé, trempé, soit en dehors soit du dedans. C'est pourquoi Mercure dit qu'Amphitryon, sans avoir bu, ne laissera pas d’être bien arrosé; enfin le faux Sosie entend qu'il jettera de l'eau sur le général thébain, et cela parait par un vers que Nonnius cite sur le mot matella, vers qui se trouvera dans la seconde scène du quatrième acte.
5. — Ornatum capiam qui potis decet. Potis est le participe de poto.
ACTEIV, SCENE I.
1. — Quaæstionem inquisitem. Le mot questio signifie , en cette occasion , information , enquéte.
SUBPOSITA. | I. — Depuis le premier vers commençant par ces mots, un” me mates , carnufez? etc, jusqu'au premier vers de la scéne 5, une main
étrangère & suppléé à ce qui manquait aux anciens manuscrits. Les commentateurs ont rassemblé toutes les conjectures possibles sur l'auteur de ces vers intercalaires, sans avoir rien établi de positif. Ce qui paraît incontestable, c'est que ce supplément est fort ancien. L’injure des temps et la négligence des copistes en ont aussi altéré la pureté. On y trouve des passages dignes de Plaute; mais il en est qui ne portent nullement son cachet. Quoi qu'il en soit, en faisant observer à mes lecteurs que Nonnius cite beaucoup de vers compris dans ce supplément, je me suis vu forcé de renoncer à des recherches infructueuses, et dont le but serait de prouver ou de combattre l'authenticité de cette scéne et de celles qui la suivent immédiatement.