EX. VOTO
2. — Des arbitres justes et sans partialité, Les spectateurs ont été de tout temps les arbitres, les juges, à la juridiction desquels l'auteur et l'acteur sont rigoureusement soumis. Ici Plaute sollicite seulement par. quelques mots la bienveillance, la faveur du peuple. Mais sa méthode la plus ordinaire était d'exposer aux auditeurs, et pour son intérét particulier, le sujet de la pièce. Les prologues de 'lérence ne renferment que des plaintes et des injures contre Luscius Lanuvinus, qu'il appelle le vieux poéte. On blâme avec raison l'usage des prologues; on reproche même à Molière d'avoir en cela suivi l'exemple de Plaute. Mais on pourrait justifier les anciens à cet égard. Comme la plupart de leurs comédies se représentaient dans les fétes publiques, et sur des théâtres bien plus vastes que les nôtres; comme les esprits étaient plus distraits par l’idée des autres détails de la fête qui avaient précédé les représentations ou qui devaient les suivre ; comme le nombre prodigieux des spectateurs pouvait contribuer à détourner l'attention du public, les auteurs croyaient sans doute qu'il était indispensable de le préparer à écouter la pièce, en lui en exposant le sujet et même le dénouement. Ajoutons à ces considérations, que la comédie était à Rome dans son enfance, et que l'auteur flattait peut-étre l'amourpropre des spectateurs, en les mettant, pour ainsi dire, dans le secret de sa composition; en leur donnant une idée des difficultés qu'il avait à surmonter pour mériter leurs suffrages. Une raison qui ne me pa-
rait pas moins probable que les précédentes, c'est que ceux qui don-
naient les spectacles, ou bien les auteurs qui faisaient représenter leurs pièces, étaient obligés de faire aussi de trés- grandes dépenses, et qu'il était de leur intérét de ne pas les voir tourner en pure perte. Personne n'ignore que les auteurs qui ne se chargeaient pas de ces dépenses vendaient leurs piéces aux édiles, chez lesquels on en faisait l'essai, avant de les jouer sur le théâtre. On sait également que les acteurs qui se distinguaient par leurs talents en étaient récompensés. Il paraît donc que ces prologues, que le bon goüt réprouve de nos jours, avaient chez les anciens un but d'utilité. Voyez Gronovius, Thes. antiq. graec.
3. — Il a voulu que je me servisse du terme de prier. L'acteur, qui déjà confond l'action et la représentation, parle ici pour lui-même et pour celui qui est chargé du rôle de Jupiter. Il parait qu’il craint autant que son camarade d'être sévèrement puni, s’il ne remplit pas son rôle avec exactitude. Le Mercure et le Jupiter comédiens ne sont pas au-dessus de la fragilité humaine;aussi Mercure s'exprime-t-il avec le plus grand respect. I! appréhende le mal, formidat malum ; il est de condition mortelle, humana matre natus , humano patre.
4. — Pour étre leur juste interprète. On verra encore un exemple de ce genre de répétition, dans le prologue du Pseudolus.
5. — Dont mon père, souverain des dieux, était la première cause. La :
longue énumération des différentes divinités me porte à soupçonner que Plaute critique indirectement la manière dont quelques auteurs auraient fait parler des dieux subalternes étalant leurs bienfaits dans des tragédies, sans rendre grâce de ces bienfaits au grand Jupiter, seul auteur de tous les biens; et si je me reporte à ce que dit Cicéron dans le troisième livre de la Nature des Dieux, j'y vois que c'est offenser le maitre que de multiplier ainsi les divinités, pour les appeler à partager un hommage qui n'est dà qu'à lui.
« Quoique nous ayons élevé des temples à l'Intelligence, à la Vertu, à la Foi, nous ne laissons pas de sentir que ces choses dépendent uniquement de nous-mémes. Quant à l'Espérance, au Salut, au Secours et à la Vittoire, c'est des dieux qu'on doit les attendre. »
6. — Comme si je ne savais pas, moi qui suis dieu, etc. Ce passage semble
prouver que les anciens attribuaient à leurs dieux le pouvoir de coznaître les plus secrètes pensées du cœur humain. Aussi Plaute ajoute-
t-il : teneo quid animi vostri super hac re siet.
— 7. Une tragico-comédie. Une piéce qui tiendra du tragique et du eomique. L'auteur lui - méme donne une explication de ce mot dans
les deux vers suivants :
« Nam me perpetuo facere ut sit comoedia Reges quo veniant et di, non par arbitror. »
D'après un des préceptes de l'art, encore suivi de nos jours, il fallait chez les anciens, pour constituer une tragédie proprement dite, que des dieux ou des rois en fussent les principaux personnages sans interruption , perpetuo.
C'est icr l'occasion de faire. observer que dans l'origine de la tragédie et de la comédie, on ne donnait pas la méme acception que nous à ces deux mots.
Théomis, contemporain d'Oreste , Minos et Auléas qui le suivirent, et, selon Suidas, Epigènes de Sicyone, sont regardés par plusieurs auteurs comme les inventeurs de la tragédie. D’autres en attribuent l'invention à Thespis, et cette opmion est la plus accréditée. La tragédie, dans son origine , n'était qu'un hymne sacré, chanté et accompagné de danses en l'honneur de Bacchus qui, en tout temps , fut le protecteur des poétes. Les poémes de Thespis, inventeur de la tragédie, et ceux de Susarion , inventeur de la comédie, ne furent que des ébauches grossières qui n’appartiennent rigoureusement à aucun genre particulier. Il est donc facile de sentir qu'à cette époque, ni la tragédie ni la comédie ne dürent offrir rien de semblable à ce qu'elles offrirent après avoir été soumises à des règles fixes et constantes. Phrinicus, Áthénien et disciple de Thespis, fit faire de nouveaux progrès . à l'art tragique, en donnant, le premier, l'idée des masques de femmes dont les hommes se servirent ; car, dans les commencements, il n'y avait point d'actrices. Il composa neuf tragédies dont il ne nous reste, que les titres. Sa pièce sur le prise de Milet par Darius , renfermait des peintures si touchantes, qu'elles firent verser des larmes aux Athéniens; mais il eut bientôt lieu de se repentir d'avoir causé de si vives óno«
tions. Il fut chassé de la scène et condamné à une amende de mille drachmes, pour avoir rouvert une plaie si sensible à toute la nation. Mais ce n’est que depuis Eschyle que la tragédie prit des formes convenables, un caractère vraiment dramatique; comme ce n'est que depuis Epicharme, et surtout depuis Cratés, que la comédie commença à'mériter ce nom que les talents d'Aristophane étaient appelés à consacrer. Ainsi, la seule idée exprimée par le mot tragédie est celle-ci : chanson du bouc ou des vendanges. Le prix de cette chanson fut, comme on le sait, un bouc ou une outre de vin. Thespis célébra d'abord les actions mémorables de Bacchus, ses victoires , ses voyages, sa descente aux enfers, les fureurs des bacchanales. Voilà certainement l'origine de la tragédie; mais un personnage épisodique, représentant seul une action tragique, n'est point la véritable tragédie, qui d'ailleurs abandonna insensiblement les louanges de Bacchus. Le sage Solon ayant fait défendre à Thespis de jouer ses piéces dans Athènes, Thespis parcourut l'Attique avec ses acteurs dans des chars qui servaient de théâtre. Ils se barbouillaient de lie pour ressembler davantage à des satyres , injuriaient les auditeurs par des vers piquants, et toujours, pour récompense de leurs farces ridicules, ils recevaient un bouc qu'on immolait à Bacchus. C'est sans doute d'aprés ces piéces satiriques que Prutinas, autre poëte grec, imagina les satires, espèce de farce qu'on jouait après la tragédie. C'est à ces poémes informes que la comédie dut sa naissance , quoiqu'il soit vrai de dire qu'elle: ne se forma réellement que sur le modéle de la tragédie inventée par Eschyle, ou, pour m'exprimer avec plus de justesse, sur le Margitès, poéme satirique d'Homére. Voilà proprement l'époqué de la naissance de la comédie grecque qui date du siécle de Périclés. La comédie s'appelait primitivement /a chanson du bourg. |
L'an 38g de là fondauon de Rome, cette ville fut désolée par une peste que l'on crut ne pouvoir faire eesser que par l'institution des Jeux Scéniques, consacrés comme les autres jeux aux dieux de la répulique. Leur nom fut pris du mot grec s«#»#, qui signifie un lieu ombragé, une tente, des branches d'arbres dont anciennement on couvrait les théátres pour procurer de l'ombre aux acteurs. Cependant, hien avant l'institution des jeux scéniques ; les Romains avaient une
sorte de poésie dont les fêtes et la débauche furent le berceau , et
cette poésie ne fut autre chose que les vers saturniens et fescennins. La jeunesse romaine accueillit avec joie les jeux scéniques. On parvint à ôter peu à peu à ce genre de spectacle une partie de sa grossièreté. De là, ces troupes réglées dont les acteurs furent appelés. histrions, parce qu'en langage toscan , un baladin s'appelait hister, Ces premiers essais , connus sous le nom de satyres , durérent environ 220 ans , c'est à-dire jusqu'au consulat de C. Caudius et de M. Tuditanus, temps auquel parut le poéte Livius Andronicus, qui le premier a'su traiter des sujets suivis.
Je crois devoir, en terminant cette note, dire quelques mots des fables rhintoniques , espèces d’hilarodies qui tenaient de la comédie et de la tragédie. On les nomma rhintoniques, du nom de leur auteur Rhinton. Âthénée cite de ce poéte une pièce intitulée Amphitryon, qui pourrait bien étre l'original d'aprés lequel Plaute a composé le sien, et luia donné le titre de tragico-comédie.
8. — De vous demander que des inspecteurs. Dans Cicéron et dans Tite-Live , le mot conquisitores signifie ceux qui étaient chargés de lever des troupes, de faire des recrues, de découvrir les jeunes gens qui refusaient d'entrer au service militaire, ou que leurs parents retenaient auprès d'eux par un excès de tendresse. Plaute entend par cor quisitor, un inspecteur, un observateur, un surveillant, tels à peu prés que les commissaires chargés chez nous de la police des spectacles. Voy. Pitisc. Lexic. au mot conquisitores.
— 9. ll prit leur robe, pour lui tenir lieu de gage. L'usage des comédiens était de disputer à qui jouerait le mieux son rôle; celui qui l'avait emporté était sür d'obtenir une récompense. Nous avons vu plus haut qu'on chátiait ceux qui s'étaient mal acquittés de leurs rôles. Mais il paraît que du temps de Plaute, comme de nos jours, le vrai mérite avait des envieux , et les talents médiocres des protecteurs. Du temps de Plaute comme du nétre , les acteurs employaient quelquefois des moyens peu délicats pour remporter la palme; ou, ce qui n'est pss moins vraisemblable, l'unique désir d'obtenir le suffrage du public portait certains acteurs à recourir àla ruse. C'est pour cela, sans doute, que les acteurs distingués, forts de leurs talents, dédaignant une si
faible ressource, prenaient seulement la précaution de faire placer à chaque rang de gradins un inspecteur chargé d'empécher les cabales. Voy. Buleng. De Theat. Casal; De prófan. Roman. ritib.
10. —- Jupiter veut que les Ediles, etc. Plaute, depuis le vers 67 jusqu'au vers 72, a fait, d'une manière très-vive et très-détaillée , l'énumération des moyens employés par les cabaleurs, pour capter les suffrages ; c'est aussi une allusion aux intrigues des candidats qui sollicitaient les emplois publics. Il y avait deux sortes de brigues. La premiere , autorisée par les lois, consistait, en offrant ses services à la république à soumettre sa conduite à l'examen de ses concitoyens ; la seconde , ambitus dolo malo, était accompagnée des plus viles intrigues et de tous les moyens de corruption. Celui qui ne rougissait pas de s’en servir, était noté d'infamie. Voyez les lois portées à ce sujet dans le Clavis Ciceroniana, t. XXX des OEuvres complètes de Cicéron, *t mes remarques sur les discours de l'orateur romain. Les édiles dont parle Plaute en cet endroit, étaient les édiles curules revétus de la toge prétexte, et qui étaient chargés de la surveillance des jeux publics. Ils faisaient serment de n'accorder la palme qu'à celui qui l'avait méritée par ses talents. C'était une honte pour un citoyen romain d'étre dépouillé desa toge , parce qu'elle lui avait été donnée solennellement , et que e’était une distinction honorable.
11. — Et qu'on leur donnät les étrivières. Je priè le lecteur de se reporter aux deux notes précédentes. On peut entendre ces mots : uti. corium conciderent, du masque des acteurs qui était de cuir, et que Sosie parle d'arracher , et méme de déchirer.
15 Pi. L.. Sous l'habit d'un esclave. Le mot schema, dérivé du mot grec sxigea , signifie d’un esclave. Il signifie encore le geste, les manières. Voy. Buling. De Theat.
12. — Je vous préviens que je porterai ces petites plumes à mon chapeau.' Le poëte veut parler ici du pétase, chapeau de voyage ou de campagne, dont les bords étaient fort larges. Il ne faut pas le confondre avec le pileus dont les bords étaient beaucoup plus étroits , et dont la forme était aussi bien différente de celle du pétase , coiffure qui convenait à Amphitryon et à Sosie arrivant de l’armée, dont Jupiter et Mercure empruntent la ressemblance et les traits.
Je dois faire faire à mes lecteurs une autre observation. C'est par le mot chapeau que nous traduisons petasus. Mais le petasus dont il est ici question pouvait bien étre aussi un bonnet plat qui ne ressemblait à rios chapeaux qu'en ce qu'il avait de petits rebords. Mercure , le messager des dieux, est toujours représenté avec le pétase , le plus sou- , vent orné de petites ailes. Jupiter , dans cette piéce, porte comme je l'ai dit, un pétase, parce qu'il est sous la figure d'Amphitryon revenant de l'armée. Voy. Pitisc. Antig. rom.
13. — Mon père aura sous son chapeau les cheveux tressés, etc. Le pétase de Jupiter était orné d'une espéce de houpe , dit madame Dacier. Je ne vois rien qui justifie cette maniere de traduire. L'Amphitryon de Plaute étant imité d’une pièce grecque , le poéte , pour distinguer Jupiter du véritable Amphitryon , coiffé à la manière des Thébains , lui donne une coiffure grecque. Or, les Grecs avaient les cheveux bouclés et entrelacés d'un cordon d'or en forme de spirale. Ces boucles avaient une forme conique. Voilà le motif pour lequel j'ai adopté une autre manière de traduire ce passage.
14. — J'aperçois Sosie qui revient du. port avec une lanterne, Qu ne
saurait trop admirer l'excellent parti que Molière a tiré de cette lanterne. |
AGTE PREMIER.