‹ Théâtre complet des LatinsChapitre 67 sur 122 · ACTE IL SCÈNEL UU · texte numérisé non relu

ACTE IL SCÈNEL UU

I. — Etre les mains d'un magicien. Ce vers présente une idée bien comique ; mala manu signifie une méchante main. Amphitryon regarde L 20 39.

son esclave comme frappé par la main d'un magicien, et Sosie veut parler de la main de celui qui l'a rossé, c'est-à-dire du Sosie supposé. Je dois faire ex core observer ici que les magicienges se servaient plus souvent de la main que de la voix, pour répandre leurs poisons, quoiqu'elles employassent plutôt certains mots prononcés en chaftant, afin de. tromper plus facilement la erédulité du vulgaire. Virgile a exprimé les deux moyens dont je viens de parler, dans le vers suivant : .

» Spargere qui somnos cantu manuque solebat. » . SCÈNE IL.

1. — C'est une vertu qui comprend toutes les autres. Je n'ignore point que plusieurs interprètes tradnisent virtus par vertu, mais comme les antfiens la regardaient .comme la souree et le fondement de toutes les vertus , sans excepter la vertu guerrière; j'ai cru devoir traduire virfus par courage. Le courage est une vertu de l’âme, la valeur n'est une vertu que quand elle est unie au courage. D'ailleurs, le vœu que forme Alcmène dans le vers seizième, me porte à croire que j'ai saisi Ja véritable intention de Plaute. Je dois aussi faire observer que le eourago suppose cette force d'âme extraordinaire , dont il faut être véritablement doué pour pratiquer Ja vertu, pour triompher des vicissitades de la: fortune , pour surmonter ou pour supporter l'adversité, pour entreprendre de grandes choses, pour se dévouer sans réserve au bonheur des autres hommes, au salut de son pays:

Cet éloge du courage est bien placé dans la bouche d’une princesse de la Grève, Persanne n’ignore que les dames grecques et romaines excitaient elles - mêmes le. courage des guerriers , et alimentaient dans l’âme de leuxs épaux, de leurs enfants , l'amour de la patrie et de là

liberté. "Voy. sur le mot vire, Cic. Tuscul. IX et LIL | 2. — Sous mes ordres et sous d'heureux auspices. Les anciens n'entreprenaient rien sans consulter les augures, surtout en temps de guerre ;

c'est pourquoi il y avait. um lieu consagsé à cette cérémenie, et qu'ils nommaient augurale.

3. — Vous en serez quitte pour un sen! coup. Quelques critiques lisent ana te solvas, etc. Plante-veut dire qu'en parlent avec complaisance à

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ue bacchante dans les fureurs du vin, elle s'apaise et que l'on en est quitte pour un seul coup. —- Jrrüabis crabrones. (est une façon de parler proverbiale et figurée , qui signifie qu'il ne faut point irriter celui qui peut nous faite ou nous causer quelque mal.

4. — A Jupiter qui détourne les prodiges fanestes, C'est le même Jupiter que les Latins appellent averruncu i , et les Grecs &werjozaios, Ttjeeie»,

5. — Des saorifices. Le latin dit : mola salsa. Le nom de la meule est pris ici pour les grains moulus. C'était du froment ou de la farine de froment rótie et mélée avec du sel. On em mettait sur la tête de la victime; c'est là ce qui s'appelait immolare. Les Grecs , pour conserver la mémoire des premiers hommes , qui n'ayant point encore la connaissance des arts, vivaient des simples productions de la nature, les Grecs offraient , dis-je, les grains entiers, sans les faire passer par la menle, ni les assaisonner de sel.

. Les anciens étaient fort superstitieux sur l'article des songes , et ils avaient grand soin de les expier le matin par leurs prières et par leurs sacrifices. C'est ce qui a fait dire à Tibulle : « At natum in curas hominum genus , omnia noctis , Farre pio placant et saliente salo. »

« Les hommes nés pour les soins expient leurs songes, en offrant aux Dieux des grains d'orge et du sel pétillant. »

6. — Comme une personne frappée par la colère de Cérès. Les Greg, dit Madame Dacier , appelaient Ohynrpæxos, et les Latins cerritos, les | fous, les extravagants, comme ceux qui s'imaginaient avoir vu Ja déesse Cérés ; circumferri, terme pontifical, explique proprement la . cérémonie que l’on faisait pour guérir ces insensés ; car on faisait autour d'eux plusieurs tours avec du soufre , avec un flambeau et d'autres choses, en marmottant quelques paroles.

7. — Car elle est visionnaire. Le mot larva vient de lar, le foyer, ou de lares, les dieux domestiques. Les anciens distinguaient deux sortes de lares; les uns bons et bienfaisants, les autres malins, méchants, pernicieux , on les appelait /emures, lémures. Ces derniers passaient pour être les manes , ou les ombres de ceux qui ótant morts, aprés avoir mené

une vie criminelle, prenaient encore plaisir à remonter des enfers sur la terre , pour tourmenter le genre humain : ils couraient les rues la nuit, à peu prés comme nos lutins et nos loups-garoux : et tous ceux qui avaient le malheur de les rencontrer devenaient fous. Sosie compare plaisamment Alcmène à l'un de ces génies malins; il suppose dans sa maitresse l'intention d'user de prestiges, pour fasciner les yeux de son maître et les siens ; ou, comme je l'ai exprimé dans ma tra-

duction , il la croit visionnaire. ’

8. — Ezaminons , s’il vous plait, le cachet. Sosie engage son maitre à examiner si le cachet est bien le méme ; car cet esclave a lieu de craindre de devenir la victime d'une chose à laquelle il était étranger. Quand on donnait des lettres ou des paquets à quelqu'un , ou qu'on les ouvrait pour lui, la première chose que l'on faisait , c'était de lui faire remarquer le cachet.

9. — Sur le méme lit. Il est question des lits de table sur lesquels les anciens étaient couchés pour manger. C'est pourquoi , trois vers plus bas, pour dire un lit à dormir, Alcmène dit : is eodem lecto te-

cum una in cubiculo.

Io. — Serait - il devenu femme ? Voyez ma première note sur les passages intercalés.

11. — Pourrez - vous raisonnablement vous opposer au divorce ? Lorsqu’une femme était convaincue d’adultère , non-seulement le mari pouvait la répudier, mais encore il pouvait retenir sa dot. Voyez C. Casal. De Rit. Nup. cap. a. Ulpien , 3. De Adulterio. Laurent, De Adult. « Meretric. cap. 1 et 3.

13. — Je m'en irai puisque vous l'ordonnez. Le mot abire est un terme dont on se servait ordinairement quand on affranchissait les esclaves: car on Îeur disait ai , va-t-en. Alcmène vient de dire à Sosie : Abi hinc a me, dignus domino servos. Sosie feint de prendre le-mot dans le sens qu'on lui donnait au moment dg l'affranchissement. Voy. Pignorius , De Servis. |

NOTES ARCHÉOLOGIQUES. s31 ACTE IIL. E SCÈNE L.

Y. — J'habite les demeures élevées. On a fait, sur ce dernier mot, beaucoup de commentaires. Tous s'accordent à soutenir que dans l'intention de Plaute, c'est un mot à double sens, mis dans la bouche de l'aeteur, qui compare finement le galetas qu'il habite sous les tuiles, au haut de la maison, avec l'Olympe, demeure du maitre des dieux, dont il remplit le personnage; de maniére que ce vers convient à Jupiter qui est dieu, et à l'acteur qui le représente et qui n'est qu'un esclave. Pour moi, je partage, à ce sujet, l'opinion de Gueudeville et je ne vois rien d'équivoque dans le mot coenaculo. On attribue, dit-il, aux auteurs, surtout aux anciens, tant de choses auxquelles ils n'ont jamais pensé. Dans les Dialogues des Morts, Homère assure qu'on trouve chez lui quantité de mystères qui n’y furent jamais. D'ailleurs, c'est faire honneur au comique latin de croire qu’il n'a point voulu confondre la représentation avec l'action. Il ne

viole que trop souvent, à cet égard , les régles du théátre. SCENE II.

1. — Qu'il reconnait ses torts et mon innocence. ÀÁrrétons - nous un moment sur ce passage : « Aut satisfaciat mihi ille: atque adjuret insuper, nolle esse dicta... * Ces deux vers renferment les expressions dont les Romains avaient coutume de se servir, lorsqu'aprés avoir offensé quelqu'un, on demandait, devant témoin, pardon de l'offense à la partie lésée, en l'assurant qu'on voudrait n'avoir pas dit óu fait la chose dont elle se plaignait. On affirmait ensuite par serment, que la personne offensée était une personne d'honneur et qu'elle n'avait pas mérité cette injure. Ceux qui pardonnaient les offenses sans cette répa” | ration, passaient pour . des láches, puisqu'ils n'osaient l'exiger?

ou pour des gens bien vicieux qui n'avaient aucun espoir que

les lois ni les juges auraient vengé leur injure. Il s'agit, sans doute, des procédés qui attaquaient l'honneur ou la réputation, et contre lesquels la loi des XII Tables portait les peines les plus sévéres, Il est bon de remarquer que cette réparation ne déshonorait point ceux qui la faisaient, puisque Jupiter y consent à l'égard d'Alcméne,

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et que d'un autre côté, e’était une honte de ne pas l'éxiger. Ce moyen valait bien, sans doute, celui qui depuis plusieurs siècles fit tant de fois couler le sang humain, et priva la patrie de plus d'un héros.

Quant aux intentions du poéte dans ce passage, le lecteur sentira aisément combien l'amour-propre offeñsé dans une femme, avait de part au vif désir que témoigne Alcméne d'obtenir cette satisfaction ; je n'en reconnais pas moins les motifs légitimes qu'elle avait aussi de l'exiger pleine et entiére. '

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