‹ Théâtre complet des LatinsChapitre 84 sur 122 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

LÉONIDA, LIBAN.

Ov chercher à présent Liban, ou bien le fils de la maison? Comme je les rendrais plus joyeux que la joie même ! mon arrivée leur assure un riche butin, un triomphe complet ! Puisqu'ils boivent avec moi, puisqu'ils prennent part à mes débauches, je dois donc pareillement partager avec eux le butin qui me tombe entre les mains.

LIBAN. (ll reste caché pendant une partie de cette scène.)

Cet homme aura, selon sa coutume, pillé quelque maison. Malheur à qui n'a pas mieux surveillé les allants et ve- nants (1). |

LÉONIDA.

Je consentirais à servir le reste de mes jours, si je pouvais -

à l'instant rencontrer Liban.

| LIBAN

Ma foi, ce ne sera jamais à mes soins que tu devras la liberté. |

| LÉONIDA.

Je lui céderais même de hon cœur les plaies nombreuses dont mon dos est couvert.

LIBAN

Il prodigue ses épargnes ; il porte tout son trésor sur ses

épaules.

LÉONIDA.

. Car s’il laisse échapper l'occasion favorable, il ne

28e. AÀSINARIA. ACT. II. SCEN. I. ^

Nunquam edepol quadrigis albis indipiscet postea :. Herum in obsidione linquet, inimicum animos auxerit. Sed si mecum occasionem obprimere hanc, quae obvenit, studet, Maximas opimitates gaudio effertissimas Suis heris ille una mecum pariet gnatoque et patri : Adeo ut aetatem ambo ambobus nobis sint obnoxii , Nostro devincti beneficio": | | LIBANUS, Vinctos nescio quos ait.

Non placet : metuo in commüne, ne quam fraudem frausus siet.

J LEONIDA. | Perii ego oppido, nisi Libanum invenio jam, ubi ubi est | gentium? | LIBANUS.

Illic homo socium ad malam rem quaerit, quem adjungat sibi.

Non placet : pro monstro extemplo est, quando qui sudat tremit.

LEONIDA.

- Sedquid ego hic properans concesso pedibus, lingua largior? Quin ego hanc jubeo tacere, quae loquens lacerat diem ? LIBANUS. | Edepol hominem infelicem, qui patronam comprimat! Nam si quid sceleste fecit, lingua pro illo pejerat. | LEONIDA. | Adproperabo, ne post tempus praedae praesidium parem.

saurait la rattraper, füt-il porté sur un char attelé de quatre coursiers blancs (2). Il laissera son maitre dans l'embarras, et il doublera le courage de ses ennemis. Mais s'il s’empresse, comme moi, de saisir l'occasion qui se présente, il procure à ses maîtres une abondance de richesses; il comble de joie le père et le fils; par ce moyen l'un et l'autre nous .auront toute la vie les plus grandes obligations, et ils seront liés par nos bienfaits. -

LIBAN

Il. parle là je ne sais de quels gens liés : cela ne me plaît pas. Je crains que le fripon n'ait joué, dans l'intérét commun, quelque mauvais tour.

Je suis perdu totalement si je ne rencontre pas Liban. Où donc s'est-il fourré ? | | LIBAN.

Cet homme cherche un compagnon pour l'associer à sa disgráce. Cela ne m'arrange point. Lorsque celui qui sue (3), se met tout à coup à frissonner, cela me parait de mauvais augure. |

"n LÉONIDA.

D'où vient donc mes pieds me servent-ils si mal, quand ma langue est plus preste qu'il ne faut et qu'il m'est impossible de réprimer son bavardage ?

LIBAN

Hélas ! il est certes bien à plaindre le pauvre homme, s'il doit réprimer sa bienfaitrice ; elle, à qui le parjure coûte si peu, quand il s’agit de le justifier d’une mauvaise action.

LÉONIDA.

Hátons-nous de mettre mon butin en sûreté, avant que l'en.

nemi ne me surprenne.

84 ASINARIA. ACT. Il. SCEN.IL |

| LIBANUS.

Quae illaec praeda est? ibo advorsum, atque electabo quidquid est. " Jubeo te salvere voce summa, quoad vires valent. Gymnasium flagri', salveto. Quid agis, custos carceris?

LEONIDA.

O catenarum colone!

LIBANUS.

O virgarum lascivia :

LEONID A.

Quot pondo ted esse censes nudum? ' LIBANUS. | Non edepol scio.

'LEONIDA.

Scibam ego te nescire : at pol ego qui te expendi scio. Nudus vinctus centum pondo es, quando pendes per pedes. LIBANUS.

Quo argumento istuc ?

LEONID A.

Ego dicam, quo argumento et quo modo.

Ad pedes quando adligatus es aequum centupondium, Ubi manus manicae complexae sunt atque adductae ad trabem, Nec dependis, nec propendis, quin malus nequamque sis.

L'ASINAIRE. ACT. II. SCÉN. II. — 285 LIBAN (à part).

De quel butin parle-t-il ? Allons à sa rencontre, et tironslui les vers du nez. (A Léonida.) Je crie à tue-téte pour te souhaiter le bonjour.

| LÉONIDA.

Salut, grenier à coups de fouet !

Comment se porte le fidèle gardien des cachots ? B LÉONIDA, Et toi, forcat!

LIBAN

Et toi, délices des verges !:

LÉONIDA, Combien crois-tu peser quand tu es nu?

LIBAN

Ma foi ! je n'en seis rien.

LÉONIDA. |

Je n'en doute pas. Pour moi, je le sais bien, car je t'ai suspendu. Quand tu es pendu par les pieds, nu et garotté, tu péses juste cent livres (4). |

LIBAN

Comment cela?

| LÉONIDA.

Je te le dirai. Lorsqu'on attache à tes pieds un poids de cent livres, quand tu as les menottes et que tes mains s'allongent sur la poutre, tu ne penches ni d'un cóté ni de l'autre, tu pèses juste autant qu'un mauvais sujet. ,

LIBANUS. | Vae tibi! |

LEONIDA.

Hoc testamento Servitus legat tibi.

| " LIBANUS.

Verbis velitationem fieri compendi volo.

Quid istuc negotii est ?

Certum est, credere ?

LIBANUS. EE | Audacter licet.

LEONIDA. | Sis amanti subvenire familiari filio, Tantum adest boni inproviso, verum commistum malo. Omnes de nobis carnificum concelebrabuntur dies. — Libane; nunc audacia usus est nobis inventa et dolis. Tantum facinus modo inveni ego, ut nos dicamur duo Omnium dignissimi esse, quo cruciatus confluant.

LIBANUS.

Ergo mirabar, quod dudum scapulae gestibant mihi,

Hariolari quae obceperunt sibi esse in mundo malum. Quidquid est. eloquere.

LEONIDA.

Magna est praeda cum magno malo.

LIBANUS.

Siquidem omnes conjurati cruciamenta conferant , Habeo, opinor, familiarem tergum, ne quaeram foris.

Que les dieux te confondent !

| | LÉONIDA.

C'est ce que la servitude te promet en partage. LIBAN.

Pas tant de paroles ; au fait, de quoi s'agit-il ?

Puis-je te confier un secret ? Tule peux hardiment.

LÉONIDA.

Te sens-tu capable d'obliger le fils de notre maison ? Cependant le bien pourrait être suivi de quelque mal imprévu, et les bourreaux pourraient bien s'amuser pendant quelques jours à nos dépens (5). Liban, armons-nous de nos vieilles ruses et d'un nouveau courage. Je viens d'imaginer un si bon ' tour, que l'on nous croira tous deux dignes d'essuyer des tourments inouis. C

LIBAN

Aussi ne pouvais-je concevoir pourquoi les épaules me démangeaient depuis si long-temps. Elles me présageaient le traitement qui les attend en ce bas monde. C'est une bagatelle... Au reste, explique-toi. |

| LÉONIDA.

Il s’agit d’une proie importante : mais elle nous coûtera

cher. E LIBAN.

Dussent les conjurés employer les plus rudes tourments, je crois avoir un bon dos à mon service, je n'ai pas besoin de recourir ailleurs. |

| LEONIDA.

Si istam firmitudinem animi obtines, salvi sumus. TE LI BA NUS.

Quin si tergo res solvenda est, rapere cupio publicum : Pernegabo atque obdurabo, perjurabo denique.

LEONIDA.

Hem! ista virtus est, quando usu 'st qui malum fert | fortiter ; Fortiter malum qui patitur, idem post patitur bonum. Quin rem actutum edisseris? cupio malum nanciscier. - LEONIDA. | Placide ergo unumquidque derogita , ut adquiescam : non - . vides Me ex cursura anhelitum etiam ducere ?

LIBANUS.

+ Age, age, mansero Tuo arbitratu, vel adeo usque dum peris.

LEONIDA.

Ubi nam est herus?

LIBANUS.

Major apud forum'st, minor hic est intus.

LEONIDA. | Jam satis est mihi.

LIBANUS.

Tum igitur tu dives es factus?

LEONID A.

Mitte ridicularia.

LÉONIDA. -—

Avec une âme aussi ferme, nous sommes sauvés. -

LIBAN

S'il ne faut que payer de son dos, j'escroquerai l'argent du public, je nierai, je m'endurcirai, le parjure méme ne me coûtera point.

LÉONIDA.

Savoir supporter les disgráces et les revers avec force, oh! voilà ce qui s'appelle de la vertu sublime. 1l faut affronter les rigueurs du mal, pour jouir ensuite du bien dans toute sa plénitude.

Que n'en viens-tu au fait? Je souhaite le mal dont tu me

menaces.

LÉONIDA.

Interroge-moi donc tranquillement de point en point. Ne

vois-tu pas que je suis encore tout essoufflé ? LIBAN.

Allons, allons : je resterai autant que tu le voudras, quand tu devrais en mourir. |

| LÉONIDA.

Oüest ton maître ?

LIBAN

Le plus vieux est allé à la place, le plus jeung est au

logis. |

LÉONIDA.

Il me suffit.

LIBAN

En es-tu plus riche ?

LÉONIDA.

Plus de plaisanterie!

TM ECCL ECERUR a amr m ——

LIBANUS. | Mitto : istud quod adfers aures exspectant meae. LEONIDA. n Animum adverte, ut aeque mecum haec scias.

Taceo. LEONID A.

Beas.

Meministin' asinos Árcadicos mercatori Pellaeo Nostrum vendere atriensem ? |

| LIBANUS.

E Memini : quid tum postea ?

LEONIDA.

Hem! ergo is argentum huc remisit, quod daretur Saureae

Pro asinis : adolescens venit modo, qui id argentum adtulit. LIBANUS.

Ubi is homo'st ?

LEONID f

Jam devorandum censes, si conspexeris.

LIBANUS.

Ita enimvero : sed tamen tu nempe-eos asinos praedicas Vetulos , claudos, quibus subtritae ad femina jam erant ungulae. I | LEONIDA.

Ipsos, qui tibi subvectabant rure huc virgas ulmeas.

LIBANUS.

Teneo: atque iidem te hinc vexerunt vinctum rus.

L'ASINAIRE. ACT. II. SCEN. IL. a9:

LIBAN

. Soit! mes oreilles attendent les nouvelles que tu leur apportes.

LÉONIDA.

Écoute-moi attentivement, si tu veux entrer sans réserve dans ma confidence.

| LIBAN

Je me tais.' LÉONIDA.

Tu me feras plaisir. Te souvient-il des ânes d'Arcadie que notre esclave dotal a vendus à un marchand de Pella (6) ? LIBAN. | Oui. Après?

E LÉONIDA.

Ce marchand vient d'envoyer à Sauréas l'argent qu'il lui : devait, pour prix de ces ânes. Un jeune homme, porteur de la somme, vient d'arriver à l'instant.

LIBAN

Où est-il?

LÉONIDA.

Tu me parais "disposé à l'avaler aussitót que tu l'apercevras. | | LIBAN. | Je ne m'en défends point : mais ne m'as-tu pas dit que ces ânes sont si vieux qu'ils en sont boiteux, et que la corne de leurs pieds est usée Jusqu'aux jarrets?

LÉONIDA.

Ce sont ceux-là méme qui apportèrent pour toi de lac campagne, une provision de verges d'ormeau.

| | LIBAN. | J'y suis. Ges ânes sur lesquels. tu étais lié et garotié . en revenant des champs.

LFONIDA.

* Memor es probe.

Verum in tonstrina ut sedebam, me infit percontarier : Ecquem filium Stratonis noverim Demaenetum?

Dico me novisse extemplo, et me ejus servom praedico Esse, et aedis demonstravi nostras.

LIBANUS.

Quid tum postea?

| LEONIDA. | Ait se ob asinos ferre argentum atriensi Saureae Viginti minas; sed eum sese non novisse hominem qui

siet :

Ipsum vero se novisse callide Demaenetum :

Quoniam ille eloquutus haec sic. |

' LIBANUS.

Quid tum?

LEONID A.

Ausculta ergo ; scies.

Extemplo facio facetum me atque magnificum virum, Dico me esse atriensem : sic hoc respondit mihi : Ego pol Sauream non novi, neque qua facie sit scio : Te nonaequum est subcensere : si herum vis Demaenetum, Quem ego novi, adduce : argentum non morabor quin feras.

Ego me dixeram adducturum, et me domi praesto fore. Ille in balineas iturus-est, inde huc veniet postea. Quid nunc consilii captandum censes? dic.

Tu as la mémoire excellente. J'étais donc chez le barbier; le jeune homme commence à me faire des questions : Connaissez -vous, me dit-il, Déménète, fils de Straton? Je le connais, lui dis-je aussitôt ; vous voyez en moi l'un de ses valets ; aprés quoi, je lui indique notre demeure.

LIBAN Aprés?

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