XXXVI DISSERTATION
devait singulièrement piquer la curiosité des Roritains, et les divertir plus qu'aucune autre pièce. Plaute y peint les mœurs , le langage , et les ridicules des Carthaginois. Le Pœnulus ne nous présente plus le méme intérêt ; mais les savans le regardent avec raison comme ün ouvrage précieux... —
XVI. Le Persan. Ce,titre a excité de grandes con testations dans la république des lettres, et je laisse aux érudits le soin de les terminer. L'auteur parait l'avoir emprunté de l'un des personnages qui porte le nom de. Persa. Les caractéres de Sagaristion, de Saturion, parasite déhonté, et celui de Dordalus, sont bien tracés et parfaitqment rendus.
XVIL Le Rudens ou lY Heureux Naufrage, imité de
Y AxacuGoutros de Diphile , est mis au nombre des bonnes comédies de Plaute. C'est une des trois pièces traduites par Madame Dacier..La demoiselle Flaminia ( Héléne Virginie. Daletti, femme de Louis Riccoboni, morte en 1771, âgée de quatre-vingt-cinq ans) en a fait une imitation, sous le titre du Vayfrage, qui fut représentée au, théátre. italien le 14 février 1726. Louis Dolce a prisgeur modèle le Rudens , dans sa comédie del Ruf-
Jano.
XVIII. Le Stichus offre un vrai modèle de la fidélité conjugale. Plaute s'est moins attaché aux régles du théátre dans cette comédie que dans les autres.
XIX. Le Trinummus ou le Trésor, imité de la pièce de Philémon intitulée @nraveÿ et traduit en vers francais
DISSERTATION. xxxvij
par de Limiers, offre le plus grand intérét, et la probité de Mégaronide est vraiment digne de remarque. Je garde en porte -feuille une imitation de cette comédie en cinq actes et en vers, dont je suis auteur et que je destine à la scéne francaise. |
XX. Le Truculentus ou le Rustre, plaisait beaucoup à Plaute. Phronésie est de toutes les courtisanes la plus adroite, la plus méchante et la plus subtile. On doit avouer qu'elle est bien secondée par sa suivante qui se joue à la fois de ses trois amants, Dinarque, Strabax et Stratophanés.
Depuis long-témps il manquait à la littérature une bonne traduction compléte des comédies de Plaute.Celles qu'ont publiées l'abbé de Marolles, Gueudeville , Limiers, n'ont point répondu à l'attente du public. Madame Dacier a traduit l'Z£mphitryon, Y Epidicus, et le Rudens. Le style de cette version est plus chátié, et l'érudition de Madame Dacier lui a fait assigner le premier rang parmi les traducteurs dont on vient de parler ; mais son travail n'est que partiel.
M. Girauld, avocat, fit paraître, en 1761, une traduction libre de l'Amphitryon et de l'Avare, qu'il dédia à M. le prince de Conti. Il est à regretter que le texte n'ait point accompagné cette version, qui prouve que l'auteur était digne de tenter l'entreprise avec succes. Le célèbre père Dotteville, mort à Versailles en 1807, à l'áge de quatre-vingt-douze ans, fit paraítre , dans cette ville, en l'an XI (1803),la traduction de la Mostel-
ixxviij DISSERTATION:
laria. Yl y joignit le texte corrigé sur plusieurs éditions, avec quelques notes utiles et instructives. Ce travail est une nouvelle preuve des talents de ce laborieux écrivain.
L'abbé Lemonnier s'occupait d'une traduction de Plaute; mais il est mort sans l'avoir terminée ou du moins sans l'avoir retouchée. Elle eût sans doute été digne de l'excellent traducteur de Térence.
Pour juger Plaute , pour établir raisonnablement , entre lui et Moliére, une comparaison; et pour tenir, à cet égard, la promesse que j'ai faite, jedois me reporter à l'époque où l'art dramatique avait à peine commencé à prendre une forrne plus réguliére, bien éloignée sans doute de la perfection à laquelle il arriva dans la suite.
Plaute, ainsi que je l'ai fait remarquer, florissait vers la fin de la seconde guerre punique. À cette époque, le peuple jouissait à Rome de toute son autorité. 1l fallait, en attaquant ses travers et ses ridicules , respecter jusqu à ses vieilles habitudes et jusqu'à son goüt pour la satire, espéce de poéme qui succéda aux vers fescennins, et qui n'était qu'une ébauche grossiére et imparfaite du poëme dramatique.
Notre auteur, bien capable sans doute de juger de tout ce que ce genre avait de bas et de trivial, se crut cependant obligé, pour plaire à la multitude, et peutêtre méme pour accélérer les progrés de l'art, de sacrifier à des considérations auxquelles Térence, quelques années plus tard, fut assez heureux pour ne point s'assujettir, puisque déjà le pouvoir et l'autorité étaient