‹ Théâtre complet (volume 2)Chapitre 32 sur 96 · LA GALÈRE DE POLLION · texte numérisé non relu

LA GALÈRE DE POLLION

Tels étaient les propos qu'échangeaient à voix basse Evandre le Cretois, Chalcis de Samothrace. La barque cependant allait gagnant le bord. Déjà se distinguaient et la côte et le port. Tout à coup, au-dessus des collines obscures, La nuit d'hiver s'ouvrit, pleine de clartés pures; Aux yeux des matelots, pâles d'étonnement, La Judée apparut dans un rayonnement.

De célestes esprits, dans l'azur sans nuage. Passaient, accomplissant leur glorieux message. Des harpes en leurs mains, des cithares de feu Proclamaient, célébraient l'avènement d'un Dieu; Aux humbles cœurs, à tous les êtres en souffrance. Ils adressaient, joyeux, l'hymne de l'espérance. Pasteurs, vous l'entendiez sur les plateaux déserts ! Vous l'entendiez aussi, matelots, sur vos mers ! Et, comme des béliers pris d'une étrange ivresse. Les montagnes, au loin, tressaillaient d'allégresse; Et le vent exhalait vers chaque nation La nouvelle attendue — et le vieux Pollion, Posant enfin le pied sur le rivage en fête, Murmurait en son cœur : « Virgile était prophète ! »

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