A UNE AME INQUIÈTE
Leur demeure auprès d'eux se dressait : humble hutte; Tendu sur trois roseaux, vieux haillon sans couleur Que le vent secouait et poussait à la chute... Les chacals au désert ont un abri meilleur.
Sur la roche un feu pâle, obscurci de fumée. Où cuisait à l'écart je ne sais quel repas. Pour nourrir ses tisons, l'étrangère affamée Cherchait quelque bois mort qu'elle ne trouvait pas.
Assis sur le roc nu, l'homme, immobile et morne. L'homme penchait son front vers ses maigres genoux. Son œil, qui regardait à l'horizon sans borne, A peine et froidement se détourna vers nous.
Au vêtement chétif dont leur corps s'enveloppe, A leur front noble cncor sous tant de pauvreté. On retrouvait le sceau de la race d'Europe, Et, dans leur dernier geste, une ancienne fierté
Leur nom? d'où venaient-ils? quelle fortune amère En ce désert maudit les égara tous deux?... Voyageurs, sûmes-nous, l'Ecosse était leur mère; Mais pas un mot de plus ne fut obtenu d'eux.
Enigme dont le poids reste au cœur et l'oppresse! Quel désir insensé, quel crime — ou quel amour Les avaient amenés, de détresse en détresse, Jusqu'à cet abandon suprême et sans retour?
Jetés si loin de toi, blonde et neigeuse Ecosse, Terre des frais coteaux, des lacs, des gazons verts. S'étaient-ils arrêtés, pour y creuser leur fosse, A ce dernif-T" recoin où finit l'univers?...
Le vent soufflait, la nuit tombait du ciel immense ; Et, tandis que la mer nous reprenait au bord. Fragile humanité, nous songions en silence A ce que font de toi les sombres jeux du sort!
Où va celui qui part? où va la feuille errante? Tel qui monte un matin sur son vaisseau léger. Tel qui rit à la brise, à la mer transparente. Sur quelque roc lointain s'en ira naufrager.
Et maintenant, dis-nous, enfant qui fais ce rêve D'aller changer sans fin de place et d'horizon, Veux-tu toujours partir, nous laisser sur la grève? Veux-tu toujours quitter ta mère et ta maison?