SCENE II
Bonjour, Paul.
Bonjour, père.
FORESTIER, l'examinant.
Oh ! oh ! l'œil éclatant, La lèvre frémissante et le nez palpitant... Qu'as tu donc?
PAUL
Je n'ai rien. .. Seulement je t}wvaille. Et, depuis ce matin, je ne fais rien qui vaille.
FORESTIER, s'approckant du tableau.
Voyons donc. — Un peu mou, ce Milon, un peu mou. Roidis-moi donc ces bras et gonfle-moi ce cou ; Autrement, de son chêne il n'aura que l'écorce. Il faut rendre l'effort, tu ne rends que la force.
PAUL
Ah! père, je n'aurai jamais cette vigueur Qui t'a fait surnommer Michel-Ange.
Blagueur!
Je m'appelle Michel, et quand on ajoute Ange, C'est qu'on croit me gratter où cela me démange.
— Quoi qu'il en soit, jeune homme, écoute le harbon; Le conseil du sculpteur pour le peintre est très-bon. L'étroite parenté de ces arts qu'on divise
Des maîtres d'autrefois était si bien comprise, Qu'ils ne pratiquaient pas l'un sans l'autre. A présent Que le double fardeau nous serait trop pesant, Mettons-nous deux, mon fils, pour le porter ensemble. Et serrons-nous la main aussitôt qu'elle tremble.
La tienne n'a jamais tremblé, j'en suis certain.
Qu'en sais-tu?
PAUL
Vieux dompteur du marbre et de l'airain, Je comprends à céder que tu les habitues : Ton âme est d'un métal plus dur que tes statues.
— Nous prouvons tous les deux, chacun à notre plan Combien le caractère a de part au talent.
Ta nature naïve, énergique et carrée,
Répand sa certitude en tout ce qu'elle crée;
La mienne, violente et débile à la fois.
Dans mon œuvre inégale éclate en vingt endroits..,
Au lieu de chercher noise à ta franche nature.
Du bon Pjgmalion médite l'aventure.
Ce qu'enseignaient les Grecs sous ce mythe charmanîç
Notre argot d'atelier l'enseigne plus crûment,
Et l'on peut parier, quand une œuvre est l'atéey
Que l'aulcur n'aimait pas assez sa Galatée.