ACTE QUATRIEME
BARGE
Eli bien, en voilà un qui m'a trompé... C'est le premier.
HENRIETTE
Consolez-vous. Il en a trompé bien d'autres.
CAVERLET.
Et rassurez-vous : ce procès n'aura pas lieu.
HENRIETTE
Nous achèterons le désistement de M. Merson.
BARGE, tics-froid.
De l'argent à ce misérable? Pas un rouge liard ! Je m'y oppose! Le procès dont il vous menace n'est qu'un chantage; si vous chantez une première fois, il vous faudra chanter toujours, jusqu'à complète extinction de voix.
HENRIETTE
Nous n'avons pas d'autre moyen de lui échapper.
Si fait... il y en a un... douloureux... mais qui est d'ailleurs une nécessité de votre situation. Ce procès n'a d'autre base que votre cohabitation; or vous êtes dès maintenant forcés à vous séparer...
HENRIETTE
Nous séparer? ah I plutôt cent fois lui abandonner cet héritage maudit!
BARGE
Parbleu! si vous pouviez à ce prix sauver votre bonheur, je vous dirais : Donnez tout... et le reste avec! — Mais vous ruineriez vos enfants, sans rien sauver. La situation est perdue par le fait seul que Henri la connaît, (a Caveriet.) Soyons de bon compte : ce jeune homme ne peut plus vivre sous le même toit que sa mère et vous.
Yl, 29.
514 MADAME CAVERLET.
CAVERLET, baissant les yeux.
Il se propose de partir.
HENRIETTE
0 mon Dieu!
BARGE
Mais si l'un des deux doit céder la place à l'autre, ce n'est pas lui, car il est le droit.
CAVERLET.
Certes!
Et pxiis quoi? Cette séparation n'entrait-elle pas vaguement dans vos prévisions? (a Henriette.) Avez-vous pu vous flatter un instant que votre position ne serait pas, un jour ou l'autre, un obstacle au mariage de Fanny?
HENRIETTE
Hélas!
barge.
Eii bien, l'agression de votre mari n'avance que de bien peu l'heure du sacrifice. Ayez le courage de l'accomplir en temps utile, aujourd'hui même! qu'on ne vous retrouve pas ici demain; qu'il n'y ait plus de constatation possible. J'ai le cœur gros de vous presser ainsi... Il me faut presque autant de courage pour vous dire tout cela qu'à vous pour l'entendre... Mais votre salut avant tout. — Partez tout de suite, ma pauvre amie. Vous pouvez encore arriver à Genève pour le train de Paris. Vos malles sont sans doute prêtes, puisque vous vous disposiez à partir pour l'Italie. Je vais faire atteler, et charger vos bagages, car vous n'êtes en état ni l'un ni l'autre de vous occuper de ces détails...
HENRIETTE, d'une voix éteinte.
Faites, mon ami...