‹ Théâtre complet (volume 3)Chapitre 346 sur 358 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

HENRIETTE, CAVERLET.

HENRIETTE, se jetant dans les bras de Cavcrlet. 0 mon seul ami ! (ils se tiennent embrassés un moment en silence.)

QriC' vas-tu devenir sans moi, sans nous? Je t'ai pris toute ta vie, et je ne peux pas te donner toute la mienne!

CAVERLET.

Ne songe pas à moi, ma chère âme. Même à cette heure fatale et en face de la morne solitude où je vais tomber, je ne changerais pas ma destinée contre celle des plus heureux. J'ai connu pendant quinze ans la félicité absolue. Quel homme peut en dire autant? Le sort qui me l'enlève ne m'en ravira pas le souvenir. Cette maison que tu vas quitter restera pleine de toi; ma vie s'y achèvera en adoration devant le fantôme radieux de nos belles années. Ne nous plaignons pas ; ne soyons pas ingrats ! Nous avions fait un pacte avec la destinée, l'heure de l'échéance arrive, envisageons-la d'un cœur ferme.

HENRIETTE

Hélas! j'avais toujours espéré au fond de l'âme que je ne vivrais pas jusque-là. Je n'ai pas mérité cette grâce, puisque Dieu ne me Ta pas faite... La mort m'eût été si douce auprès de toi!

CAVERLET, lui prenant les denz mains, et la regardant dans lesyeu;i.

Veux-tu?

516 MADAME CAVERLET.

HENRIETTE, s'élançaat éperJiiment dans ses brai.

Oli! oui, ensemble!

CAVERLET, s'arrachant à son étreinte.

Je suis un monstre d'égoïsme... Tu appartiens à tes enfants.

HENRIETTE

Mes enfants !

CAVERLET.

Pardonne-moi ce cri de désespoir... il est indigne de nous. — Le bonheur est fini, ma bien-aimée; le devoir se lève ; qu'il nous trouve prêts. — Tu vas partir.

HENRIETTE

Si vite? Et ces adieux éternels auront été si courts!

CAVERLET, trùs-ferme.

Remercions le ciel qui ne nous permet ni défaillance ni délibération : nous ferions quelque lâcheté. — Avertis Fanny.

HENRIETTE

De quoi? de notre séparation?

CAVERLET.

Non!., de votre départ,

HENRIETTE

Hélas ! je ne pourrai pas lui cacher longtemps la triste vérité.

CAVERLET.

Tu la lui découvriras plus tard, peu à peu... elle la devinera peut-être rien qu'à mon absence pi'olongée...

HENRIETTE, faisant quelques pas vers le fond.

C'est possible. (Revenant à Caveriet.) Mais uon ! Il faut qu'elle la sache avant d'arriver à Paris, avant de revoir personne de mes anciens amis!,.

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