ACTE DEUXIÈME. 21i
CLORINDE, déposant le coffret sur la table.
Je vous rapporte aussi ce coffret de bijoux.
M 0 M E - P R A D E , faiblement.
Gardez-les.
CLORINDE
Je pouvais les tenir d'un époux; Mais de l'homme qui m'a méprisée et chassée Je ne veux rien garder, pas même en ma pensée.
FABRICE, à part.
C'est bien rentré!
MONTE-PRADE
Vous suis-je à ce point odieux Qu'un souvenir de moi vous soit injurieux?
Oui, Seigneur.
FABRICE, h part.
Sachons perdre une première manche, Et tâchons de piper les dés pour la revanche.
Haut, passant entre eux.
Puisque j'ai fait le mal, je dois le réparer : Vous êtes tous les deux fous de vous séparer.
3I0NTE-PRADE.
Il le faut bien.
FABRICE
Pourquoi le faut-il? Pour le monde?
Si vous êtes heureux, qu'importe qu'il vous fronde? Vous immolerez-vous au plus sot préjugé?
MONTE-PRADE
Préjugé?
FABRICE
Qu'est-il donc entre vous de changé?
Rien... sinon que tantôt, chez votre fiancée, Vous aviez lieu de craindre une arrière-pensée, Tandis que maintenant, aux yeux de la raison, Son dévoùment se trouve au-dessus du soupçon.
MONTE-PRADE
Comment l'entendez-vous?
Votre fortune brille Assez pour éblouir Tœil d'une pauvre fille; Mais, de quelques splendeurs que vous l'enveloppiez,, Madame en a dû voir bien d'autres à ses pieds ; Car une comédienne au luxe acccoutumée Bat aisément monnaie avec sa renommée.
CLORINDE
Et, si ce vil commerce eût été de mon goût, M'auriez-vous rencontrée ici manquant de tout? Non! J'ai toujours gardé de toute délaillance Ma chère pauvreté, ma dernière innocence.
MONTE-PRADE
Mais, si ce n'est mon bien, que convoitiez-vous donc?
CLORINDE
Ce que je convoitais. Seigneur, c'est le pardon! C'est la douceur de vivre en épouse pudique. C'est la sérénité du foyer domestique, Un sort de modestie et de pai\ revêtu ; Ce; ({lie je convoitais enfin, c'est la vertu!
FABRICE
Ali! (|ue puisse le ciel me garder une femme CoiiniK' vous éprouvée et passée à la llaiiime!