SCÈNE NEUVIÈMK
LAiS.
Cï'tait un stratagème !
Il avait écouté notre entietien.
BOMILCAR
Voilà !
Et moi qui n'ai pas su deviner celui-là ! Ah ! jeune homme, c'est hien ! c'est d'une très belle âme De s'abaisser ainsi pour sauver une femme !
LAiS.
jSoble Chalcidias !
BOMILCAR, à part.
Je la tiens, pour le coup.
LAIS, à Bomilcar.
En quels termes, Seigneur, vous puis-je donner tout? Dictez.
Elle s'assied à la table; Bomilcar est debout de l'autre côté. CHALCIDIAS.
Je vous défends, Seigneur... je vous supplie, Laïs... n'achevez pas cette énorme folie... Réfléchissez avant que de rien consommer. Qu'est-ce au fond qui vous pousse? Oui ,vous croyez m'aimer, Et votre âme émoussée à l'amour s'évertue Devant l'étrangeté d'un homme qui se tue; Car je n'ai que cela qui me tire de pair Et me mette au-dessus de vos gens du bel air. Si vous m'ôtez la mort, vous m'ôtez tout mon lustre, Et je reste à vos yeux ce que je suis : un rustre. Vous ruinerez-vous pour racheter un sang Qu'on ne peut ennoblir un peu qu'en le versant?
LAÏ S, à Bomilcar.
Je vous attends, Seigneur; dictez.
BOMILCAR, dictant.
« Par la présente, Je reconnais devoir... »
C II A L c I D I A s .
Quoi ! sans que j'y consente?
S'il ne me plaît pas, moi, d'être ton débiteur, De quel droit oses-tu violenter mon cœur?
BOMILCAR, ilictant.
« Au seigneur Bomilcar... »
0 résistance inerte !
Serai-je, malgré moi, complice de ta perte?
LAÏ s, à Bomilcar.
Ensuite?...
BOMILCAR, dictant
« Cent talents pour le paiement desquels... »
CHALCIDIAS.
Non! S'il faut t'adjurer par les dieux immortels, Laïs, ne te sois pas ennemie à toi-même Au point d'ouvrir ta porte à la pauvreté blême. Tu ne la connais pas, toi qui vécus toujours Parmi les voluptés de tes riches amours : C'est la faim, c'est la soif, c'est la robe de bure, Le travail au soleil, le repos sur la dure. C'est enfin un labeur si terrible, entends-tu. Qu'on en fera peul-êtrc un jour une vertu!